Audrey retrouvée, le premier roman Young Adult de Sophie Kinsella

KinsellaJ’ai hésité à mettre l’expression Young Adult dans le titre car j’avais peur de perdre une partie de mes lecteurs potentiels. D’un autre côté, louvoyer en vous donnant des informations tronquées n’est pas tellement mon genre. Et si je le faisais, vous seriez probablement déçus. Donc, j’affiche la couleur : oui, ce livre est un roman Young Adult écrit par la papesse de la chick lit mondiale. Dit comme ça, ça a l’air farfelu. Et pourtant, Audrey Retrouvée est un roman qui mérite toute votre curiosité car il est excellent et sort beaucoup des sentiers battus. Deux bonnes raisons de lui donner sa chance, même pour les lecteurs qui ne sont pas fans a priori du genre Young Adult.

Audrey a quatorze ans et des lunettes de soleil qu’elle porte tous les jours. Elle ne sort pas de chez elle, n’a aucun contact avec des personnes hormis les membres de sa famille et sa psy, et ne se connecte jamais à aucun réseau social. Audrey n’est pas l’ado standard. En tout cas, elle ne l’est plus depuis plusieurs mois, quand un drame s’est produit au lycée et que ses anciennes amies ont été renvoyées pour lui avoir fait du mal. Depuis, elle vit dans une bulle, tétanisée à l’idée de tout contact avec le monde extérieur, ce qui n’est pas si grave car la vie familiale réserve déjà pas mal de rebondissements. Sa mère est entrée en croisade contre les jeux vidéos, son frère aîné Franck fait de la résistance contre la détox digitale, son père attend que la tempête passe, et son petit frère de quatre ans vit sa vie sans se préoccuper le moins du monde de cette famille désordonnée. Tout est bouleversé dans ce quotidien bien huilé le jour où un copain de Franck vient à la maison. Linus est gentil, drôle et attentionné. L’occasion de reprendre contact avec le monde extérieur ? Pour appréhender cette nouvelle situation, Audrey se lance dans un documentaire filmé sur sa vie quotidienne.

Lorsque j’ai appris que Sophie Kinsella comptait publier un roman Young Adult sur une ado en pleine crise, j’ai pensé que c’était la romancière anglaise qui nous faisait elle-même une sorte de crise identitaire. Car la maman de l’Accro du shopping était toujours restée, jusqu’à présent, dans son genre de prédilection : la chick lit. Le changement de cap semblait donc hasardeux, et ce n’est pas sans une certaine inquiétude que j’ai ouvert le livre au départ. Une inquiétude qui s’est rapidement envolée puisque j’ai lu le livre en une seule soirée. Et ça, c’est un signe de qualité !

Dans la vraie vie, on sait que Sophie Kinsella a quatre enfants. Je ne sais pas si c’est à travers eux qu’elle a trouvé l’inspiration pour ce nouveau roman, mais il faut bien avouer que le personnage de la mère est doté d’un réalisme troublant, comme si la romancière se projetait un peu en elle. De même, les ados sonnent vrai, ce qui est rare dans un livre écrit par « une grande personne ». On est donc loin du cliché de la littérature Young Adult qui voudrait que ces histoires racontent toujours le destin dramatique d’un groupe de jeunes dans un univers post-apocalyptique ou en tout cas hostile. Ici, l’histoire est davantage proche de la démarche du livre Nos étoiles contraires : du réalisme à 100%, une bonne dose de bonne humeur, et beaucoup de sincérité dans les émotions et les situations abordées.

Pour ceux qui ont l’habitude de la lire, Sophie Kinsella n’a rien perdu de sa plume vive et joyeuse. Elle manie l’ironie avec beaucoup d’imagination et enveloppe son récit d’une attitude positive envers la vie qui donne forcément le moral au lecteur. Pourtant, les faits abordés n’ont rien d’évidents. Audrey n’est pas une ado qui fait sa crise. C’est une jeune fille en souffrance, qui a peur et essaye de reconstruire sa vie. Sans vous en dévoiler trop, elle a été harcelée au lycée par d’autres filles, et le roman se concentre vraiment sur son cheminement émotionnel pour retrouver un semblant de « normalité ».

Sophie Kinsella aborde les différents thèmes de son roman (le harcèlement scolaire, la crise d’ado, les relations parents-enfants) avec beaucoup de sincérité. On est loin de l’image d’épinal de la famille parfaite, ce qui n’empêche pas de poser sur les personnages un regard rempli de tendresse. Les parents aiment leurs enfants mais ne les comprennent pas toujours et ont du mal à les accompagner comme il faudrait. A l’autre bout de la table, les ados se sentent frustrés par un monde dans lequel ils ont du mal à dépasser le fossé générationnel pour faire comprendre à leurs parents leurs centres d’intérêt et leurs inquiétudes véritables.

J’ai lu ce roman comme la trentenaire que je suis : encore assez jeune pour me rappeler cette époque de ma vie et me sentir touchée autant par l’histoire d’Audrey que par celle de sa mère. C’est d’ailleurs la très grande force de ce livre : il est trans-générationnel. Les ados qui le liront s’identifieront beaucoup à Audrey et à son frère Franck (un personnage particulièrement réussi). Les parents d’ados s’identifieront forcément aux parents d’Audrey, et notamment à sa mère (un autre personnage très savoureux). C’est typiquement le genre de livre que vous pouvez acheter à votre ado et lire ensuite ; chacun aura son propre plaisir de lecture, même si ce ne sont pas forcément les mêmes détails qui retiendront votre attention.

A une époque où on pointe souvent du doigt les dangers des médias et les dérives des réseaux sociaux, ce roman ose prendre le contre-pied en rappelant que c’est avant tout l’humain qui est responsable du bon comme du mauvais. Le harcèlement existait déjà avant les réseaux sociaux, et le lien technologique est finalement neutre moralement. Ce qui est important, c’est notre capacité à nous « connecter » les uns aux autres, et pas seulement par le truchement des nouvelles technologies. Il importe de rester en phase avec les gens qu’on aime, de les soutenir en les laissant libres d’être ce qu’ils veulent être. Un message qui n’a jamais autant été d’actualité et qui représente peut-être l’enjeu le plus important aujourd’hui en matière d’éducation.

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5 commentaires pour Audrey retrouvée, le premier roman Young Adult de Sophie Kinsella

  1. Je n’ai jamais lu l’auteur mais celui-ci pourquoi pas =)

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  2. Petite Plume dit :

    Je ne connaissais pas du tout ! Belle chronique qui me donne envie de le lire 🙂

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