Charivari, de Nancy Mitford

Le roman de Nancy Mitford porte bien son nom : c’est un sacré charivari ! Et un réel plaisir aussi !

De quoi ça parle ? Pour tout dire, ce roman est moins une histoire construite qu’une suite d’épisodes comiques dont chaque rebondissement fait osciller le lecteur entre humour anglais et critique acerbe.

Un jeune homme de bonne famille, Noël, fait un héritage suite au décès d’une tante (avez-vous remarqué qu’il y a toujours des tantes dans les romans anglais ?). Profitant de sa bonne fortune, il décide de partir à la recherche d’une riche héritière à épouser pour s’assurer une situation confortable. Flanqué de son ami Aspect, aussi débrouillard qu’encombrant, il part à la campagne dans l’espoir de séduire la jeune Eugénia, richissime jeune fille de bonne famille. Problème : l’héritière est fêllée et milite pour le parti fasciste anglais, malgré les récriminations de sa grand-mère et e sa nanny. A cela s’ajoutent deux jeunes femmes en fuite, des détectives privés, une troupe d’artistes sans le sou, une beauté locale légèrement hystérique et un asile pour les vieux Lords gâteux.

Dans tout ce charivari, chacun a bien du mal à arriver à ses fins, et l’humour triomphe à chaque page pour servir au lcteur une tranche de vie de la haute société anglaise, ce milieu que Nancy Mitford connaissait si bien. Dans ce contexte années 30, elle s’en donne à coeur joie, et tout le monde a droit à sa caricature : les arrivistes, les désargentés, la pseudo intelligentsia artistique, les tenants du conservatisme, les fanatiques fascistes et tutti quanti…

Deux choses m’ont particulièrement frappé dans cette lecture : la première, c’est cette fraîcheur et cette vitalité qui caractérisent si bien l’oeuvre de Nancy Mitford. Voilà une plume qui ne s’est jamais prise pour un grand écrivain, mais qui a su trouver d’emblée l’humilité nécessaire pour écrire avec justesse et honnêteté. Les propres membres de sa famille en font d’ailleurs les frais dans ce roman : Eugénia emprunte sans la moindre discrétion les traits de Unity (la soeur de Nancy, grande supportrice nazie). A l’autre bout de la scène, c’est la mère de Nancy, que l’on retrouve sous les traits d’une vieille Lady accrochée aus traditions et à un passé qui n’existe déjà plus, réprouvant toute modernité des moeurs.

Le deuxième élément qui me semble remarquable, c’est la critique d’une rare justesse dont Nancy fait preuve. A l’heure de la montée du fascisme en Angleterre, elle tourne en dérision ce mouvement, sa façon de se donner en spectacle, l’opportunisme de ses propos comme le manque de consistence de ses idées. Une posture courageuse pour une femme dans les années 30 !

Peut-être que cette lucidité dans la critique est moins dûe à la bonne compréhension du contexte politique qu’à un don extraordinaire d’observation. Le roman n’est pas une charge contre les fascistes mais contre les facheux. Qu’importe, puisque c’est l’étude des caractères qui permet à Nancy Mitford de faire mouche avec autant de justesse. Rien n’échappe à son oeil ni à sa plume, et c’est un caléidoscope humain qu’elle nous offre en nous faisant partager tour à tour les émois d’un jeune homme amoureux, la passion d’une jeune aristocrate oisive qui trouve un sens à sa vie en se vouant à la cause fasciste, le dilettantisme touchant d’un garçon sans le sou qui se sort de toutes les situations, ou encore les raisonnements d’une jeune aristocrate qui hésite à demander le divorce à son mari coureur de jupons.

La galerie des personnages est digne de Wodehouse : ils sont aussi pénibles qu’attachants, et aussi pathétiques que drôles. Le lecteur prend beaucoup de plaisir à suivre leurs péripéties au gré d’une vie campagnarde peu propice au calme.

Les répliques fusent et les bons mots se ramassent à la pêle. On retrouve avec plaisir le brio de Nancy pour la comédie qu’elle n’encombre jamais de son propre jugement. une qualité appréciable, loin de la veine pontifiante du roman réaliste tel qu’on le voit trop souvent dans la littérature française.

Un lecteur découvrant pour la première fois l’oeuvre de Nancy Mitford pourrait être un peu désarçonné par son style d’humour corrosif : on ne sait pas toujours s’il faut rire ou pleurer de certaines situations. Mais ce style unique, tout en équilibre précaire, donne tout le sel de ce roman. Le lecteur est sans cesse en alerte, prêt à être emmené plus loin dans les extravagances de l’histoire. Et si vous voulez en savoir plus sur cette excellente romancière, n’hésitez pas à consulter la biographie de Nancy Mitford que j’avais écrite pour ce blog.

Cette lecture a largement égayé mon été, et j’espère que vous aussi vous serez charmés en plongeant dans ces pages.

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