La Mort s’invite à Pemberley, de P.D. James

Malgré moi, j’avais de grands espoirs pour ce livre. Ca commençait mal ! Quand je l’ai découvert, j’aurais dû rester calme et ne pas trop m’emballer. Pire, je n’aurais pas dû relire Orgueil et Préjugés avant de me lancer dans la lecture de La Mort s’invite à Pemberley.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, P.D. James a eu l’idée de donner une suite au célèbre roman de Jane Austen sous la forme d’une intrigue criminelle. L’idée était bonne, ou en tout cas assez originale pour susciter la curiosité. Cela permettait de replonger dans un univers déjà connu, tout en exploitant judicieusement les côtés sombres de Lydia et Wickham, deux des personnages d’origine qui, à la fin du roman, n’étaient pas promis à un avenir radieux. Cette idée pertinente est un point fort qui légitime le passage au style « roman policier ». Pour un lecteur attentif, c’est effectivement plausible que ces deux personnages jouent les oiseaux de mauvais augure.

L’autre bon point du roman, c’est de créer assez facilement une atmosphère pesante, propice au mystère, alors même  que le style léger de Jane Austen ne se prête pas facilement à la noirceur. De la même façon, on observe avec satisfaction les efforts de l’auteur en terme de documentation : elle nous fait pénétrer dans le système judiciaire anglais du XVIIIe siècle, dont chaque étape correspond à un nouveau rebondissement du récit, ce qui contribue à un rythme narratif plutôt homogène.

Maintenant, les points faibles. Et je suis désolée de dire qu’ils sont nombreux. Tout d’abord, la psychologie profonde des personnages n’est pas respectée. Mâma si l’on nous dit que près de dix ans se sont écoulés en la fin d’Orgueil et Préjugés et La Mort s’invite à Pemberley, n’importe quel lecteur aura peine à croire que certains personnages aient pu à ce point changer (ou au contraire demeurer parfaitement les mêmes !). Darcy et Elizabeth en particulier sont traités sans finesse. L’auteur nous sert des clichés tout droit tirés de mauvaises adaptations télévisuelles, sans jamais parvenir à faire revivre les personnages tels que Jane Austen les avait inventés. Comme ce sont les personnages principaux, on aurait pu s’attendre à un travail un peu plus minutieux.

C’est dommage car cette carence remet à elle seule toute la légitimité de cette démarche  en question. Pourquoi écrire une suite à Orgueil et Préjugés si l’on n’est pas capable d’en retrouver l’âme profonde ?

Autre bémol : l’omniprésence de monsieur Darcy et l’évanescence effarante d’Elizabeth. Nous ne voyons presque jamais notre héroïne. Elle ne fait rien, ne dit rien d’intéressant. Si elle n’était pas là, le lecteur ne le remarquerait pas ! De la même façon, beaucoup de personnages manquent à l’appel. Lady Catherine n’apparaît que de façon indirecte, alors qu’il y avait largement de quoi faire avec ce personnage. Idem pour madame Bennett. Les Gardiners, Lydia et monsieur Bennett apparaissent bel et bien, mais leurs incursions limitées et insipides ne marquent pas le récit.

Pour ce qui est de l’intrigue, je n’ai pas de gros reproches à formuler, à part que je ne l’ai pas trouvée assez personnalisée. On pourrait retrouver la même histoire avec n’importe quels autres personnages, ce qui en gâche un peu la saveur.

Pour dire les choses clairement, j’ai été largement déçue par cette lecture. Et j’en suis la première fautive : je m’attendais à beaucoup mieux, et ma récente relecture du livre originel a largement terni cette découverte. Le roman souffre vraiment de la comparaison avec son aîné. Pour le reste, le livre est plutôt bien écrit. Je pense donc que, paradoxalement, ce livre s’adresse en premier lieu à des personnes n’ayant pas lu Orgueil et Préjugés (ou alors il y a longtemps). Si vous êtes un austénien convaincu, passez votre chemin ou sinon vous serez déçu inutilement. C’était une bonne idée mais le résultat est râté.

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3 commentaires pour La Mort s’invite à Pemberley, de P.D. James

  1. eloisedlm dit :

    Bonsoir,
    Merci pour cet avis, je me demandais justement si j’allais lire ce livre… J’ai lu « Orgueil et Préjugés » le mois dernier, et « La Mort s’invite à Pemberley » ne m’avait bien sûr pas échappé sur les étals des librairies. Ton article confirme mes craintes, surtout si Elizabeth est un peu éclipsée ! Enfin je le lirai peut-être ce livre si je tombe de nouveau dessus dans quelques mois 🙂

    Eloïse
    http://encre-et-pixels.fr/

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  2. Ping : Jane Austen s’invite sur vos écrans | A livre ouvert

  3. Camille dit :

    Quelle déception, ce n’est pas la première critique négative que je lis sur ce roman. Je me faisais une joie de lire … Merci pour ta critique 🙂

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