Au revoir là-haut, roman de Pierre Lemaître

Je suis la première à rager du manque d’imagination des producteurs de films qui préfèrent payer des scripts adaptés de romans plutôt que d’investir dans des créations originales. Pourtant, il faut bien avouer qu’il y a un gros avantage avec cette vogue des adaptations littéraires sur petits et grands écrans : ça peut pousser certaines personnes à lire. Et même moi qui lis déjà beaucoup ! La preuve avec Au revoir là-haut, le beau roman de Pierre Lemaître qui est sorti au cinéma fin 2017 grâce au travail d’Albert Dupontel. Ce livre était dans ma PAL depuis longtemps (sa sortie en fait) et je n’avais jamais encore pris le temps de le lire. Eh bien ça n’a pas raté : après être allée voir le film, j’ai ressenti une irrépressible envie de lire le livre ! J’ai donc passer mes vacances de Noël en compagnie de cette histoire passionnante et de ses personnages hyper attachants. Bon d’accord, la Première Guerre mondiale, ça ne fait pas vraiment Noël, mais quand c’est raconté par Pierre Lemaître, franchement on embarque facilement pour n’importe quelle destination !

1918. Les soldats français sont à bout de force. Ils n’ont plus envie de se battre et ne rêvent que de rentrer chez eux, même si l’idée de la vie normale est devenue un souvenir très fugace pour la plupart des hommes. Malgré (ou plutôt à cause de) la rumeur de la capitulation prochaine des allemands, une ultime offensive est lancée contre l’ennemi et les soldats français partent à l’assaut d’une ligne mortelle. Albert, qui est témoin de ce qu’il n’aurait pas dû voir, se retrouve poursuivi par son propre capitaine qui veut le tuer. Il est miraculeusement sauvé par son jeune compagnon Edouard, mais le sacrifice du jeune homme a un prix : la moitié de son visage est emporté par un éclat d’obus allemand. L’épreuve va lier les deux hommes, presque malgré eux, et après la démobilisation, alors qu’il est temps de reprendre sa vie, ils sont tous deux confrontés au même problème : en fait, pendant la guerre, la vie a continué sans eux. La fiancée d’Albert ne l’a pas attendu, son emploi a été pris par quelqu’un d’autre ; et Edouard, l’artiste plein de talent, refuse de se confronter au regard de son père, cet homme froid et puissant qui ne l’a jamais aimé. Les deux hommes veulent un nouveau départ. Il se matérialise sous la forme d’une idée : pourquoi ne pas lancer une arnaque aux monuments aux morts puis partir au soleil avec la caisse ? Même si le projet semble fou, il pourrait leur fournir un nouveau départ et les mettre enfin à l’abri. Mais même les meilleurs plans ne se déroulent jamais comme prévu…

Si comme moi vous avez au moins vu le film réalisé par Albert Dupontel, alors vous savez de quoi parle Au revoir là-haut. Car même si le film contient pas mal de différences avec le roman écrit par Pierre Lemaître, il respecte globalement bien l’intrigue et ne se contente que de changements (presque) mineurs.

Dès la toute première page, j’ai retrouvé toute la chaleur qui se dégageait du film d’Albert Dupontel. Je me suis donc tout de suite sentie chez moi. Mais plus largement, j’ai été très agréablement surprise par les qualités de conteurs de Pierre Lemaître. Je n’avais jamais lu aucun livre de lui, et c’est donc une totale découverte. Il s’avère que, loin d’être un roman triste avec un sujet lourd, Au revoir là-haut est un roman à l’histoire grave mais non dénuée d’humour. L’écriture de Pierre Lemaître est extrêmement agréable, chaleureuse ; on s’y sent bien. Il se dégage une gouaille très parisienne de son texte et de ses personnages. Même si certains passages sont effectivement tristes ou en tout cas très émouvants, on ne sombre jamais dans la sensiblerie. L’auteur reste dans le sentiment authentique, sans s’appesantir, et ensuite on retrouve plus de légèreté.

L’intrigue en elle-même ménage beaucoup de surprises et de rebondissements, presque à la manière d’un roman policier (genre de prédilection de l’auteur). Mais elle nous plonge aussi, à la façon d’un roman historique, dans une période de l’histoire française moderne qui n’a rien de très reluisant. Car malgré la victoire, le prix payé est très élevé, et surtout le lendemain de la guerre laisse un goût amer dans la bouche de ces soldats qui ont tant sacrifié pour leur patrie. Comme le montre très bien l’auteur dans ses pages : il est plus facile d’être mort sur le champ de bataille que d’avoir survécu et de tenter de reprendre le cours de sa vie ! On est donc très loin des clichés héroïques de la Grande Guerre.

Dans le même temps, nos deux « héros » sont surtout des types ordinaires, chacun avec ses problèmes, ce qui les rend d’autant plus attachants. Et même si leur idée d’arnaque aux monuments aux morts n’est pas très reluisante, on se sent tout de même portés de leur côté tant la vie a été dure avec eux… et d’une certaine façon la patrie leur doit bien quelque chose. Si le personnage d’Edouard est nettement moins sympathique que dans le film d’Albert Dupontel, en revanche le personnage d’Albert est extrêmement émouvant car c’est vraiment le prototype du gars bien, du type sympa, bon camarade, loyal et fidèle. Les personnages secondaires ne manquent pas non plus de sel, à commencer par le méchant emblématique de l’histoire, Pradelle, le capitaine arriviste qui ne pense qu’à faire fortune. Mention spéciale pour le personnage de Madeleine, la sœur d’Edouard, qui s’avère être un personnage féminin plein de ressource et beaucoup moins terne que le début de l’intrigue ne le laisse présager. Enfin, mon coup de cœur a été pour le personnage de monsieur Péricourt, le père d’Edouard. Un personnage très antipathique au début, mais qu’on apprend à connaître au fil des pages et qui va finalement dévoiler une sensibilité insoupçonnée.

En un mot, cette lecture a été un coup de foudre. J’ai plongé dans ce roman avec beaucoup de facilité et j’en suis sortie à regret… enfin soulagée d’avoir bientôt la suite à lire puisque Couleurs de l’incendie vient tout juste de paraître chez Albin Michel ! Pas besoin d’être un spécialiste de la Première Guerre mondiale ou un fan de romans historiques pour apprécier Au revoir là-haut. Ce livre est un très bon roman et il s’adresse vraiment à un très large public. Tentez votre chance : vous ne serez pas déçu par la lecture !

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14 commentaires pour Au revoir là-haut, roman de Pierre Lemaître

  1. Je me sens un peu seule à avoir eu du mal avec ce roman. Enfin surtout avec les 300 premières pages en fait, j’ai trouvé ça trop lent, j’avais l’impression que ça n’avançait pas.
    Le film n’était pas sorti quand je l’ai lu et la 4ème de couverture ne m’avait pas fait m’attendre à ça donc j’avais été un peu déçue.
    Il n’en reste pas moins un livre qu’il faut lire! Tout le fond de l’histoire sur la difficulté de revenir à la vie normale après la guerre et et de l’état qui, clairement, s’en fiche un peu, est vraiment intéressante. Psychologiquement, c’est un beau roman!

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  2. l’histoire de ce livre m’a interessé mais je voudrais vous demander si on fait attention aux détails de la première guerre mondiale ou est-ce un détail ni plus ni moins !
    sinon votre article m’encourage vraiment à aller chercher et lire ce livre !

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    • Alivreouvert dit :

      Alors ce n’est pas un ouvrage historique même si clairement l’auteur a fait énormément de recherches et il présente très bien les enjeux de l’époque. Surtout, au début du livre, c’est déjà presque l’Armistice, donc de toute manière la guerre en tant que tel est peu évoquée, sauf pour parler des gueules cassées où là effectivement il y a pas mal de choses à apprendre. Pour autant ça reste toujours digeste : l’auteur ne prend pas sa toge de prof d’histoire mais il glisse habilement les aspects historiques au sein de son intrigue. Bref, oui ça vaut le coup de le lire pour apprendre des choses !

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  3. Clelie dit :

    Je n’ai pas vu le film de Dupontel, mais j’ai le roman dans ma PAL. Tu me donnes très envie de découvrir les deux 🙂

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    • Alivreouvert dit :

      Du coup, tu peux y aller dans n’importe quel ordre ! Habituellement, je préfère lire le livre avant de voir le film, mais là ça ne m’a pas du tout gêné de faire l’inverse. Bonne lecture et bon visionnage !

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  4. Effectivement, c’est ce qui est appréciable avec ce roman, c’est son côté populaire dans le bon sens du terme, s’adressant au plus grand nombre =)

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  5. WordsAndPeace dit :

    ah, je suis heureuse pour toi que tu aies enfin découvert Lemaitre, quel auteur ! Avant ce premier roman historique (c’est absolument un ‘roman historique’), il écrivait des polars. J’en ai lu plusieurs, c’est pas tendre, mais si bien écrit. On retrouve la même rage ici.
    Travail soigné est absolument génial pour ce qui est de la construction de l’histoire, incroyable !
    En moins dur, mais aussi très bien écrit, je recommande Trois jours et une vie.
    Je refuse le terme de « populaire » quand un auteur fait un tel travail d’écriture.

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