Petit Pays, roman de Gaël Faye

petit-paysParmi les très nombreux ouvrages de la rentrée littéraire, il y en a un qui a tout de suite viré en tête auprès du public, ça a été Petit Pays, le premier roman de Gaël Faye publié chez Grasset. Couronné prix Fnac en septembre, il a depuis fait l’objet de plusieurs critiques très enthousiastes. J’ai eu l’occasion d’écouter Gaël Faye parler de son livre au Forum Fnac, et il m’avait donné très envie de lire son roman. Parce que c’est un sujet grave et aussi parce que c’est une histoire très intime (largement autobiographique) que raconte Gaël Faye. Ayant finalement eu le temps de lire Petit Pays, je dois dire que je suis ravie et fière de vous présenter cette lecture coup de coeur.

Dans les années 1990, Gabriel a à peine une dizaine d’années. Il vit au Burundi avec sa famille : son père d’origine française, sa mère d’origine rwandaise et sa petite soeur. Dans son quartier, avec ses copains, il vit une enfance d’insouciance au coeur d’une Afrique qui semble paisible malgré les rumeurs qui grondent au loin. Tout commence de l’autre côté de la frontière, le Rwanda devient le théâtre de quelque chose qui dépasse Gabriel. Mais les répercussions se font sentir jusqu’au Burundi. Le vent tourne aussi à la maison où la quiétude familiale est brisée lorsque les parents se séparent. Maintenant, le monde de Gabriel est divisé : Papa/Maman, Hutu/Tutsi, Enfance/Monde des adultes… Mais comment conserver encore l’innocence de l’enfance quand le monde révèle toute sa cruauté sous vos yeux ?

Ce serait un peu facile de dire que le roman de Gabriel Faye parle de la guerre en Afrique car en fait il aborde aussi largement la question de l’enfance, et notamment de son innocence perdue. Et c’est ce qui fait que ce livre est très facile à lire, jamais lourd ni sanglant. Gaël Faye livre son histoire à hauteur d’enfant, avec une certaine légèreté qui permet de tenir les ombres à distance.

Il y a plusieurs passages qui m’ont énormément marqué, mais celui-ci en particulier est assez éclairant du style du livre :

« La guerre, sans qu’on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n’ai pas pu. J’étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais. »

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce roman, c’est le point de vue choisi. Gaël Faye est métisse, et c’est justement cette culture métisse qu’il projette dans son livre. Comme lui, Gabriel est à moitié français et à moitié africain. Cette double appartenance le tient un peu à l’écart de ce qui se passe, fait de lui un témoin privilégié car il garde un certain retrait. Sa neutralité le laisse avant tout ancré dans l’enfance. Prendre parti ne l’intéresse pas car son combat à lui, c’est de rester un enfant dans un monde qui force tout le monde à grandir trop vite.

Petit Pays aborde des thèmes très importants, d’autant plus importants que la littérature française ne les a jamais vraiment traité. D’autant plus important que les littératures africaines susceptibles d’en parler ne trouve pas leur place dans les librairies françaises. C’est donc une lecture essentielle et éclairante.

Mais le devoir de mémoire n’est pas là seulement pour rendre hommage à une partie méconnue de l’Histoire moderne. C’est aussi pour Gaël Faye un moyen de convoquer le fantôme de son enfance, celle qui semble être restée en Afrique. C’est une mémoire plus intime. Et même si l’auteur a souvent précisé que ce livre n’était pas « autobiographique », on sent bien que c’est une histoire personnelle dans laquelle il place beaucoup de sa sensibilité.

Pour moi qui suis à peu près du même âge que Gaël Faye, Petit Pays m’a laissé un goût amer. Je n’ai pas grandi dans un pays en guerre, je n’ai pas été témoin de la cruauté humaine, j’ai bénéficié de tout le confort qu’on puisse imaginé. Et je ne me suis jamais sentie très responsable de ce qui se passe dans le monde. Même si ce n’est certainement pas le but du romancier, je dirais que cette lecture a eu un effet de prise de conscience pour moi. Et je ne crois pas que les gens qui le liront pourront rester insensibles à cette histoire. Gaël Faye n’a pas peut-être pas cherché à faire oeuvre de militantisme avec ce livre, et pourtant on ne peut pas s’empêcher de se sentir profondément concerné par ce qu’il écrit.

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9 commentaires pour Petit Pays, roman de Gaël Faye

  1. enviedlyre dit :

    Je ne l’ai pas lu celui-ci encore.

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  2. Merci de cet excellent conseil de lecture ! L’histoire du Rwanda a été l’objet d’un prix Renaudot récent, celui de Scholastique Mukasonga pour Notre-Dame-du-Nil (2012) qui est une métaphore, concentrée dans le huis-clos d’un lycée rwandais, de toute l’histoire du pays

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  3. WordsAndPeace dit :

    J’ai présenté des extraits à mes élèves, je me prépare à le lire en entier. J’aime beaucoup l’équilibre de l’écriture entre l’humour et le regard de l’enfant qui passe petit à petit à l’âge adulte, avant l’âge, à cause des événements. C’est tellement bien écrit !

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    • Alivreouvert dit :

      Oui, c’est très bien écrit. Et l’écriture fait qu’on ne s’enlise jamais dans le drame, dans la noirceur. Il y a beaucoup de tendresse et d’amour dans ce livre, ça se sent. Pour un premier roman, c’est assez impressionnant.

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  4. J’ai envie de le lire car ce livre a l’air tellement bien écrit d’après tous les avis que je vois passer mais en même temps d’une tristesse…

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