Le Porteur d’histoire, d’Alexis Michalik : un émerveillement total

porteurUne fois n’est pas coutume, je ne vais pas vous parler d’une lecture, mais d’une soirée au théâtre. J’ai eu la grande chance de me rendre récemment à la Comédie des Champs Elysées pour voir de mes yeux la pièce dont tout le monde parle, celle qui a reçu trois Molières (ce qui n’est pas rien) lors de la dernière remise des prix : Le Porteur d’histoire, une pièce de théâtre écrite et mise en scène par Alexis Michalik.

Autant le dire tout de suite, j’ai été totalement éblouie par la pièce autant que par la prestation des comédiens. Je ne savais pas grand-chose de la pièce, à part qu’elle était basée sur un procédé narratif dans lequel chaque personnage raconte une histoire, et j’étais accompagnée par quelqu’un qui ne savait rien du tout de la pièce. Le coup de cœur fut unanime !

C’était aussi pour moi l’occasion de me rendre pour la première fois à la Comédie des Champs Elysées. La salle fait partie du même bâtiment que le Théâtre des Champs Elysées… mais pas du tout au même étage. A peine arrivées à l’entrée du théâtre, on nous a tout de suite indiqué l’ascenseur et annoncé que nous montions au quatrième étage. Arrivées là, il fallait encore monter un étage à pied : pénétrer à la Comédie des Champs Elysées, ça se mérite ! Là-haut, la salle n’est pas très grande (elle m’a même semblé plus petite que la salle du théâtre Déjazet, qui tient dans une poche) mais elle a le mérite de donner une parfaite visibilité sur la scène. J’en profite au passage pour préciser que j’ai adoré l’ouvreuse, hilarante quand elle place les gens !

Venons-en maintenant au cœur de notre sujet : la pièce ! Quand nous nous plaçons dans la salle, il y a déjà un acteur sur scène. Au fur et à mesure que les minutes défilent, ils viennent tous (les trois comédiens et les deux comédiennes) se placer sur scène, chacun sur un tabouret. Au moment où la pièce commence, le premier d’entre eux prend la parole pour nous faire pénétrer dans le monde des histoires… ou plutôt des conteurs. Qu’est-ce que c’est « raconter une histoire » ? La pièce s’engage.

D’emblée, on est projeté dans une histoire par le biais d’un fait divers : en Algérie, une femme et sa fille ont disparu de chez elle et personne ne sait où elles sont allées. Elles se sont volatilisées du jour au lendemain. Partant de ce fait divers, nous allons remonter les événements pour comprendre ce qui leur est arrivé : un voyageur perdu dans le désert vient frapper à leur porte. Et de fil en aiguille, il va leur raconter son histoire, comment il en est arrivé là, et pourquoi les livres semblent bien être la sève de la vie… à moins que ce ne soit l’inverse.

Autant que je vous le confesse tout de suite : je me sens absolument incapable de vous résumer cette pièce. Déjà parce que l’histoire est foisonnante (dans le bon sens du terme) et qu’elle est tellement riche que la réduire à quelques lignes en diminuerait fatalement la qualité (je précise que malgré le fait que l’histoire soit difficile à expliquer, elle est paradoxalement très simple à suivre). Ensuite, parce que même si j’étais capable de faire un résumé cohérent, je préfèrerais ne pas vous gâcher la surprise. Cette histoire est une découverte, une enquête, une histoire dont on veut absolument connaître la suite… Il importe de ne pas trop en savoir pour pénétrer dans l’histoire en candide, et ainsi se laisser prendre dans les filets du conteur.

Et des conteurs justement, il y en a plusieurs. Cette pièce est bâtie sur le principe des récits multiples : la narration rebondit sur les personnages, les comédiens jouent tous plusieurs rôles, un souvenir peut côtoyer une scène qui est en train de se passer, les personnages historiques croisent la route des personnages de fiction… Tout est un jeu.

Sur scène, il n’y a pas vraiment de décors, pas beaucoup d’accessoires et seulement cinq personnes… et pourtant d’emblée ça virevolte, ça bouge, l’énergie est partout présente et l’on a presque l’impression d’une débauche de moyens, alors que c’est notre imagination qui travaille. Les comédiens miment beaucoup de chose : un verre d’eau qu’ils tiennent à la main, un trou qu’ils creusent, un livre qu’ils feuillettent… Je dirais que ce procédé de mise en scène m’a beaucoup fait penser à la lecture. Comme un lecteur projette l’action sur l’écran mental de son imagination, le spectateur de la pièce fait aussi preuve de créativité en ajoutant dans sa tête les pièces du puzzle qui ne sont pas visibles… Et ainsi, il chemine lui aussi comme un acteur de l’histoire.

Il y a environ une centaine de choses dont j’aimerais parler à propos de cette pièce, mais je ne veux pas gâcher votre surprise si vous allez la voir. D’ailleurs, allez la voir ! Elle s’arrête bientôt donc c’est votre dernière chance de découvrir une merveille comme on n’en voit pas si souvent que ça au théâtre. J’ai voyagé pendant près de deux heures avec un infini bonheur. Cette histoire m’a scotchée. Les comédiens sont tous parfaits et font preuve d’une énergie contagieuse sur scène. Au passage, l’histoire porte un très bel hommage à Alexandre Dumas, roi de l’aventure littéraire s’il en fut.

Cette pièce a été une très belle expérience, une sorte de paradis théâtral (et vue la hauteur où se trouve la salle, la métaphore ne me semble pas trop poussée). Depuis le Raoul de James Thierrée, je n’avais rien vu qui m’avait à ce point enthousiasmé. C’est une pièce abordable pour tous, les férus de théâtre comme les réfractaires, les adultes comme le jeune public. On passe un si bon moment que, comme un bon livre, on est déçu que ça doive se terminer. Mais on se quitte sur la plus belle réplique qui puisse être lancée dans un théâtre :

« Et c’est alors qu’elle se mit à y croire. »

Pour ceux qui n’auraient pas la chance de voir cette excellente pièce, je signale que le texte Le Porteur d’histoire est édité aux éditions Les Cygnes.

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