Le Cercle des illusionnistes : la pièce à voir d’Alexis Michalik

le-cercle-des-illusionnistes-afficheBonjour à tous et bienvenue pour une chronique un peu spéciale qui n’est pas consacrée à un livre, mais à une pièce de théâtre. J’aime bien, de temps en temps, vous parler de théâtre car c’est l’occasion de passer du côté du spectacle vivant et de mettre en lumière de très belles créations. Je vous avais déjà parlé l’année dernière d’une pièce d’Alexis Michalik, Le Porteur d’histoire, que j’étais allée voir à la Comédie des Champs Elysées, et dont j’étais ressortie dans un état d’émerveillement intense. Aujourd’hui, je vais vous parler de la deuxième pièce de Michalik, ‘Le Cercle des illusionnistes’, que j’ai vu pas plus tard que la semaine dernière à Rueil, au théâtre André Malraux.

Pour ceux qui ont eu la chance de voir Le Porteur d’histoire, vous savez déjà que Michalik aime les histoires magiques, avec beaucoup de mouvements de jeu sur scène, beaucoup de rythme, et un mélange unique de poésie et d’humour. Dans les grandes lignes, les procédés scéniques repris pour cette seconde pièce sont les mêmes. Pour ceux qui n’auraient pas encore vu Le Porteur d’histoire, déjà je précise qu’il est encore à l’affiche de la Comédie des Champs Elysées ; ensuite, je dirais que c’est du théâtre contemporain dans le meilleur sens du terme : un divertissement de grande qualité face auquel on n’a pas le temps de s’ennuyer, qui peut convenir à tous les genres de spectateurs, les fans de théâtre comme les réfractaires.

Commençons par résumer l’histoire pour savoir de quoi on parle… ce qui ne va pas être facile ! Je suis allée voir cette pièce en famille, et en sortant, mon frère m’a dit quelque chose de très juste : « C’est super bien, mais à un moment, tu te demandes comment on en est arrivé là ! » C’est vrai qu’en y repensant, l’histoire va très vite et embarque le spectateur sans même lui demander son avis : on est projetés dans l’histoire sans avoir le temps de dire ouf !

Je vais quand même faire un effort. Le Cercle des illusionnistes s’intéresse à trois parcours : un jeune voleur du nom de Décembre qui a rendez-vous dans un café avec une fille à qui il a volé son sac, le magicien Robert Houdin dont on suit la carrière mouvementée, et enfin un jeune homme (dont on découvrira qu’il s’agit de Méliès, le célèbre cinéaste) qui cherche sa voie dans le monde… Le tout sur fond de match de foot opposant la France et le Portugal. Les différentes époques et les différents personnages se mêlent, alternant les scènes dans une sorte d’enquête policière pour découvrir le trésor que Méliès a laissé derrière lui. On voyage dans le temps et dans l’espace, passant de l’illusion à la réalité, observant au passage l’invention du cinéma, illusion moderne issue d’un monde en profonde mutation.

Comme toujours chez Alexis Michalik, c’est très difficile de résumer l’histoire en quelques phrases : la construction de l’intrigue est volontairement complexe, avec des récits enchâssés dans les autres récits, des comédiens qui jouent tous plusieurs personnages, des époques qui se chevauchent… Le paradoxe, c’est qu’on comprend très facilement de quoi on parle quand on est face à la scène. C’est limpide, fluide, très énergique. La vivacité des comédiens et les transformations successives du décors font que le spectateur arrivent tout de suite à bien situer la période temporelle dans laquelle on se trouve et le personnage dont on est en train de parler : Décembre, Robert Houdin et Méliès se passent le relais avec une facilité déconcertante et très plaisante.

Si la mise en scène et la dynamique générale de cette nouvelle pièce sont pour ainsi dire calquées sur la première pièce de l’auteur, il y a tout de même aussi des changements. Deux éléments frappent le spectateur : la présence de la magie sur scène ainsi que l’utilisation judicieuse de la vidéo. Pour ce qui est de la magie, c’est peut-être naïf de ma part, mais je ne m’étais pas forcément attendue à ce que les comédiens exécutent devant nous des tours de magie. Or, il y en a bel et bien ! Les tours ne sont pas très nombreux, et des fans de magie diraient peut-être que ce ne sont pas des tours particulièrement difficiles, mais tout de même, la pièce met en scène des tours de magie. Le public est donc doublement spectateur : nous voyons la pièce, et nous assistons aux tours de magie que sont sensés exécuter les illusionnistes. C’est quelque chose de très agréable dans la pièce car cela participe de la « magie » de la scène, et aussi les tours offrent de beaux moments de poésie, de respiration, au sein de l’intrigue générale. C’est l’occasion pour la mise en scène de présenter un traitement un peu différent avec des effets de lumière, de fumée, un rideau qui se déroule et sert à projeter une illusion…

L’autre élément artistique qui m’a beaucoup plut dans cette pièce, c’est l’utilisation de la vidéo. Car l’une des illusions dont on parle, c’est bien sûr celle du cinéma à travers l’histoire de Georges Méliès. Non seulement Alexis Michalik nous raconte comment le cinéma a été inventé et comment il est arrivé en France, mais il nous le montre pour de vrai ! C’est ainsi que les spectateurs assistent à la projection du célèbre film des frères Lumière : L’arrivée du train en gare de la Ciotat. Au cours de la pièce, on assiste aussi à la reconstitution d’un film de Méliès dans lequel il fait disparaître son actrice : le film d’origine est projeté sur un mur présent sur scène, et les comédiens passent devant le mur pour jouer la scène en même temps. Et enfin, après les rappels, le cadeau qui est fait au public, c’est de découvrir un film de Méliès… Une manière touchante et originale et se dire au revoir à la fin de la représentation.

Grâce à ces nouveaux éléments judicieusement placés dans le spectacle, la pièce n’est pas répétitive. On n’a pas l’impression de revoir Le Porteur d’histoire ; c’est bien une expérience différente avec un plaisir renouvelé. Le choix du sujet m’a enchanté : Alexis Michalik tire un très beau trait entre la tradition du divertissement dont nous avons hérité grâce au théâtre et à la magie, et la technique moderne du cinéma. Le propos défendu, c’est que le support importe peu : ce qui prime, c’est notre capacité à rêver, à inventer des illusions qui nous font oublier la réalité. Cette capacité purement humaine d’inventer l’incroyable est un ode à l’imagination… et donc une déclaration d’amour à tous les artistes qui ont cru, et qui croient toujours au pouvoir de l’imagination.

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