Libres : quand la BD fait sa révolution sexuelle

Je n’y connais pas grand chose en bade dessinée, et je marche globalement à la curiosité dès qu’il s’agit d’œuvres littéraires avec des dessins dessus. Comme je suis depuis plusieurs années le travail de l’illustratrice Diglee, je suis récemment tombée sur son dernier projet en date : l’album Libres sur lequel elle a collaboré avec Ovidie. Et si au départ ce sont les dessins sympas et l’humour de Diglee qui m’ont amené à découvrir Libres, c’est finalement la plume fabuleuse d’Ovidie qui a forgé mon coup de cœur. Avec cet objet littéraire non identifié, à mi-chemin entre la BD et le manifeste féministe, les deux femmes ont réussi le pari d’offrir à la lecture un ouvrage passionnant, original et très instructif. Surtout, elles offrent, dans une actualité chargée, un plaidoyer optimiste et libérateur qui fait du bien au moral des femmes. En tout cas, ça a pleinement marché sur moi !

Aucun suspens dans les pages de Libres, et pour cause : il ne s’agit pas d’une œuvre de fiction. Au fil des pages, Ovidie et Diglee abordent la sexualité féminine sous toutes les coutures pour décrypter le rapport que les femmes d’aujourd’hui entretiennent avec leur corps et leur sexualité : épilation, point G, sodomie, burkini, chirurgie esthétique, jouissance… Tout y passe, mais cette fois on aborde les sujets pour de vrai, pas comme dans les magazines féminins qui sont toujours dans le jugement, pas comme dans les manuels de bio où finalement on n’a jamais rien appris d’utile. Là, on se regarde la chatte en face !

Non rassurez-vous, cette BD n’a rien de vulgaire ! Mais n’ayons pas peur de l’humour d’Ovidie et de Diglee pour désamorcer les crispations (nombreuses) autour du sujet de la sexualité féminine. Car oui on est en 2017 et oui c’est toujours délicat d’aborder ces questions. D’abord et surtout parce qu’on vit dans une société qui continue d’avoir beaucoup de difficultés avec la libération de la femme. La sexualité féminine reste intimement liée à la notion de honte, et le rapport que les femmes entretiennent avec leur corps est toujours aussi conflictuel. Du coup, l’introduction d’Ovidie donne tout de suite le ton : « La seule certitude qu’il nous reste en matière de sexe : nous sommes les seules décisionnaires de ce que nous faisons de notre corps et rien ni personne ne devrait jamais nous dicter notre conduite. » Rien que ça, ça donne déjà envie de tourner les pages de cet ouvrage.

Au fil des pages, Ovidie aborde de très nombreuses questions, chaque fois autour d’un thème majeur décliné sur trois à cinq pages. Les pages écrites sont rythmées par les illustrations de Diglee pour aborder, avec humour et pertinence, les sujets soulevés par Ovidie. Du coup, l’ouvrage se lit vite et il est vraiment passionnant car à chaque fois il va droit au but. Ovidie ne tourne pas autour du pot : elle évoque les choses sans détour en posant les bonnes questions. Elle ne livre pas de réponses à l’emporte-pièce comme les magazines féminins le font sans arrêt : elle donne des pistes de réflexion pour être plus à l’aise avec son corps et avec les pratiques sexuelles qui nous font envie… ou pas. Parce que oui, on peut assumer de ne pas avoir une sexualité débridée si ce n’est pas ce qui nous fait rêver. On peut tout assumer en fait parce qu’en matière de sexe, on n’est obligée de rien.

Ovidie met finement le doigt sur la manière dont la société véhicule une certaine image de la femme, à la fois docile et performante, avec un physique de rêve et aucun tabou. Sauf que dans la réalité, la culpabilité et la honte, le rapport conflictuel au corps, empêchent encore largement les femmes d’assumer leur sexualité. Du coup, le fait de marteler un message déculpabilisant fait vraiment beaucoup de bien. Ovidie et Diglee remettent les points sur les i, avec humour mais fermeté. Et dans le contexte actuel, ça fait du bien d’entendre ce genre de discours.

Je pense sincèrement que toutes les femmes devraient lire cette BD (les hommes aussi d’ailleurs). Libres est vraiment un ouvrage qui donne matière à réflexion, qui nous interroge dans notre rapport au corps, dans notre façon de vivre notre sexualité, et finalement d’assumer notre féminité loin de tous les critères machistes ou de la vision pseudo-libérée prônée par la presse et la publicité. C’est un ouvrage qui vous regonfle le moral, et ça fait un bien fou par les temps qui courent !

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2 commentaires pour Libres : quand la BD fait sa révolution sexuelle

  1. Je dois dire qu’en BD j’y vais souvent à l’aveugle également ! Je note c’est certain =)

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