La Ferme des Miller, roman d’Anna Quindlen

Puisque cette année je fais partie des lectrices du cercle Belfond, j’ai la chance de recevoir tous les livres de la collection. Chance ! Ma première lecture, le mois dernier, a été Leopard Hall, un bien joli roman qui nous entraînait en Afrique, sur les pas dune fille qui cherchait son père. Un livre dépaysant dans le style grande fresque romanesque que javais beaucoup apprécié. Quand j’ai reçu La Ferme des Miller, comment vous dire… je n’étais pas très emballée. Au premier regard, je me suis dit que ce n’était pas vraiment un livre pour moi. la vie d’une fille dans une ferme américaine : très peu pour moi ! L’histoire avait l’air ennuyeuse et déprimante. Eh bien la morale de cette chronique est la suivante : il ne faut pas toujours se fier aux résumés des livres ! Parce qu’autant vous le dire tout de suite : ce livre a été une véritable claque et c’est à ce jour le meilleur livre que j’ai lu en 2017 !

Mary-Margaret vit une existence paisible et protégée dans sa petite ville de Pennsylvanie. En plein coeur des années 1960, Miller’s Valley pourrait ressembler à un coin de paradis, une campagne dans laquelle il fait bon vivre et où tout le monde se connaît. Entre ses parents, ses frères, sa tante Ruth un peu folle et ses amis, Mary-Margaret peut compter sur une existence simple et réglée comme du papier à musique. Sauf que le calme ne dure jamais : un projet gouvernemental prévoit d’exproprier les habitants de la vallée pour inonder toute la zone et créer ainsi un grand réservoir d’eau. Puis la guerre du Vietnam éclate, et le frère aîné de Mary-Margaret part se battre. Pour la jeune fille aussi, la vie devient un combat de chaque jour dans lequel les rêves n’ont pas leur place. Pourtant, la jeune fille a du potentiel : élève brillante, elle pourrait aller faire ses études supérieures dans une bonne université. Mais comment décider de partir et laisser sa famille derrière elle ?

La Ferme des Miller n’est pas un roman qui se résume facilement car ce n’est pas à proprement parler une grande histoire : il s’agit plutôt d’une saga familiale vue à travers les yeux d’un seul personnage, la fille de la famille. Cette histoire est constituée par les drames du quotidien, de petites choses qui vont finalement peser lourdement sur le destin de chacun des membres de la famille. On n’est pas dans une histoire extraordinaire : nous sommes ici sur le territoire du réalisme, et c’est paradoxalement la raison pour laquelle ce livre est si prenant.

Je ne m’y attendais pas du tout, mais dès les premières pages j’ai été complètement happé par l’histoire de ce livre. L’écriture d’Anna Quindlen est très délicate, mais sans chichi. Elle traite en toute simplicité mais avec authenticité de l’histoire de ses personnages. Et dès le départ, il est évident que cette romancière a un vrai amour des gens. Elle raconte son histoire avec une tendresse bouleversante à laquelle on ne peut pas résister. Ses personnages sont ancrés dans la vraie vie, ils ont de vrais problèmes ce qui fait qu’on se sent tout de suite proche d’eux. En tant que lectrice, je me suis très facilement projetée, non seulement dans le formidable personnage de Mary-Margaret, mais aussi dans plusieurs personnages secondaires. Les personnages des parents, et notamment celui de la mère, sont particulièrement réussis. Ils sont très forts, très chargés en émotions.

Pour dire les choses franchement, cette histoire m’a bouleversée… et pourtant je n’aurais pas parié sur ce livre au départ ! J’ai même pleuré à deux reprises ! Ce livre m’a profondément touché parce qu’en fait il parle de quelque chose d’universel qui est un peu compliqué à définir mais qui est le devenir. Ce livre parle de cet élan vital qu’est la vie et dans lequel on a parfois du mal à se situer. La vie est imprévisible, et c’est ce qui la rend parfois inconfortable. Les êtres humains ont besoin de se sentir appartenir à un lieu, à une communauté. Ce sens de l’appartenance est important car bien souvent ce sont nos racines qui nous définissent, surtout sur le plan affectif. Mais bien que ces racines soient importantes, c’est tout aussi crucial pour une personne de se réaliser, d’aller au bout de son potentiel. Tout le monde n’a pas cette chance, tout le monde ne peut pas devenir ce qu’il voulait. Et ce ne sont pas toujours de grands drames qui coupent notre élan : ça peut aussi être plus simplement, plus cruellement, le quotidien qui a une prise sur nous et dont on ne peut pas se libérer.

En abordant intimement cette question du devenir à travers le personnage très réussi de Mary-Margaret, Anna Quindlen touche du doigt quelque chose de puissant qui évoque forcément beaucoup de choses à chaque lecteur. Elle parle de la marche du monde, de la modernité qui écrase tant de choses sur son passage, de la nécessité pour chacun d’entre nous de suivre le mouvement, mais aussi de la difficulté dans laquelle nous sommes de nous détacher de certaines choses, les gens comme les lieux. Pour nous réaliser, pour vivre nos vies, nous devons aller vers l’avenir et nous détacher du passé. Mais ce cheminement est dur et il nous condamne à perdre des choses qui nous sont chères.

La Ferme des Miller est un roman très intime, très beau, bouleversant, traversé par une lumière et une chaleur humaine rares. En peu de pages, il réussit à délivrer une histoire superbe qui saura toucher tous les lecteurs. Ce livre est une pépite alors surtout donnez-lui sa chance. En ce qui me concerne, j’aurais été très déçue de passer à côté car ça faisait longtemps qu’un livre ne m’avait pas autant émue.

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4 commentaires pour La Ferme des Miller, roman d’Anna Quindlen

  1. J’adore ta chronique! Et comme toi, je n’étais pas forcément hyper emballée au début mais quel roman! Je suis vraiment ravie de l’avoir découvert 🙂

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