Quelle place pour les femmes dans la littérature ?

femme écrivantLa parité reste toujours d’actualité, et si on en parle beaucoup dans la vie économique et sociale de notre pays, force est de constater qu’elle reste malheureusement absente du domaine artistique. Je prends un exemple : dans Paris, la majorité des rues, avenues et places sont nommées d’après des hommes. Dans la littérature aussi, il y a longtemps eu une domination du sexisme, et si les femmes ont fini par gagner leurs galons d’auteurs, ce fut bien à la force de leur poignet… et de leur détermination. Et tandis qu’on se gargarise aujourd’hui des succès de la chick lit en librairie, je me suis demandée quelle était vraiment la place des femmes dans la littérature occidentale ? Sont-elles les égales des auteurs ? Ont-elles vraiment des genres de prédilection ou bien sont-elles représentées dans tous les domaines de la création littéraire ? Retour sur un chemin littéraire semé d’embûches.

Aux origines, il y avait le silence

Il est facile d’identifier les premiers succès des femmes en librairie, car paradoxalement le fait qu’on leur interdisait d’écrire professionnellement et d’être publiées a permis de mettre mieux en évidence les quelques plumes qui s’y sont risquées. En France comme dans de nombreux autres pays européens, on ne trouve pas vraiment de femmes de lettres avant le début du XIXe siècle. Et il faut rappeler que si on nous parle aujourd’hui de madame de La Fayette, il faut tout de même rappelé qu’elle a publié ses livres anonymement et qu’à son époque, à part quelques intimes, personne ne savait qu’elle écrivait. De même, Madeleine de Scudéry n’apposa jamais son nom sur un seul de ses écrits, forcée d’emprunter le nom de son frère pour ne pas faire face à la vindicte de son temps. En bref, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les femmes n’existent pas dans la littérature, même si certaines écrivent de fait. Et les femmes qui écrivent sont-elles représentatives de leur temps ? Pas vraiment. Femmes de l’aristocratie, elles savent lire et écrire, ont souvent bénéficié d’une très bonne éducation dans les arts et les lettres, fréquentent les beaux esprits de leur temps, mais elles ne représentent absolument pas l’écrasante majorité des femmes de l’époque qui appartiennent aux classes pauvres de la société.

Pourtant, ces femmes présentent déjà des points de vue intéressants sur la société, donnant de la femme une vision moins fantasmée que leurs confrères, et abordant parfois des thèmes étonnamment modernes. C’est par exemple le cas de Madeleine de Scudéry qui, dans ses œuvres, présente régulièrement des critiques acerbes contre le mariage, cette violence faite aux femmes dans laquelle on les dépossède de tous droits, elles qui n’ont déjà pas la possibilité de prendre leur destin en mains. Un début de parole, même si la voix des femmes ne peut pas encore se faire largement entendre.

Anonymes, mais publiées

C’est du côté de l’Angleterre que les premières femmes de lettres vont réussir à forcer la porte des maisons d’éditions. Et si on connaît surtout Jane Austen de nos jours pour ses superbes romans, il faut s’arrêter un peu sur leur contexte de publication pour comprendre toute l’importance de sa victoire. Durant sa vie, Jane Austen n’a JAMAIS été identifiée en tant qu’auteur de ses romans. Ses écrits sont parus sans qu’un nom d’auteur y soit attaché. On ne trouve sur la couverture que la mention « by a lady », autrement dit « par une dame ». Il faudra attendre la mort de Jane Austen et une notice biographique rédigée par son frère pour que le grand public découvre enfin qui se cachait derrière Orgueil et Préjugés. Tant pis pour la gloire, au moins l’essentiel est fait : une femme a réussit à faire éditer ses romans et par conséquent à faire entendre la voix des femmes. Dans ses livres, Janes Austen se montre très critique envers le système qui maintient les femmes dans un statut infantilisant : d’abord sous la tutelle de leur père, leur unique but dans la vie est de trouver un bon mari, qui les maintiendra à son tour dans une docilité approuvée par la société. Mais qu’arrive-t-il aux femmes qui veulent être ou rester des esprits libres ? La société les voit comme suspectes, et elles n’ont d’autre choix que de rentrer dans le rang sans que l’injustice de leur situation ne soit jamais soulevée.

Jane Austen écrivant

Plus tard, les sœurs Brontë se font passer pour des hommes afin d’être publiées. Le succès est au rendez-vous, mais ce n’est qu’après leur mort que l’on s’aperçoit qu’il s’agissait en fait de femmes. Un moment marquant de l’histoire littéraire occidentale. Car si jusqu’à présent les femmes avaient surtout donné dans le roman sentimental, les sœurs Brontë sont largement sorties de la zone de référence pour s’arroger des thèmes traditionnellement masculins et imposer au passage des figures féminines modernes qui feront date. Si Jane Eyre est indéniablement le personnage le plus connu de la mythologie brontéenne, c’est le formidable roman d’Anne, La châtelaine de Wildfell Hall, qui fait débat en proposant un discours féministe pas encore dans l’air du temps. L’impact des sœurs Brontë sur les générations futures sera énorme, prouvant que les femmes peuvent à la fois défendre leurs convictions féministes et s’arroger le droit d’écrire autre chose que des romans sentimentaux.

La timide reconnaissance du XXe siècle…

Si le XIXe siècle permet déjà de voir éclore de nombreuses plumes féminines (et féministes), c’est vraiment le XXe siècle qui va permettre l’essor des femmes dans la littérature. Elles se font entendre, elles égalent même les hommes et participent à inventer de nouveaux moyens d’expression. La route vers la reconnaissance est encore longue, et ce n’est par exemple qu’en 1980 qu’une femme de lettres peut enfin être élue à l’Académie française. Et dans toute l’histoire du prix Nobel de littérature, depuis sa création en 1901, seules dix femmes l’ont reçu. Oui, c’est une route bien longue.

… mais une côte de popularité qui monte !

Si les institutions sont frileuses à laisser la place aux femmes, il faut souligner que ce n’est pas le cas des lecteurs. Le XXe siècle va se caractériser par un mouvement très nouveau : les femmes sont désormais lues, et même pour certaines très lues. Que l’on songe au succès d’Agatha Christie, et l’on aura tout de suite un bon aperçu des œuvres que les écrivaines sont capables d’accomplir. De son temps, Agatha Christie a été l’auteur vivant le plus lu au monde. Elle était célèbre en Occident mais aussi en Orient. Le cinéma a encore popularisé ses œuvres et la « reine du crime » trouve une place de choix dans le cœur du grand public. Un exploit qui se mesure avec les tirages records de ses romans successifs.

En France, les femmes vont devenir un véritable phénomène culturel pendant tout le XXe siècle : Sagan, Beauvoir et Duras affolent la morale publique, Sarraute invente le nouveau roman, Pauline Réage fait entrer les femmes dans le genre littéraire libertin. Les verrous ont sauté, et désormais les femmes écrivent ce qu’elles veulent.

Au XXI siècle, le succès sourit aux femmes

Si je vous demande quel est le plus gros succès littéraire de notre siècle, qu’allez-vous me répondre ? La saga Harry Potter. Vous avez raison ! Le plus gros succès littéraire de notre temps a été écrit par une femme, J.K. Rowling, et les chiffres sont impressionnants : des romans traduits dans 67 langues pour un total d’un peu plus de 450 millions de livres écoulés à travers le monde. Qui dit mieux ? Ne cherchez pas : personne. Sacrée revanche pour les femmes de lettres qui peuvent désormais tenir la dragée haute à ces messieurs.

En rentrant un peu plus dans le détail, on peut voir que les femmes ont réussi à investir à peu près tous les genres d’expression littéraire. Si elles ne sont pas forcément pas très bien représentées dans les univers du thriller (encore que la littérature nordique permet d’équilibrer les choses) et de la bande dessinée, on voit tout de même de plus en plus d’ouvrages signés par des femmes dans ces genres.

En parallèle de ce gain de terrain, on a aussi assisté à la fin du XXe siècle à l’explosion d’un nouveau genre littéraire exclusivement littéraire : la chick lit. Et s’il ne s’agit pas d’un genre militant à proprement parlé, il faut bien reconnaître que ce pré carré féminin offre une nouvelle vision de la femme moderne : une femme diplômée, qui travaille, rencontre les mêmes difficultés professionnelles que les hommes, cherche à faire sa vie sans pour autant renier sa féminité. Il ne s’agit plus, comme à l’époque de Jane Austen, d’être une femme dans un monde d’hommes, mais plutôt d’être une femme épanouie dans une société où la question du sexe tend à s’effacer.

D’accord, tout n’est pas rose pour autant, et peut-être que ce qui manque aujourd’hui aux femmes écrivains, c’est justement ce militantisme qui a permis de les faire tant progresser en l’espace d’un siècle et demi. Mais je trouve assez rassurant que les femmes aient désormais le droit d’écrire ce qu’elles veulent, y compris de se représenter elles-mêmes, dans leur superficialité comme dans leur combativité. Et vivre dans un monde où l’on peut aussi bien lire Bridget Jones d’Helen Fielding que King Kong Théorie de Virginie Despentes, c’est quand même beaucoup plus de bonheur pour nous les femmes/lectrices que de rester cantonner à l’époque de la Comtesse de Ségur !

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