Christmas Pudding, roman de Nancy Mitford

christmas puddingQuand les auteurs anglais n’ont plus d’idées, il leur reste toujours la bonne vieille recette du « je place plusieurs personnes farfelues dans une maison isolée en pleine campagne et j’attends que les ennuis se présentent ». Un grand classique qui a beaucoup fait pour le développement du roman policier rural et de la comédie de mœurs. Mais il faut bien se rendre à l’évidence, un tel artifice ne peut pas toujours sauver les auteurs en quête d’inspiration. Et c’est avec une grande déception que je me dois de le dire : dans Christmas Pudding, Nancy Mitford manque un peu d’originalité !

Les habitués de ce blog le savent bien, Nancy Mitford est l’un de mes auteurs anglais préférés. Elle est drôle, parfois cruelle, elle observe très bien les travers de ses semblables, et elle a un don pour ciseler des dialogues inoubliables ! Alors évidemment, lorsque Christian Bourgois en fin d’année 2014 a publié Christmas Pudding, le second roman de l’auteur resté inédit en France, j’ai sauté sur l’occasion. On me l’a offert à Noël, et j’ai trépigné d’impatience en attendant d’avoir le temps de le lire.

Dans cette histoire, Nancy Mitford s’inspire des traditionnelles parties de chasse aristocratiques qu’elle connait bien pour dépeindre une société hétéroclite qui se retrouve à l’occasion de Noël dans un domaine à la campagne. Malheureusement, la chasse est annulée pour cause de maladie des animaux, et les humains ont aussi leurs propres problèmes : entre les pique-assiettes, les jeunes de bonne famille qui veulent jouer les rebelles, les couples à la dérive, les écrivains ratés, les duchesses excentriques et les demi-mondaines en quête d’une nouvelle proie, les réjouissances risquent de ne pas être reposantes !

Comme souvent dans les romans de Nancy Mitford, un assiste à un joyeux carnaval dans lequel les nombreux personnages, tous plus cinglés les uns que les autres, se mélangent dans un spectacle burlesque qu’il est impossible de prendre au sérieux. Ce qui tombe bien car Nancy Mitford est clairement ce que l’on peut appeler un « auteur de divertissement ». Sauf qu’habituellement, on entrevoit une critique acide de la société aristocratique anglaise, alors que dans ce roman, tout semble tourner sans que l’auteur arrive à exercer le moindre contrôle sur son œuvre.

Je note beaucoup de très bonnes idées dans ce roman, à commencer par le personnage d’auteur raté de Paul Fotheringay qui m’a beaucoup plut (le pauvre garçon). J’ai aussi craqué pour l’horripilante Lady Bobbin, obsédée par la chasse et autres sports de plein air, des activités bien plus salutaires pour l’esprit que l’étude ou la lecture qui rendent les gens apathiques. Les dialogues claquent comme des fouets avec un rythme bienvenu, mais les situations s’enchaînent trop vite et l’ensemble reste un peu brouillon. Aussi stupide que ça puisse paraître, je dirais qu’il y a trop de personnages dans cette histoire. L’auteur n’arrive pas à bien les exploiter tous, ce qui est frustrant pour le lecteur, et qui a pour effet d’embarquer l’histoire dans trop de directions. C’est par exemple bien difficile de dire qui est le personnage principal de ce roman, ou bien laquelle des intrigues est la plus importante.

Malgré les bonnes idées de départ, Nancy Mitford peine à bien ficeler son histoire. Le roman est frénétique, hors de contrôle, et le lecteur en ressort avec la même impression que s’il venait de descendre du tambour d’une essoreuse ! Surtout, si on compare ce roman avec d’autres livres de Nancy Mitford, on est frappé par le manque d’efficacité de la narration. L’écriture en elle-même est plaisante, comme toujours, mais il lui manque un cadre plus rigoureux pour faire adhérer le lecteur à l’histoire.

En même temps, il convient de rappeler qu’il ne s’agit que du second roman de son auteur. Peut-être les faiblesses du roman viennent-elles surtout d’un manque d’expérience ? J’ai du mal à croire moi-même à cette hypothèse tant les autres romans que j’ai lu d’elle ne présentent pas du tout ce genre de faiblesses.

Pour conclure, je dirais que pour les lecteurs qui n’ont jamais lu Nancy Mitford, ce livre n’est absolument pas celui par lequel il faut entrer ; je leur conseillerais plutôt « L’Amour dans un climat froid » ou « Charivari », mon préféré. Pour les lecteurs qui sont très habitués à Nancy Mitford, je ne veux pas les décourager, et c’est tout de même un roman qui mérite qu’on lui laisse sa chance. On y trouve en gestation de nombreuses idées sur lesquelles reposeront plusieurs autres histoires (entre autres, justement, « Charivari »), et c’est donc l’occasion d’observer un talent littéraire en train de se former.

Très bonne lecture à tous.

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3 commentaires pour Christmas Pudding, roman de Nancy Mitford

  1. Il me tente depuis un moment, je retiens !

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