Pour ce premier rendez-vous du club de lecture Alivreouvert de mai, je vous propose une discussion autour de la santĂ© mentale. Vous le savez, j’ai choisi de placer le programme lecture du mois sous le signe du roman feel-good. Un genre littĂ©raire « pour se sentir bien », mĂŞme si dit comme ça on ne sait pas forcĂ©ment de quoi on parle. Des bons sentiments ? Des discours pseudo-psychologiques ? De la thĂ©rapie par le rire ?
Le roman feel-good, c’est un peu tout ça Ă la fois. Et je sais que ça peut sembler dĂ©risoire, voire un peu Ă cĂ´tĂ© de la plaque, mais il y a vraiment un lien pour moi entre la lecture et la santĂ© mentale. Particulièrement quand on Ă©voque un style de livres qui Ă©voquent justement des sujets de sociĂ©tĂ© qui nous prĂ©occupent toutes et tous au quotidien.
Petit rappel : c’est quoi dĂ©jĂ un roman feel-good ?
Le roman feel-good, c’est LA grande tendance du dĂ©but des annĂ©es 2010 en matière de littĂ©rature fĂ©minine. Après la mode de la comĂ©die romantique et des grandes sagas fĂ©minines/historiques, le roman feel-good s’est installĂ© dans nos librairies. PortĂ© par des romancières gĂ©niales telles que Jenny Colgan, Jill Shavis ou en France Agnès Ledig, c’est une catĂ©gorie de romans qui abordent des questions de sociĂ©tĂ© variĂ©es. Au dĂ©part, les romans feel-good s’inspiraient surtout des changements de vie (personnels et professionnels) en mettant en scène des trentenaires qui dĂ©cidaient de changer de mĂ©tier, de ville, et qui finalement trouvaient l’amour et l’Ă©panouissement en cours de route.
Au fil des annĂ©es et Ă mesure que plus de romans ont Ă©tĂ© Ă©crits, les romancières se sont intĂ©ressĂ©es Ă des sujets plus larges. Les relations familiales, la charge mentale des femmes, les personnes hyper-sensibles, celles en burn-out ou sujettes Ă des crises d’angoisse, le deuil ainsi que les violences familiales. Toute une palette de sujets qui raisonnent avec le vĂ©cu des lectrices pour des raisons intimes.
Le sujet n’est pas la seule chose que les romans feel-good ont en commun. Ils se reconnaissent aussi Ă cause de leur discours de rĂ©silience, et leur vision optimiste de la vie. Certes, tout n’est pas rose. Mais gĂ©nĂ©ralement, les romancières Ă©crivent des histoires avec des happy end, comme un formidable rappel que le meilleur reste Ă venir. Et le plus souvent, elles cĂ©lèbrent aussi l’amitiĂ© dans leurs histoire. Un joli moyen de nous rappeler qu’on est rarement aussi seuls qu’on le croit.
Pourquoi je fais le lien entre roman feel-good et santé mentale ?
Parce que ce sont des romans qui Ă©voquent en fait ce sujet prĂ©cis. Qu’on parle de charge mentale, d’environnement de travail dĂ©moralisant ou de relations toxiques, les personnages des romans feel-good sont souvent eux-mĂŞmes enlisĂ©s dans des situations pĂ©nibles qui menacent leur santĂ© mentale. GĂ©nĂ©ralement, l’histoire d’un roman feel-good commence par une crise que traverse l’hĂ©roĂŻne. Et suite Ă cette crise, elle dĂ©cide d’un changement de vie pour tenter de rebondir.
Et c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ que les choses se mettent en place. A partir du moment oĂą elle quitte le contexte nĂ©gatif dans lequel elle Ă©tait enlisĂ©e, elle peut enfin commencer Ă reconstruire sa vie sur de meilleures fondations. Le chemin est rarement facile. Mais les Ă©preuves traversĂ©es visent toujours Ă reprendre confiance en soi, Ă cultiver l’estime de soi-mĂŞme et Ă rĂ©apprendre Ă faire confiance aux autres. Une fois ces leçons apprises, l’hĂ©roĂŻne trouve le bonheur.
N’est-ce pas un chemin de vie qui vous parle ? Moi oui.
J’ai failli faire un burn-out, et les romans feel-good m’ont sauvĂ©
Je sais que ça peut paraĂ®tre fou Ă lire. Mais c’est vrai. Bon, je n’ai pas lu que des romans feel-good. J’ai lu un peu de tout. Mais Ă l’Ă©poque oĂą les choses allaient mal dans ma vie Ă cause de mon boulot, ce sont prĂ©cisĂ©ment les romans feel-good qui m’ont Ă©vitĂ© de faire un burn-out.
J’allais très mal, et j’avais l’impression que les choses ne s’arrangeraient jamais. Que personne ne pouvait m’aider. Et qu’aucune porte de sortie ne se prĂ©sentait devant moi. J’Ă©tais dĂ©pressive, je faisais des crises d’angoisse Ă rĂ©pĂ©tition. Et je ne savais pas comment faire pour continuer Ă encaisser.
Au dĂ©part, je me suis lancĂ©e dans la lecture de romans feel-good un peu par hasard. Je me souviens que c’Ă©tait Rendez-vous au cupcake cafĂ©, de Jenny Colgan. L’hĂ©roĂŻne devait changer de vie car elle avait perdu son boulot. Et elle se lançait dans un commerce de cupcakes. J’ai eu l’impression que ce serait agrĂ©able de lire l’histoire d’une fille qui semblait s’en sortir. A l’Ă©poque, c’Ă©tait Ă des annĂ©es lumières de mon propre quotidien.
Et ce livre m’a Ă©mue. Et il m’a fait rĂ©flĂ©chir. Car il parlait de choses bien tangibles, qui faisaient Ă©cho Ă ce que je vivais au quotidien. Je sais, ça peut sembler fou. Mais je me suis vraiment retrouvĂ©e dans ce livre. Après, j’ai lu tous les romans de Jenny Colgan, notamment la trilogie de La Petite Boulangerie du bout du monde. Et ce sont vraiment ces trois romans qui m’ont donnĂ© le coup de pied aux fesses dont j’avais besoin. Ils m’ont fait croire que c’Ă©tait possible de changer de vie. Et encore aujourd’hui, je me sens très reconnaissante pour cette leçon.
J’ai quittĂ© mon travail. Je me suis lancĂ©e Ă mon compte. J’ai fini par quitter l’appartement insĂ©curisant dans lequel je vivais. Et j’ai emmĂ©nagĂ© plus loin, au beau milieu des bois, dans le cadre champĂŞtre qui me faisait rĂŞver depuis toujours. Je n’ai pas abandonnĂ© tous les problèmes en cours de route. Mais j’en ai surmontĂ© plusieurs. Et c’est bien parce que les hĂ©roĂŻnes de romans feel-good m’ont aidĂ© Ă me poser les bonnes questions et Ă trouver enfin les solutions dont j’avais besoin.
La thérapie par les livres
Je me souviens du discours du romancier britannique Neil Gaiman : Pourquoi notre avenir dĂ©pend des bibliothèques ? Il y dĂ©fendait l’accès Ă la lecture, notamment Ă la lecture de divertissement. Et il expliquait que pour lui, la lecture d’oeuvres de fiction Ă©tait le moyen d’Ă©tendre sa connaissance de l’humanitĂ©, et de dĂ©velopper des outils intellectuels et Ă©motionnels pour mieux apprĂ©hender le monde.
J’adhère totalement Ă cette vision des choses. Je peux mĂŞme dire que je le ressens dans ma chaire. Que j’en suis un exemple. J’ai puisĂ© dans les livres la luciditĂ© dont j’avais besoin pour regarder ma situation en face et comprendre que j’Ă©tais en train de faire une dĂ©pression. Pour admettre que je n’allais pas bien. J’ai trouvĂ© dans les livres des exemples inspirants pour dĂ©montrer que la vie n’est pas une grande ligne droite. Parfois, on peut faire un pas de cĂ´tĂ© pour trouver le chemin qui nous convient mieux. Et c’est dans le roman feel-good que j’ai saisi Ă quel point un burn-out n’Ă©tait pas une fatalitĂ©. Nous pouvons changer les choses. MĂŞme si ce n’est pas facile, c’est possible Ă n’importe quel moment.
La bibliothérapie peut prêter à sourire. Et pourtant je sais que de nombreuses lectrices adorent se plonger dans une bonne romance historique après une journée horrible au boulot. Que beaucoup de personnes adorent lire un roman policier pour oublier un peu la violence chaotique du monde réel. Et que nous sommes nombreuses à lire des romans inspirants pour puiser la force de continuer quand on se sent sur le point de baisser les bras.
C’est ok. Tout va bien. On peut trouver tout ce qu’on veut dans les romans : de l’humour, des Ă©motions fortes, du dĂ©paysement, et aussi une touche de sagesse. J’utilise le mot Ă dĂ©faut d’en trouver un plus pertinent. C’est peut-ĂŞtre un peu exagĂ©rĂ© de parler de « sagesse ». Et pourtant, en matière de leçons de vie, c’est bien ce qui nous manque. Nous espĂ©rons tous trouver la rĂ©ponse Ă toutes nos incertitudes, nos insĂ©curitĂ©s, nos problèmes. A dĂ©faut de trouver cette rĂ©ponse, je pense que c’est dĂ©jĂ une bonne chose de trouver la piste de rĂ©flexion qui nous mènera Ă cette rĂ©ponse personnelle dont nous avons tant besoin pour aborder nos vies plus sereinement. Et la lecture des romans feel-good est un bon point de dĂ©part 🙂
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Très beau conseil !
Rien n’est plus divertissant que s’Ă©vader au fil des pages pour Ă©viter de sombrer ! 🙏🏼
Merci beaucoup !
Il y a justement eu une intĂ©ressante Ă©mission sur la littĂ©rature feel good sur France culture, je mets le lien ici si ça peut intĂ©resser quelqu’un… « LittĂ©rature feel-good : pourquoi est-ce mal vu de se faire du bien ? » sur https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/sans-oser-le-demander/litterature-feel-good-pourquoi-est-ce-mal-vu-de-se-faire-du-bien-9043893 via @radiofrance
Merci beaucoup pour le lien, je vais aller écouter ça !! (spoiler : je suis prête à parier que le snobisme littéraire est un des éléments de réponse à la question !)
Un très bel article hommage Ă la littĂ©rature ! Je lis de temps en temps du feel-good quand je cherche une lecture lĂ©gère, optimiste et divertissante. Mais plus gĂ©nĂ©ralement, les livres ont ce pouvoir d’Ă©vasion si ressourçant !
Merci beaucoup !!