Road-Trip : le genre littéraire qui voyage entre les genres

Pour ce mois de lecture, je vous ai proposé un thème dépaysant : le Road-Trip. Mais est-ce un genre littéraire ? Pas franchement, encore que… Le Road-Trip est un des thèmes les plus incontournables de la littérature occidentale. Il irrigue l’imaginaire et traverses les barrières culturelles. A tel point qu’au fil du temps, c’est devenu un des éléments de narration les plus populaires dans les romans. Pour en apprendre plus sur le Road-Trip, vous êtes au bon endroit !

Première leçon : ne pas confondre Road-Trip et récit de voyage

Tout d’abord, un petit point lexical. Certains d’entre vous seront tentés de me faire remarquer que Road-Trip est une expression anglophone. Et que je devrais donc utiliser l’expression française « récit de voyage ». Les deux existent bel et bien, mais ils ne renvoient pas au même genre de livres.

Le récit de voyage est rarement une oeuvre de fiction. Il s’agit plus généralement de mémoires de voyages écrites à la première personne, et qui relatent des faits qui se sont vraiment déroulés. Le lecteur a droit à de longues descriptions détaillées, plus ou moins pittoresques, des lieux et des habitants croisés. La littérature européenne a été très friande de récits de voyage. Rien que pour la littérature française, voici quelques exemples de récits de voyage :

Itinéraire de Paris à Jérusalem, de Chateaubriand
Voyage en Orient, d’Alphonse de Lamartine
Voyage en Espagne, de Théophile Gautier
Voyage d’une parisienne à Lhassa, d’Alexandra David-Néel
Terre d’ébène, d’Albert Londres
Le Tour du monde en 72 jours, de Nellie Bly
Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson

C’est quoi le Road-Trip ?

Le Road-Trip est un récit de fiction. Il peut s’inspirer de faits réels, mais ils sont toujours présentés de façon fictive. C’est par exemple le cas de Sur la route. Jack Kerouac a effectivement traversé les Etats-Unis en stop. Mais l’histoire racontée dans Sur la route met en scène des personnages de fiction. Et elle s’émancipe pas mal de la vérité.

Au sens premier du terme, le Road-Trip est un récit de voyage fictif. Il intègre aussi le plus souvent un élément initiatique. Dans la tradition littéraire occidentale, le voyage est un élément de transformation. Le ou les personnages vont découvrir le monde. Et ce faisant, ils se découvrent eux-mêmes. Le Road-Trip est en quelque sorte l’héritier du Bildungsroman, le fameux roman d’apprentissage. L’idée, c’est que le voyage est extérieur et intérieur à la fois.

Depuis quand le Road-Trip existe-t-il ?

C’est difficile de dire précisément à quelle époque est né le Road-Trip. Car même si on a commencé à théoriser ce thème narratif qu’à partir de la seconde moitié du XXe siècle, il existait depuis déjà bien avant. Par certains aspects, le premier récit de Road-Trip qui nous est parvenu, c’est… L’Odyssée de Homère !

Et oui : voilà l’histoire d’un homme qui voyage pour rentrer chez lui. Mais les innombrables péripéties le tiennent éloigné de son but. Et au but de son voyage, Ulysse a finalement changé. Il est presque devenu un étranger pour les siens.

J’exagère un peu, mais pas tellement ! Les histoires de voyages fictifs ont toujours fait recette, avant même l’invention du roman. Les traditions orales de différentes cultures font la part belle aux récits de voyage. A une époque où ni internet ni les transports modernes n’existaient, le récit fantasmé de voyages remplis d’aventures était le plus sûr moyen de se divertir et de se dépayser.

Au XXe siècle, l’engouement pour le Road-Trip

C’est vraiment au cours du XXe siècle que le Road-Trip a pris la place qu’il occupe actuellement dans la littérature occidentale moderne. Rétrospectivement, il est possible que plusieurs éléments aient joué en sa faveur. D’abord, l’essor des nouveaux modes de transports (en particulier l’avion) a favorisé le voyage. Et plusieurs auteurs ont profité de cet élan pour se lancer dans des récits fictifs de voyages à l’autre bout du monde. En la matière, le succès de Jack Kerouac a eu une influence considérable. Et le Road-Trip a particulièrement pris racine dans la littérature américaine, où il continue de nourrir de nouvelles parutions chaque année.

Si vous voulez lire des romans américains sur le thème du Road-Trip, vous avez l’embarras du choix :

Un Bon Jour pour mourir, de Jim Harrison
La Musique du hasard, de Paul Auster
Las Vegas parano, de hunter S. Thompson
Into the wild, de Jon Krakaeur

Le Road-Trip : le genre littéraire qui voyage entre les genres littéraires

Par définition, on considère plus le Road-Trip comme un thème narratif que comme un genre littéraire. Sauf que sa longévité et sa popularité ont tendance à faire croire qu’il est effectivement une catégorie à lui tout seul !

En lisant ma liste des romans américains, on pourrait croire que le Road-Trip est exclusivement réservé aux livres « sérieux ». Pas du tout ! C’est un thème qui fonctionne très bien avec les romans d’aventure. Jules Verne l’avait bien compris avec son Tour du monde en 80 jours.

Plus intéressant, le Road-Trip est longtemps resté l’apanage des auteurs masculins. Ce qui correspondait à une réalité sociale : jusqu’à la moitié du XXe siècle, c’était encore mal vu pour une femme de voyager seule. Mais depuis, les choses ont changé. Et les romancières qui écrivent des comédies romantiques ont abondamment puisé dans le thème du Road-Trip pour embarquer leurs héroïnes dans des aventures toutes plus décoiffantes les unes que les autres.

Dans son dernier roman paru en France, Destination Happy End, Sarah Morgan imagine une octogénaire qui part à l’aventure sur la route 66, aux Etats-Unis.

Dans 7 bonnes raisons de rester célibataire (ou pas), Cécile Chomin embarque un groupe de jeunes femmes sur les routes d’Italie pour un enterrement de vie de jeune fille aussi catastrophique qu’hilarant.

Avec Bernadette a disparu, l’excellent roman de Maria Semple, une ado part sur les traces de sa mère en fuite, une parfaite mère de famille qui cachait bien des secrets.

Avec son énergie et son cadre propice aux rencontres fortuites, le Road-Trip était fait pour la romance !

Mais au fait, doit-on toujours voyager en voiture ?

Dans notre imaginaire collectif, le Road-Trip reste évidemment associé à la route. Et le plus souvent à la voiture. Mais en fait, il n’y a pas de règle établie. Dans Les Petites Reines, Clémentine Beauvais imagine que ses adorables et courageuses héroïnes partent à vélo pour leur périple sur les routes de France. Et dans Le Tour du monde en 80 jours, les personnages voyagent en bateau, en train, à dos d’éléphant… Ce qui compte, ce n’est pas tant le moyen de transport que l’aventure liée au voyage.

En ce qui me concerne, je suis d’ailleurs convaincue que le Road-Trip a en partie influencé la naissance du Space Opera, ce sous-genre de la science-fiction qui fait la part belle au voyage et aux cadres dépaysants. Mais ça, c’est un sujet pour un autre article !

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5 réflexions sur “Road-Trip : le genre littéraire qui voyage entre les genres

  1. lepetitmondedeclemweb dit :

    Merci pour cet article des plus intéressants ! Personnellement, le road-trip dans les romans me faisait un peu peur auparavant, notamment dans la littérature jeunesse / adolescente car c’était souvent synonyme de superficialité et c’était souvent très cliché ! Et puis, j’ai découvert Les Petites Reines que tu cites et qui a été une première étape d’apprivoisement du genre si je puis dire. Et plus récemment, j’ai découvert La nuit où les étoiles se sont éteintes qui a été un énorme coup de coeur et qui m’a complètement réconcilié avec le genre ! Et si un de tes prochains articles parle du Space Opera, j’ai plus que hâte de te lire 😀

    Aimé par 1 personne

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