La Chorale des dames de Chilbury, roman de Jennifer Ryan

C’est peut-être à cause de mon récent séjour à Londres, mais je me rends compte que tous les livres que je lis en ce moment se déroulent en Angleterre. Mon subconscient tenterait-il de me faire passer un message ? En tout cas, il y a un joli hasard dans ma pile de lecture puisque j’ai lu La Chorale des dames de Chilbury, le roman de Jennifer Ryan paru chez Albin Michel, juste après avoir terminé de lire Chère Mrs Bird, le livre d’A.J. Pearce paru chez Belfond. Si je cite ces deux romans côte à côte, c’est parce qu’ils traitent tous les deux du même sujet : la vie des femmes anglaises pendant la Seconde Guerre mondiale, sur le « front intérieur ». Mais si les deux livres ont le même sujet, ils ne le traitent pas du tout de la même façon. Et avec La Chorale des dames de Chilbury, on a droit à un roman original, pensé comme une narration chorale, qui nous permet de découvrir la vie d’un petit village, complètement chamboulé par l’arrivée de la guerre. Une véritable plongée dans un quotidien qui avait aussi sa part de héros.

En cette année 1940, les nouvelles qui viennent du continent ne sont pas très réjouissantes, et les habitantes du village de Chilbury suivent avec fébrilité les informations qui tombent. Presque tous les hommes en âge de combattre sont partis à la guerre, et les femmes restées au village doivent continuer à vivre aussi normalement que possible. Un vent d’optimisme semble d’ailleurs souffler lorsque la décision est prise de former une chorale entièrement féminine. Rassemblée autour de l’énergique mademoiselle Prim, professeure de musique, les femmes du village se retrouvent et laissent enfin s’exprimer leurs émotions. Et en ces temps de guerre où la solidarité est plus cruciale que jamais, elles commencent à se reposer les uns sur les autres, à se serrer les coudes pour faire face aux instants les plus dramatiques. Car si la grande histoire est en marche et menace, les petites histoires du quotidien peuvent elles aussi détruire des vies innocentes.

Pour être tout à faire honnête, j’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce livre. Pourtant j’étais motivée, mais les trente/quarante premières pages m’ont semblé un peu longues. Et puis, subitement l’histoire a décollé… ou en tout cas moi je me suis sentie embarquée par l’intrigue de ce roman, et j’ai eu toutes les peines du monde à le lâcher avant la fin !

La Chorale des dames de Chilbury est effectivement un roman chorale dans le sens où chaque chapitre laisse la parole à l’une des femmes de la chorale pour qu’elle nous raconte son histoire à elle ou l’histoire des autres. Il y a plusieurs lettres puisqu’à l’époque on n’avait pas d’emails pour communiquer. Mais la chose la plus intéressante, c’est qu’il y a aussi beaucoup d’extraits de journaux intimes, ce qui correspond à une réalité historique : pendant la guerre, les autorités anglaises ont encouragé les personnes restées au pays à raconter leur vie quotidienne dans des journaux intimes. Cette écriture à la première personne donne au livre une intimité très agréable : on pénètre vraiment au cœur de l’histoire et on est au plus près de ces femmes dont la vie bascule à cause de la guerre.

Si l’intrigue générale du roman évoque la vie des femmes pendant la guerre, il y a aussi deux intrigues secondaires, une histoire de cœurs et une affaire d’échange de bébés. Je ne vous spoile rien puisque ces deux histoires débutent très tôt dans le livre. Avec beaucoup de talent, Jennifer Ryan met donc en parallèle la grande histoire avec la petite. Elle nous fait voir la guerre par le petit bout de la lorgnette, et ça fonctionne très bien. On est forcément happé par ces intrigues qui se mélangent.

L’autre grande réussite de ce roman, c’est bien évidemment sa galerie de personnages. Toutes les femmes de ce livre sont très intéressantes à suivre, même si certaines d’entre elles sont assez peu sympathiques. De la mère de famille inquiète à la jeune fille en fleur, on découvre des portraits saisissants de réalisme et extrêmement attachants. Contre toute attente, certaines des femmes qu’on découvre dans le roman se révèlent même être pleines de surprises, à l’instar de madame Tilling, l’infirmière, dont le caractère se révèle totalement à la fin, et qui « profite » de la guerre pour s’émanciper.

Au final, La Chorale des dames de Chilbury a été un roman palpitant à lire, qui nous plonge très habilement dans le quotidien des femmes anglaises pendant la Deuxième Guerre mondiale. Si le roman est teinté d’une certaine gravité en lien avec évident avec son sujet, il n’est pourtant pas du tout déprimant. Bien au contraire, ce livre est porté par un optimisme et un esprit de solidarité qui réchauffent le cœur et qui contribuent à en faire une lecture très agréable.

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Un commentaire pour La Chorale des dames de Chilbury, roman de Jennifer Ryan

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