La Dernière Expérience, roman policier d’Annelie Wendeberg

L’année dernière, j’avais eu la chance de découvrir Annelie Wendeberg lors de la parution de son roman Le Diable de la Tamise. Un roman policier d’autant plus fascinant qu’il mettait en scène le personnage de Sherlock Holmes. Tout a été dit/écrit ou presque sur ce personnage, mais sa popularité autant que la fascination qu’il exerce sur les auteurs le ramènent inévitablement sur le devant de la scène. Bien sûr il y a les films et les séries tv, mais le plus intéressant se trouve évidemment du côté des librairies. Pour un romancier, il y a peu de paris aussi osés que de vouloir faire revivre Sherlock Holmes, et tous ne s’en sortent pas indemnes, leurs livres finissants foulés aux pieds par des hordes de fans en colère. Fort heureusement pour Annelie Wendeberg, ce n’est pas ce qui lui est arrivé. Et après le succès de son premier roman, elle a replongé avec passion dans le mythe holmésien pour livrer aux lecteurs curieux un deuxième opus : La Dernière Expérience.

Après avoir rencontré et aidé Sherlock Holmes dans une précédente enquête, Anna Kronberg a été obligée de se cacher dans la campagne anglaise car sa véritable identité avait été révélée à ses anciens collègues. Elle, le médecin compétent spécialisée dans en bactériologie, n’est pas sensée pratiquer la médecine, profession encore réservée aux hommes dans cette époque qui laisse décidément peu de place aux femmes. Mais le passé la rattrape vite car les hommes de Moriarty mettent la main sur elle. Elle doit les aider à mettre au point une arme bactériologique sinon ils tueront son père. Le seul espoir d’Anna est alors d’entrer en contact avec Sherlock Holmes. Mais comment faire alors qu’elle est emprisonnée dans la demeure de Moriarty en personne ? L’évasion semble d’autant plus risquée que le professeur la tient au plus près de lui, sous son emprise, et qu’il engage une lutte psychologique de tous les instants avec sa prisonnière. Pour s’en sortir, Anna devra plus que jamais compter sur son intelligence, mais il faudra aussi consentir à des sacrifices…

Après ma lecture du Diable de la Tamise, j’avais été vraiment enchantée de redécouvrir le « vrai » univers holmésien, celui de l’époque victorienne, avec ses rigidités et ses codes bien précis. Loin de l’humour et de l’action frénétique auxquelles les adaptations de ces dernières années nous ont habitué, c’est agréable de retrouver le terrain familier des enquêtes policières inventées par Arthur Conan Doyle. En cela, Annelie Wendeberg s’est avérée être une romancière terriblement efficace et respectueuse de son illustre prédécesseur. Mais avec ce nouvel opus intitulé La Dernière Expérience, elle monte les enjeux et fait encore mieux en livrant un roman ambitieux qui analyse avec une finesse déconcertante la psychologie de Sherlock Holmes, et en particulier notre rapport à nous lecteurs avec lui.

Dans cette nouvelle intrigue, on retrouve très peu de traces du détective de Baker Street. Il n’apparaît physiquement que très peu et assez tardivement dans l’histoire. Pourtant tout tourne autour de lui : notre présence dans l’intrigue, les personnages (à commencer par Moriarty) semblent tous obsédés par lui, et le rapport de force qui s’installe entre le professeur et Anna ressemble à une lutte sans merci dans laquelle le détective est le véritable enjeu. Anna, amoureuse de Sherlock, sait très bien que son affection est sans issue et qu’aucune relation affective ne peut naître entre eux. Moriarty, embarrassé par ce rival intellectuel autant que moral, voit en Anna une proie de choix à cause justement de ses sentiments à l’égard de Sherlock. Le jeu qui s’installe entre eux est tout entier fondé sur une ombre, celle de Sherlock Holmes, qui les hante et les obsède.

Evidemment, à travers ce huis-clos psychologique intense et fascinant, c’est notre propre rapport à Sherlock qui est questionné et ausculté dans les moindres détails. Pourquoi aimons-nous Sherlock, ce personnage froid et si lointain qui appartient à une autre époque ? Annelie Wendeberg mène ce questionnement existentiel avec beaucoup de finesse et elle décortique la logique de notre attachement à travers le personnage d’Anna. Le projet en lui-même est vraiment original et très bien mené. Impossible de résister à l’efficacité de cette intrigue qui joue sur les ressorts psychologiques pour mieux hypnotiser les lecteurs.

La dernière expérience n’est pas seulement un très bon roman policier : c’est un roman policier qui met en scène notre passion bizarre pour le roman policier en tant que genre littéraire, et en particulier notre attachement à des personnages charismatiques et intemporels qui ne cessent pas de nos hanter. Les fans de Sherlock Holmes seront ravis de découvrir un roman de grande qualité, et les autres pourront simplement apprécier la complexité psychologique de l’intrigue. Bref, tout le monde s’y retrouvera !

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2 commentaires pour La Dernière Expérience, roman policier d’Annelie Wendeberg

  1. J’ai le Diable de la Tamise dans ma PAL, je l’ai reçu récemment et c’était pas prévu que je lise maintenant mais ta chronique m’a donné envie de me plonger dans cet univers 🙂

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