China Girl : nouvelle comédie jubilatoire de Kevin Kwan

China-GirlJe l’attendais avec impatience depuis un an déjà : la suite de Crazy Rich à Singapour, du romancier américain Kevin Kwan. Découvert l’année dernière lors de sa parution chez Albin Michel, cet excellent roman avait tout simplement été l’une de mes meilleures lectures de l’année 2015. Une plongée désopilante dans l’univers des familles ultra-riches de Singapour de nos jours, quelque part entre l’importance des traditions et l’hystérie consumériste héritée de la culture occidentale. Ajoutez à cela des relations familiales compliquées avec des mères encore plus protectrices que madame Bennett dans Orgueil et Préjugés, et alors peut-être vous aurez une idée du vent de folie qui soufflait dans ce roman. Le livre est sorti en format poche le mois dernier, mais surtout Albin Michel vient de publier la suite de l’histoire. Ce second roman s’intitule China Girl et il surpasse son prédécesseur en embarquant les lecteurs dans un tourbillon d’humour encore plus ravageur que Crazy Rich à Singapour. Décollage immédiat !

Dans le premier roman, la belle Rachel Chu, petite amie de Nick Young, menait une vie paisible à New York. Invités au mariage du meilleur ami de Nick, à Singapour, les deux tourtereaux s’envolaient pour cette ville fabuleuse, mais en atterrissant, Rachel a vite déchanté : Nick avait « oublié » de lui préciser qu’il était l’héritier de l’une des familles les plus riches et les plus puissantes d’Asie. Célibataire très convoité, il faisait l’objet d’une course au mariage et était poursuivi par toutes les mères espérant caser leur fille avec le parti le plus enviable. Dans le même temps, la famille de Nick était surprise de découvrir Rachel, une jeune sino-américaine d’origine très modeste, clairement pas assez bien pour leur fils. Plongée dans un univers d’argent, d’hyper-luxe et confrontée aux règles d’une société où la réussite est votre carte de visite, Rachel avait failli battre en retraite avant de finalement épouser Nick. Dans ce nouveau tome, Rachel, qui a entre-temps retrouvé son père biologique, revient en Asie avec son cher mari. Mais Nick et elle ne se doutent pas que le retour va provoquer de nombreuses catastrophes et bouleverser la vie de leurs proches…

Qu’est-ce que j’ai ri en lisant ce livre ! Bon sang, ça fait du bien de tomber de temps en temps sur une comédie comme celle-là qui ne vous laisse pas un moment de répit. Le livre fait à peu près 500 pages, et je les ai dévorées à une rapidité défiant les lois de la lecture. Impossible de lâcher le livre. Le premier soir, j’étais si heureuse de retrouver ces personnages que c’en était grisant ! Dire que j’ai aimé ce livre serait encore en-dessous de la vérité. Mais je vais quand même essayer de vous fournir une chronique argumentée et cohérente pour bien vous faire comprendre pourquoi ce livre m’a enthousiasmé à ce point.

Evidemment, si vous n’avez pas lu le premier livre, vous ne comprendrez pas grand-chose, et surtout vous n’arriverez pas à replacer tous les personnages. Je vous conseille donc vivement de lire Crazy Rich à Singapour pour éviter toute confusion. China Girl se déroule juste deux ans après les événements de Crazy Rich à Singapour. On retrouve donc tout notre petit monde éparpillé aux quatre coins du globe, chacun essayant de résoudre ses problèmes. Au beau milieu de cette confusion générale, seuls Nick et Rachel ont l’air de savoir où ils vont. Mais comme toujours avec Kevin Kwan, les choses ne sont pas aussi simples.

Honnêtement, j’avais un peu peur qu’il n’y ait pas grand-chose à raconter vu que le premier livre était déjà très riche. Mais Kevin Kwan en a encore sous le pied et nous offre ici un feu d’artifice. La très bonne idée, c’est notamment de décentrer un peu l’histoire. On ne suit pas simplement Rachel, le personnage principal, mais aussi plusieurs personnages secondaires dont les histoires sont bien développées et s’avèrent tout à fait passionnantes. J’ai beaucoup aimé l’histoire d’Astrid, un personnage très touchant ; l’histoire de Kitty également, complètement délirante ; et surtout j’ai trouvé que le roman ménageait beaucoup de rebondissements auxquels on ne s’attend pas du tout. On a l’impression que le livre part dans toutes les directions, mais en fait Kevin Kwan sait exactement ce qu’il fait et tisse efficacement sa toile d’araignée pour prendre ses lecteurs au piège.

Comme dans le premier roman, l’une des clefs de la réussite ne tient pas qu’à l’intrigue mais vraiment aux personnages, tous plus savoureux et tordants les uns que les autres. Les personnages des mères en particulier sont très drôles, avec des clichés drôlatiques et des répliques impayables. Elles me font toutes mourir de rire, mais il faut s’en méfier car elles peuvent aussi s’avérer très dangereuses. Les personnages des it-girls locales sont également très savoureux. Le bling-bling atteint des niveaux insoupçonnés dans ces pages où le bon goût est souvent relégué au dernier rang.

On touche ici à un autre point crucial : Kevin Kwan décrit une société qu’il connaît bien, la haute société de Singapour. Des fortunes faites sur plusieurs générations qui côtoient des fortunes plus récentes et considèrent les chinois pauvres du continent comme une sous-espèce avec laquelle on ne se mélange pas. Les gens de cette caste sont obsédés par la réussite financière, professionnelle et familiale. Il y a des signes qui prouvent que vous avez réussi, que vous êtes quelqu’un et que vous méritez votre place dans les rangs de l’élite. Dans cette course à l’image parfaite, le bonheur ne rentre pas en ligne de compte, et l’obsession qui consiste à vouloir être meilleur que son voisin peut prendre des proportions dantesques ! Kevin Kwan nous fait plonger avec beaucoup de réalisme dans cette vie quotidienne que le commun des mortels n’a aucune chance d’approcher, et il nous en montre les dérive avec un humour acide auquel on ne peut pas résister.

J’en profite d’ailleurs pour signaler que le livre est truffé de vraies-fausses notes de bas de page rédigées par l’auteur soit-disant pour expliquer des détails culturels au lecteur ; mais en fait il s’agit d’un prétexte pour apporter des commentaires décalés sur son propre récit. Le résultat est à hurler de rire, et j’ai trouvé ce procédé comique très ingénieux. On a la sensation que l’auteur est à côté de nous et nous fait la conversation en nous racontant des anecdotes croustillantes. Irrésistible !

Si vous n’avez pas déjà lu Crazy Rich à Singapour, vous n’avez aucune excuse pour ne pas le lire car ce roman était drôlissime. Cette suite est encore meilleure : non seulement elle tient toutes ses promesses, mais encore elle nous emmène plus loin dans l’humour et l’originalité. On ressort de ce livre avec la banane et l’envie de voir de près certains des personnages décrits dans le livres. C’est typiquement le genre de livre qui vous rebooste le moral en un rien de temps. On le termine avec un sentiment de frustration tellement on aimerait rester dans son univers plus longtemps. Je ne sais pas si Kevin Kwan a prévu d’écrire d’autres livres sur tout son petit monde, mais je croise les doigts car ça pourrait donner l’une des meilleures sagas de ces dernières années.

P.S : Je tiens quand même à signaler que la couverture de China Girl est hideuse. Ne vous fiez pas à cette couverture pour juger le livre car il est vraiment très bien. Je ne sais pas ce qui c’est passé chez Albin Michel, d’autant que la couverture de Crazy Rich à Singapour était somptueuse.

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3 commentaires pour China Girl : nouvelle comédie jubilatoire de Kevin Kwan

  1. J’ai Crazy Rich à Singapour (et tu as raison, la couverture est magnifique avec des brillants !) et j’ai hâte de le lire cet été. Je pense que j’attendrais la suite en occasion, comme j’ai fais pour Crazy rich.
    En attendant, tu as raison, Albin Michel a fait une couverture toute moche comparé au 1er tome ^^

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