La Tente rouge, roman d’Anita Diamant

tente-rougePour inaugurer sa toute nouvelle collection de livres de poche, la maison d’édition Charleston ne pouvait pas choisir n’importe quel livre. Il fallait un livre qui ait du sens, qui séduise les lectrices et les surprennent tout à la fois. Bref, le genre de pépite qu’on ne croise pas tous les jours en librairie. Pari largement réussi avec ce roman d’Anita Diamant, La Tente rouge, qui m’a enthousiasmé de la première à la dernière page !

Replongeons un peu dans une histoire ancienne, presque immémoriale. En 1 500 avant la naissance de Jésus Christ, dans le désert, quatre sœurs sont les épouses du même homme, Jacob, un berger. Elles lui donnent de nombreux fils qui feront sa fierté et formeront une tribu. Et au milieu de ces garçons, seule une fille nait : Dina. Entourée d’affection dès avant sa naissance, cette unique petite fille va grandir et devenir le témoin privilégié de la vie des femmes. Sous la tente rouge, l’espace réservé aux femmes, Dina observent sa mère et ses tantes dans les rituels de la vie quotidienne : la cuisine, le tissage, mais aussi et surtout les mystères de la femme. Ainsi éduquée, vivant dans une certaine liberté, elle grandit sans se rendre compte que le monde extérieur est bien plus violent et cruel envers les femmes que ce qu’elle peut penser. Au fil des années, Dina devient une femme elle aussi, et il va lui falloir choisir son destin.

C’est difficile de rendre justice au roman d’Anita Diamant en seulement quelques lignes de résumé, d’autant que l’histoire biblique n’est pas du tout mon point fort. N’ayant pas reçu d’éducation religieuse, j’étais un peu sceptique quand j’ai entendu parler de ce livre pour la première fois (j’ai presque honte de l’admettre aujourd’hui). Je ne voyais pas vraiment en quoi un livre qui relatait une histoire secondaire tirée de la Bible pouvait être à ce point exceptionnel qu’il soit devenu un best-seller mondial. Et c’est vrai dans une certaine mesure que c’est difficile de bien expliquer ce livre : le mieux, c’est vraiment de le lire.

Ce livre n’a pas été une simple lecture ; il a vraiment été une expérience unique. C’est rare que ce genre de choses se produise, et pourtant je lis beaucoup ! Mais cette histoire m’a vraiment attrapée dès la première page, et je l’ai quitté à regret une fois arrivée à la toute dernière page. L’écriture est aussi fascinante que l’histoire, ce qui est toujours plaisant dans un roman.

Ce livre est l’histoire de Dina, et le lecteur va la suivre durant toute sa vie. Une véritable épopée dans le désert, à une époque très différente de la nôtre. Mais le sujet ne s’embarrasse pas tellement de la période historique, car ce qui est important dans ce roman, c’est surtout la Femme. En effet, Anita Diamant utilise le destin de Dina pour dresser un portrait féminin saisissant de justesse et d’authenticité. A travers ses yeux, c’est toute la vie des femmes qui défile, de l’enfance à la vieillesse. Surtout, elle est le témoin de plusieurs autres destins de femmes qui sont tout aussi intéressants que le sien. Des femmes qui ont des connaissances utiles à la vie de la communauté, qui se transmettent entre elles des savoirs, qui s’épanouissent dans une certaine forme de liberté. Des femmes qui sont chacune à leur manière des héroïnes. Épouses et mères, elles ont un rôle à jouer, et ce rôle est tout sauf secondaire.

Au fur et à mesure qu’elle grandit et acquiert de l’expérience, Dina devient l’incarnation de la femme épanouie : elle est sage-femme, trouve l’amour, trouve sa place dans la vie, elle voit prospérer ceux qui lui sont chers. Bien sûr, tout n’est pas rose. Mais, même dans les situations difficiles, elle oppose la résistance d’une féminité triomphante. Sous la plume d’Anita Diamant, la féminité n’est jamais rabaissée à un cliché : elle est au contraire célébrée avec délicatesse et émotion. Dina est un personnage particulièrement attachant parce qu’il sonne vrai, et du coup sa réalité ne semble pas très éloignée de notre réalité… ce qui donne à son message une ampleur considérable.

Loin du roman historique standard, ce très beau livre est une œuvre avec un propos assez féministe. Il m’a beaucoup ému à cause de cette dimension rare dans une œuvre de fiction : sa capacité à aborder avec honnêteté des questions qui relèvent de la vraie vie. Cette histoire ne semble pas du tout datée de l’époque biblique ; quand on la lit, on a au contraire l’impression qu’Anita Diamant nous parle de notre époque actuelle. Elle livre un roman fort, inspiré et inspirant, qui ne laissera aucune lectrice indifférente. Une réussite qui mérite bien une lecture ! Et vous risquez d’avoir envie de le faire découvrir à tout le monde autour de vous après ça.

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8 commentaires pour La Tente rouge, roman d’Anita Diamant

  1. Je n’ai jamais lu d’histoire qui se passe à cette époque (du moins dans mon souvenir 😉!) Mais ta chronique m’en donne fortement envie ! Un roman « feministe » et « historique » … cela devrait me plaire.

    Aimé par 1 personne

  2. Je comprends totalement ce que tu as pu ressentir à la lecture de ce texte, qui malheureusement m’a un peu déroutée. Je regrette presque de dire qu’il ne m’a pas marquée plus que ça, alors qu’il aurait pourtant pu… je ne sais pas pourquoi. Je crois que je ne m’attendais pas à ça. Bises 🙂

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