Dicodard : le dictionnaire qui fait sourire

DicodardFrédéric Dard n’était pas dupe : « Les grands auteurs écrivent en noir. Moi je n’écris qu’en couleurs, ça doit être pour ça qu’on me lit ». Si Michel Audiard et son écriture cinématographique sont rapidement entrés au Panthéon des auteurs populaires admirés des critiques, il n’en est pas de même pour Frédéric Dard, longtemps regardé comme un gentil trublion à l’humour corrosif… mais pas forcément comme une plume de qualité. Le mal est réparé avec un ouvrage qui vient tout juste de paraître chez Fleuve Editions : le Dicodard, petit dictionnaire amoureux qui nous invite à replonger dans les belles phrases d’un auteur avec un grand A.

Si l’on devait s’interroger sur les qualités qui font d’un écrivain une belle plume, on pourrait débattre pendant des jours sans arriver à tomber tous d’accord. Mais il me semble tout de même que la capacité à traverser le temps est un bon révélateur des bonnes écritures. Et lorsque l’auteur est en prime capable d’offrir un éclairage unique sur ses contemporains, on tient là des traits de génie.

Avec son inénarrable série des San Antonio, Frédéric Dard a ravi plusieurs générations de lecteurs. Maniant l’humour avec un ton tout personnel, il a laissé au fil de ses très nombreux livres des phrases malicieuses et des répliques qui n’ont rien à envier au talent d’Audiard lui-même. C’est donc une excellente idée qu’ont eu les éditions du Fleuve en décidant de sélectionner les meilleures phrases de Frédéric Dard pour composer une sorte de dictionnaire personnel et forcément original.

Au gré des 3 000 citations rassemblées avec amour par Pierre Chalmin, le lecteur fait donc connaissance avec la vision du monde de Frédéric dard : ses contemporains en prennent pour leur grade, et l’auteur laisse aussi éclater sa propre philosophie (qui n’est pas sans une touche de poésie et de sagesse) au cours de quelques phrases assez touchantes. Ma préférée :

« Les vrais battants ne sont pas ceux qui savent triompher mais ceux qui savent échouer. »

Mais comme l’humour prédomine sur la gravité, l’ensemble est surtout enjoué, un brin malicieux voire tout à fait irrévérencieux (voir la définition du baise-main !). Extraites de leurs contextes d’origine, ces phrases se savourent pour le pur plaisir des mots. Elles donnent à voir un écrivain spirituel, adepte des bons mots et de l’humour acide.

Et qui mieux qu’un académicien pour introduire cet ensemble remarquable ? La préface de ce livre est signée par Erik Orsenna. L’auteur de La Grammaire est une chansons douce, grand amoureux des mots et expert ès dictionnaire, nous fait pénétrer dans un univers où tout est permis, surtout le plaisir de lire.

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