Agatha Christie : son autobiographie

UneAutobiographie (2)Parmi les (nombreux) livres que j’avais emmenés dans ma valise cet été, j’avais choisi l’autobiographie d’Agatha Christie. Tout d’abord parce qu’une bonne biographie est toujours une lecture plaisante. Ensuite parce que j’adore les romans d’Agatha Christie, et surtout parce que ça faisait des années que j’avais envie de lire ce livre. Mais c’est comme ça : des fois, il y a des rendez-vous manqués avec les livres.

Ce livre est un pavé digne d’un tome du Trône de fer (c’est devenu une unité de mesure personnelle). Avec plus de 800 pages, on peut dire qu’il s’agit d’une plongée assez généreuse dans la vie de la reine du crime. Dès les premières pages, Agatha Christie nous explique comment ce livre est né : elle devait écrire un nouveau roman policier, mais elle a eu envie plutôt de faire autre chose, de se raconter, et c’est ainsi qu’a commencé le projet d’autobiographie. Si elle ne prétend pas à l’exhaustivité, elle se montre en tout cas honnête dans son écriture.

D’entrée de jeu, j’ai été séduite par Agatha ; elle m’a beaucoup plût car on sent tout de suite une certaine chaleur humaine, une joie de vivre, un humour… Bref quelqu’un de hautement sympathique ! D’ailleurs, dès le tout début du livre, elle évoque son enfance heureuse comme étant l’une des choses les plus importantes de sa vie. Cette enfance, elle en parle longuement, presque la moitié du livre. On sent que l’imaginaire qui s’est développé et l’éducation qu’elle a reçu, sans compter l’amour inconditionnel de sa famille, ont joué un rôle prépondérant dans sa future carrière.

Ce qui est assez drôle, c’est de découvrir qu’Agatha Christie ne s’est jamais rêvée en écrivain. Elle aimait passionnément la musique, jouait du piano et chantait. Mais comme elle n’avait aucune chance de poursuivre une carrière à l’Opéra, elle laissa tomber ce projet. C’est presque par hasard, grâce à sa sœur aînée et sa mère, qu’elle s’est mise à écrire. Le cheminement de l’auteur n’est pas forcément ce qui est le plus mis en lumière dans cet ouvrage, mais ce qu’Agatha nous livre d’elle-même est assez précieux car cela casse le mythe de l’auteur génial, venu au monde avec en lui cette passion dévorante. Elle explique d’ailleurs qu’en débutant, elle a commis quelques erreurs de parcours : son premier contrat d’édition dans lequel elle s’est engagée en toute naïveté ; mais aussi l’âge d’Hercule Poirot : si elle avait su qu’elle l’utiliserait si longtemps, elle ne l’aurait pas inventé si vieux au départ !

Ce que j’ai trouvé très intéressant aussi, ce sont les années de la Première Guerre mondiale. Agatha nous raconte ces années qu’elle a vécues alors qu’elle n’était qu’une jeune fille. Voulant se rendre utile, elle se porta volontaire comme infirmière dans un hôpital, et c’est ce qui l’amène à se rapprocher de la pharmacie et à être formée aux médicaments… mais aussi aux poisons. Ces connaissances qu’elle acquière sur le terrain lui seront par la suite bien utiles dans ces romans. On se rappelle d’ailleurs que dans son premier roman policier, Le mystère de Styles, la piste du poison joue un rôle majeur. Autre information intéressante pour les lecteurs français : c’est parce qu’elle avait été très impressionnée par le livre de Gaston Leroux, Le Mystère de la chambre jaune, qu’Agatha a commencé à s’intéresser aux romans policiers.

Au fil des années, le lecteur suit la progression d’Agatha en tant qu’auteur et en tant que femme : son mariage, sa fille, les succès de ses romans, les années d’après-guerre, les problèmes domestiques, le divorce, les premiers voyages au Moyen-Orient à bord de l’Orient-Express, puis la rencontre avec son deuxième mari, la Seconde Guerre mondiale, son petit-fils qu’elle adore, les chantiers de fouilles archéologiques… On voyage à travers le temps aux côtés d’Agatha, terriblement vivante tant son écriture est vive, pleine d’entrain et très agréable.

En refermant le livre, ma première réflexion fut de me dire à quel point cette femme avait eu une vie intéressante. Il y a les choses qui sont arrivées malgré elle (comme les évènements historiques par exemple ou bien son cadre de vie dans son enfance) mais il y a aussi tout ce qu’elle a fait par elle-même : se former en pharmacie, se mettre à écrire, partir toute seule pour voyager au Moyen-Orient… Derrière le style faussement placide de la femme anglaise née dans une bonne famille, on sent palpiter un caractère aventurier. Elle ne se laisse pas facilement abattre, quelles que soient les difficultés de la vie (la sienne ou celle de ses proches), et cet optimisme m’a beaucoup marqué dans ma lecture. J’avais en moi l’image d’une gentille vieille dame ; j’ai découvert une éternelle jeune fille.

Cette lecture fut passionnante de bout en bout, et elle m’a donné très envie de lire l’autre ouvrage autobiographique qu’Agatha Christie a publié : L’archéologue et moi. Je pense sincèrement que ce livre peut intéresser n’importe quel lecteur, même s’il n’est pas particulièrement fan de roman policier. On traverse le XXe siècle au bras d’une femme d’exception, et ce voyage est une sacrée leçon de vie.

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