Penny Dreadful : nouvelle série, premières impressions

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Depuis deux ans, les contes de fée sont revenus à la mode, et à travers leur succès, c’est toute la littérature classique qui surfe désormais sur la vague « série télé ». Après le grand succès de Sherlock, de Once Upon a Time ou encore la résurrection de Dracula, un petit nouveau est apparu cette année : Penny Dreadful, un hommage au roman gothique pourvu d’un casting impressionnant (Eva Green, Timothy Dalton, Josh Hartnett…). J’ai regardé cette série en avant-première et je vous livre ici mes impressions.

D’abord, un peu d’histoire

Publiés durant le XIXe siècle, les Penny Dreadfuls étaient des publications sensationnelles. Sur le mode des romans feuilletons, les histoires tenaient les lecteurs en haleine pendant plusieurs semaines. Et chaque numéro coûtait un penny (de l’époque), d’où le nom de la publication. Roman de gare avant l’heure, c’était de la littérature de divertissement de l’époque victorienne, souvent considérée comme bas de gamme. C’est notamment sur ce support qu’est apparu pour la première fois le personnage de Sweeney Todd, le barbier sanguinaire.

Équivalent des comics avant l’heure, les Penny Dreadful ont connu leur heure de gloire en Grande-Bretagne et sont devenus l’emblème d’un genre littéraire assez sanglant, complément populaire et grand-spectacle du roman gothique anglais (qui versait déjà dans le sensationnalisme).

Une création originale… basée sur des classiques

Lorsque j’ai commencé à entendre parler de Penny Dreadful, les premières critiques qui me sont parvenues étaient tellement élogieuses que ça semblait louche. J’avais compris qu’il s’agissait d’une reprise des classiques de la littérature gothique. Ce que je ne savais pas, c’est qu’il s’agissant en fait d’une création originale. D’emblée, l’histoire est palpitante car elle reprend l’atmosphère propre aux romans gothiques, faisant revivre le Londres victorien avec une aisance étonnante. Et dans les ruelles sombres, nous allons rencontrer des personnages troubles ; certains sont issus des grandes œuvres de la littérature, et d’autres sont de nouvelles créatures ajoutées au bestiaire pour mieux faire vivre l’histoire.

Le créateur du show, le très talentueux scénariste John Logan à qui nous devons déjà le superbe Skyfall, a travaillé avec finesse, violence et passion, ne laissant aucun détail au hasard. Il rend un très bel hommage à ses paires (Shelley, Stocker) en marchant dans leurs pas. Sous sa plume, une histoire noire se dévoile : sir Malcolm Murray est un homme riche et puissant, ancien explorateur couvert de gloire et de prestige, mais hanté par la mort de son fils et la disparition de sa fille (Mina), prise par une créature puissante et dangereuse. Pour la retrouver, il est épaulé par Vanessa Ives, une amie de sa fille disparue, et par son majordome. Pour les besoins de sa quête, il va élargir son équipe et recruter deux personnes : Ethan Chandler, un jeune américain au passé troublé, mais très doué avec les armes à feu, et le docteur Frankenstein, un jeune homme sombre et d’apparence fragile, porté sur le bizarre. Au fur et à mesure des épisodes, le passé des personnages va empiéter sur la quête, laissant chacun dévoiler sa part d’ombre tandis que les fantômes refont surface.

Casting 5 étoiles pour un spectacle de qualité

Si l’histoire présente déjà la qualité essentielle d’être originale, forte et bien menée, un autre point n’est pas à négliger : le casting. Et la force de Penny Dreadful, c’est sans conteste d’avoir engagé des acteurs de qualité venant d’horizons différents. Jugez plutôt : Timothy Dalton fait son grand retour sur un écran, Eva Green dans un rôle quasi central, Jush Hartnett remonte à la surface après des années passées loin des plateaux de cinéma. Et une liste de personnages secondaires qui, s’ils ne sont pas forcément connus, sont en tout cas d’une force de conviction étonnante dans leurs rôles respectifs. Mention spéciale pour Rory Kinnear (le monstre de Frankestein) et Harry Treadaway (le docteur Frankestein), tous deux excellents, oscillant entre désespoir et rage avec une fluidité touchante et bluffante.

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La qualité globale du casting offre des perspectives que l’on ne trouve pas toujours dans les séries télé. Clairement, Penny Dreadful est un cran au-dessus de Once Upon a Time, ce qui est entièrement dû à la prestation de grande qualité de sa troupe. Certaines scènes sont particulièrement saisissantes ; on y décèle une ambition proche du cinéma, et le spectateur a plutôt intérêt à rester aux aguets s’il ne veut pas manquer une miette du spectacle.

8 épisodes pour un succès colossal

Dès la diffusion cet été aux Etats-Unis, les réactions ont été très enthousiastes autour de cette série qui a facilement trouvé son public. Pas vraiment grand public à cause de sa violence, la série offre une lecture directe du style gothique, reprenant la sensualité propre à ce genre littéraire en même temps que les thèmes qui lui sont chers : la rédemption, l’amour, la mort, le sens de l’humanité, la transgression… On y voit des scènes de sexe, de décapitation et autres cruautés. Les personnages ne sont pas des enfants de cœur, mais ils sont incroyablement vivants, authentiques, et même si vous ne risquez pas d’être pris d’une bouffée de tendresse pour eux, vous aurez du mal à vous détourner de leurs aventures.

Le format choisi pour les épisodes est assez original (c’est-à-dire rare) : presque une heure par épisode, ce qui en fait presque des téléfilms. En huit épisodes, on découvre une histoire complète, dont le rythme est parfaitement maîtrisé, et qui se découpe un peu comme un roman, chaque épisode se présentant comme un chapitre. La tension est permanente, notamment grâce à certains épisodes clefs qui apparaissent comme des flash-backs centrés sur un personnage particulier. Ces aérations apportent une plus grande compréhension de l’intrigue, tout en ménageant l’effet de surprise pour la suite de l’histoire.

En ce qui me concerne, je suis habituellement rebutée par les séries ou les films trop violents. Les films d’horreur ne sont absolument pas ma tasse de thé, et je fuis toutes les histoires de monstres et de morts vivants. Je n’ai jamais vu l’Exorciste car ça me ferait trop peur. Les rares fois où je vois un film un peu effrayant, j’entends des bruits étranges la nuit pendant au moins deux semaines. Et pourtant, dès le premier épisode, il m’a été tout bonnement impossible de ne pas regarder la suite de la série. J’ai fait des bonds sur mon canapé mais ça en valait la peine !

Cette série s’inscrit tellement dans la tradition littéraire qu’elle arrive à faire peur tout en restant extrêmement séduisante. Certains passages de pure poésie maintiennent le charme là où d’autres scènes hyper violentes pourraient donner envie de tourner les talons. L’équilibre est précaire, mais ça fonctionne.

En même temps, que ceux qui n’ont jamais lu Frankenstein ou Dracula se rassurent : pas besoin de connaissance particulière des œuvres pour comprendre la série et devenir accro (sans mauvais jeu de mots !). Tout comme la série Sherlock, Penny Dreadful offre plusieurs niveaux de lecture : le premier niveau s’adresse à tout le monde, et le deuxième permet aux lecteurs de retrouver avec plaisir des éléments connus qui leur donnent le sentiment d’être à la maison.

Devant le succès retentissant de la première saison, la chaîne américaine de diffusion a déjà commandé une deuxième saison. Pour l’instant, aucune date de diffusion n’a été annoncée pour la France, mais il y a fort à parier que Canal + et OCS seront sur les rangs.

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3 commentaires pour Penny Dreadful : nouvelle série, premières impressions

  1. Ping : Le Fantôme de l’opéra : guerre des adaptations à la télé | A livre ouvert

  2. La saison 2 est absolument géniale !

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