Interview de Charlène Guinoiseau, auteure de la Petite Philosophie pour grandir

Charlène GuinoiseauDepuis le temps qu’on se connaît vous et moi, vous savez que les livres de développement personnel ne sont pas spécialement ma tasse de thé. J’avoue que j’aime faire preuve de curiosité à l’occasion, et ça m’a parfois mené à découvrir quelques pépites comme Live alone and like it de Marjory Hillis. Mais récemment, c’est le dernier tome paru dans la collection Petite Philosophie, aux éditions First, qui m’a séduit.

Ce joli livre qui s’intitule Petite Philosophie pour grandir est le premier ouvrage écrit par Charlène Guinoiseau. Éditrice de métier, cette trentenaire passionnée de livres est passée de l’autre côté du manuscrit pour offrir un OLNI (objet littéraire non identifié) : des réflexions, des citations, des exercices… Bref un cheminement de mots pour accompagner une réflexion sur soi.

J’ai beaucoup aimé la trajectoire de ce livre. L’idée de départ (retrouver l’enfant en nous et refaire un bout de chemin à ses côtés) m’a séduite par sa simplicité et sa sincérité. En même temps, ce petit ouvrage sans prétention déborde d’énergie positive. On peut aussi bien le dévorer d’une traite que le picorer au fil de l’eau.

C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai rencontré Charlène pour qu’elle me parle plus précisément de son livre. Une discussion passionnante sur son rapport à l’écriture, la naissance de son livre et aussi sa vision de ce que c’est de grandir.

 

Tout d’abord, peux-tu me parler un peu de ton parcours personnel ?

Je suis éditrice spécialisée en développement personnel et j’ai toujours été passionnée de poésie, de livres et de l’univers intérieur, si l’on peut dire. J’ai suivi des études de lettres et j’écris des poèmes depuis toute petite. Donc c’est naturellement que je me suis dirigée vers le monde de papier.

Comment t’est venue l’idée de ce livre ?

C’est un thème que j’ai en moi depuis très longtemps, de par mon histoire personnelle et de par ma sensibilité. En fait, c’est un peu une rencontre entre ma passion pour l’écriture et un chemin intérieur que j’ai effectué en réfléchissant beaucoup à l’enfance, à ses répercussions sur la vie d’adulte. Et d’ailleurs qu’est-ce qu’être un « adulte » ? Quand est-ce qu’on peut dire qu’on en est un ? À quel âge ? Et est-ce que c’est une question d’âge ? Ce sont vraiment toutes ces questions qui m’ont guidée… et aussi toutes les blessures qu’on a en nous. Car on a tous des blessures. Peu importe qui l’on est, et peu importe notre parcours.

Je me suis beaucoup intéressée au fait d’identifier nos blessures et nos peurs : pourquoi elles sont là, qu’est-ce qu’elles nous racontent et qu’est-ce qu’on peut en faire. Dans mon cas, c’était plutôt au niveau corporel. Mon corps somatisait beaucoup et je me suis demandé ce qu’il essayait de me dire. C’était peut-être un nouveau langage à décrypter…

Et concrètement, ce livre est né d’une spontanéité. Un soir où je travaillais tard, j’ai ajouté un « PS » à un mèl envoyé à ma chef, en lui disant que l’un de mes carnets d’écriture du moment s’appelait « Grandir »… Le lendemain matin j’ai pensé quelque chose comme « Mon Dieu qu’ai-je fait ?! » (rires) mais elle avait en réalité accueilli mon projet à bras ouverts. Ce livre est donc né d’une spontanéité, d’une grande fatigue, d’une belle rencontre et de l’ouverture d’esprit de ma supérieure qui a cru en moi.

En lisant ton livre, je n’ai pas vraiment eu la sensation de lire un ouvrage de développement personnel (le style et la construction sont beaucoup plus libres, plus spontanés). Comment le définirais-tu ?

Je le définirais comme une urgence de vivre et d’être soi. C’est vrai que le développement personnel, c’est un peu une case dans laquelle on met beaucoup de choses. Mais je pense que ce livre, c’est un élan. Un élan et un grand souffle. Que ce soit le souffle du « ras le bol » ou celui du « j’ai besoin de me détendre », ou encore le simple soupir, ou même le souffle de la vie. Donc, pour te répondre, oui…  je dirais plutôt un élan de vie ou une urgence de vivre.

Est-ce que tu as eu des sources d’inspiration ? D’autres ouvrages qui t’ont guidée, donné des idées…

Ah oui ! Spontanément, il y a un livre en particulier : La Tendresse du monde de Fabrice Midal. À la base, j’ai lu son livre dans le cadre professionnel mais me suis finalement retrouvée à ne plus pouvoir le quitter. Je me souviens être rentrée chez moi un soir et m’être assise sur mon canapé pour le lire. Une heure plus tard, je n’avais toujours pas retiré mon manteau ! (rires) Ce livre parle notamment de la vulnérabilité, de la peur, aussi, de l’importance « d’entrer dans la nuit », et cela a fait écho en moi.

Et évidemment, Christophe André, Thierry Jansen… Mais aussi plein de personnes qui n’ont pas encore écrit de livres et qui en écriront un jour j’espère, comme une sophrologue que je vois régulièrement. La musique, aussi. J’écris beaucoup en musique. Et, enfin, ma famille, mes amis, mon compagnon, mon histoire personnelle avec eux. Les sources d’inspiration ont été multiples. Et surtout ce mot, grandir, qui m’inspire énormément.

En tant qu’éditrice, ton livre, c’est le livre que tu aurais voulu trouver un jour sur ton bureau ?

Je ne peux pas te dire en tant qu’éditrice car c’est difficile de juger mon propre livre. Mais en tant que personne… je l’ai relu avant-hier et ça m’a fait beaucoup de bien. Donc j’espère qu’il fera du bien à d’autres personnes. J’aurais aimé le croiser sur ma route, aussi simple soit-il.

Contrairement à un livre de fiction, la progression de ce type d’ouvrage n’est pas forcément linéaire : comment tu as travaillé à l’écriture ?

En fait, j’ai travaillé sans aucune structure à la base. On m’avait offert un cahier et je le noircirais sans me poser de questions en me disant qu’il ne fallait pas que je me mette de cadre car je ne sais pas écrire sur commande. Et puis un jour, j’ai tout tapé dans un fichier Word. Et j’ai essayé malgré tout de suivre une progression, de faire grandir l’ouvrage en commençant plutôt par les thématiques liées à l’enfance. Donc ça s’est fait après, la structure est venue après l’écriture.

Et j’ai souhaité que le livre reste un peu éclaté, qu’on puisse le picorer, parce que la vie n’est pas une ligne droite. On fait des allers-retours et c’est tant mieux. Par exemple, j’ai vingt-neuf ans et demi, et j’ai passé deux ans avec mon enfance dans la tête, à en tirer plein de choses. Et j’espère qu’à soixante-cinq ans je redécouvrirais encore d’autres parts de l’enfant que j’ai été, pour être moi-même. Parce que parfois dans le tourbillon du quotidien, on a des automatismes et des habitudes. Et il y a des moments où l’on s’arrête et se demande : « Est-ce que je suis en train de faire ce qui me correspond ? ». On se perd un petit peu. Et j’avais envie de rappeler qu’il faudrait sans cesse se prendre en photo et se demander : « Est-ce que je suis la personne que j’ai envie d’être ? ».

Et combien de temps as-tu passé à écrire ?

En fait très peu de temps car les délais ont été un peu courts. J’ai écrit en deux mois, en travaillant beaucoup à côté. Mais en même temps, c’est le fruit d’une réflexion intérieure profonde, quelque chose que j’ai au quotidien avec moi et que j’aurais toute ma vie j’espère. Du coup j’ai envie de te dire très peu de temps et beaucoup en même temps puisque le fruit d’une longue réflexion. Mais concrètement : deux mois, les soirs et les week-ends.

philo-grandirComment as-tu travaillé avec l’illustratrice ? Est-ce que par exemple tu as eu un droit de regard sur la couverture ?

En fait nous n’avons quasiment pas travaillé ensemble dans le sens où elle est très talentueuse et très sensible : ses dessins étaient très beaux et très fins tout de suite. Nous n’avons demandé que de petits changements par endroits, avec mon éditrice. En revanche, on a fait retravailler la couverture car à la base, c’était juste le buste de Mathilde (on l’appelle Mathilde avec l’illustratrice : c’est plus facile que de dire « la silhouette »)… Donc, à la base il n’y avait que le buste de Mathilde. Et je trouvais ça intéressant parce qu’il y avait un grand espace blanc au-dessus d’elle, ce qui lui laissait toute la place pour grandir. Et en même temps, on nous a dit que la couverture était un petit peu trop blanche, qu’il fallait l’habiller un peu… Et ça me dérangeait parce que, quand l’illustratrice nous l’a présentée en pied, elle était déjà grande. Quelque part, il n’y avait plus cette place pour grandir. Du coup, on a demandé à ce que le « N » de « Grandir » soit légèrement soulevé pour montrer qu’à tout âge on peu grandir, même si l’on a déjà l’air grand. Donc c’est le seul vrai travail que nous avons eu parce que l’illustratrice est extrêmement talentueuse et mériterait autant que moi son nom sur la couverture.

Il y a régulièrement des citations, des extraits de livres. Tu dirais que les livres sont une source de sagesse ?

Oh oui ! Sans hésitation. Les livres sont source de plein de choses : de libération des émotions, de connaissance de soi, de sagesse… Evidemment, ça dépend des livres. Je ne sais pas combien livres sortent par an. Rien qu’en romans, il doit y en avoir 400 tous les six mois, donc on peut trouver de tout et de n’importe quoi. Mais certains livres sont une source de sagesse. Comme Montaigne ou d’autres auteurs plus récents que j’ai cités. C’est parfois une seule phrase, parmi les milliers qu’un livre renferme, qui résonne en nous, nous donne des ailes d’une façon ou d’une autre, et nous fait découvrir ce qui pour nous est sagesse. J’ai cité celles qui me semblaient pouvoir faire avancer.

Qu’est-ce que tu espères que les lecteurs de ton livre retiendront à la fin ?

Qu’il ne faut pas avoir honte d’être soi, que les émotions ne sont pas nos ennemies et que ce ne sont certainement pas des faiblesses. J’aimerais qu’ils retiennent le courage de devenir soi et l’énergie de vie. Et l’idée qu’il faut être apaisé pour avancer sereinement et avoir confiance en soi. D’où les exercices de sophrologie qui figurent dans mon livre.

Est-ce que ce livre, au-delà de la démarche d’écriture, a aussi été une expérience émotionnelle ? Qu’est-ce que ce livre t’a apporté à toi ?

Oui, ça a vraiment été une expérience émotionnelle. L’écrire m’a fait retourner en arrière. J’ai revécu toutes mes blessures, toutes mes failles, tous mes échecs mais aussi tous mes bonheurs, toutes mes rencontres, toutes mes amitiés, toutes mes amours… Et en fin de compte, ça m’a permis de me dire que c’est pas mal ce que j’ai vécu, et ça m’a fait grandir, en me connaissant mieux.

As-tu d’autres projets d’écriture ?

En fait j’en ai tout le temps (rires). J’ai notamment en tête un projet à mi-chemin entre la fiction et le développement personnel. Et toujours mes poèmes. Mais est-ce que tout cela verra le jour ? Peut-être dans deux, dix, vingt ans ? Peut-être pas. Pour le moment, il y a celui-là et j’ai envie de le laisser vivre.

Et sinon, quel a été ton dernier coup de cœur littéraire ?

Je viens de refermer La Nuit des temps de Barjavel, donc j’ai envie de dire celui-ci. Mais en fait, mon dernier vrai coup de cœur c’est Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra parce que j’ai vraiment été subjuguée par les images qu’il arrive à véhiculer. On se prend de belles images en pleine figure. D’un coup ça retombe un petit peu, et hop ça reprend quand on ne s’y attend pas. Et personnellement quand je l’ai refermé, j’ai pleuré pendant un quart d’heure tellement je l’ai trouvé beau. C’est donc mon dernier coup de cœur en fiction.

Un grand merci à Charlène qui a eu la gentillesse de me rencontrer et de discuter (longtemps !) avec moi. J’espère que cette interview vous donnera envie d’aller faire un tour dans les pages de son livre, Petite Philosophie pour grandir.

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2 commentaires pour Interview de Charlène Guinoiseau, auteure de la Petite Philosophie pour grandir

  1. Pierre KUKURYKA dit :

    Paroles d’une rare sagesse et d’une limpidité émouvante pour une auteure de cet âge!  » Elle a déjà tout d’une ( très) Grande! » L’alcool pur de ces paroles a dû se distiller sur les braises d’un beau travail sur soi. Du coup, on n’a qu’une envie: c’est de se jeter sur ce livre pour rencontrer aussi l’Enfant Universel en soi dont le monde a tant besoin pour trouver aujourd’hui sa Clarté.

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