Live Alone and Like it, de Marjorie Hillis

live-aloneIl y avait longtemps que je voulais lire ce livre. Malheureusement, ses rééditions étant rares et difficiles de se le procurer, j’ai dû me rabattre sur un autre ouvrage de Marjorie Hillis pour faire connaissance avec cette auteur génialissime. Il s’agissait d’Orchids on your budget, et j’avais pris un grand plaisir à lire ce livre. Mais aujourd’hui que j’ai enfin lu Live Alone and Like it, je vais enfin pouvoir partager avec vous mes impressions de lecture.

C’est vrai que je partais dans cette lecture avec un a priori positif tant j’avais été enthousiasmée par la lecture d’Orchids on your budget. Et aussi, le charme de la personnalité de l’auteure avait joué sur moi. Pour autant, j’ai tenté de calmer mon enthousiasme débordant et je me suis paisiblement attaquée à cette lecture.

Live Alone and Like it est le premier livre publié par Marjorie Hillis, et il date de 1936. A cette époque là, les guides féminins existent déjà bien sûr ; mais ils parlent des femmes au foyer, et pas de ce nouveau phénomène que l’on qualifiera de « femmes actives ». Dans l’Amérique de ces années-là, une femme n’est pas sensée préférer mener une vie professionnelle plutôt que de se marier et d’avoir des enfants. Un standard existe et il doit s’imposer à tous (et surtout à toutes). Les femmes peuvent travailler à condition qu’elles soient enseignantes ou infirmières. Pour le reste, il ne doit s’agir que d’une condition temporaire.

Pourtant, les femmes commencent à travailler : dans les bureaux, dans les usines… Et la Seconde Guerre mondiale avec sa pénurie de main d’œuvre masculine sera un gros coup d’accélérateur de ce phénomène. Marjorie Hillis, en publiant Live Alone and Like it, prend les devants de l’histoire en décrivant la vie des femmes seules : celles qui veulent travailler et qui choisissent ce mode de vie, ou bien les femmes non-mariées ou pauvres qui n’ont pas le choix et doivent subir les aléas de la vie.

Ce qui marque en premier dans ce livre, c’est évidemment l’humour qui s’en dégage. Loin du ton austère et moralisateur d’une tenante des valeurs familiales, Marjorie Hillis déploie un grand enthousiasme et une légèreté bienvenue pour traiter de son sujet. La vie d’une femme seule n’est pas un puits sans fond. Vous pouvez avoir une vie heureuse et épanouissante tout en étant seule. Et ainsi de suite. Au fil des pages, on se rend compte comme la condition de ces femmes devait être mal vue pour que l’auteur les exhorte à ce point à ne pas avoir honte d’elles.

L’autre détail qui se dégage rapidement, c’est que le livre est figé dans une époque qui, sans être complètement différente de la nôtre, est tout de même assez éloignée. Par exemple, les chapitres traitant de l’étiquette ne sont fort heureusement plus d’actualité. « Est-ce qu’une femme vivant seule peut faire monter un homme chez elle ? » Ne riez pas : il fut un temps où ce n’était pas permis !

Ce livre possède donc un charme désuet que j’ai particulièrement apprécié. Sans verser dans le féminisme, il adopte des partis pris radicaux sur ce sujet de société qui ne cesse de passionner les médias, les politiques et les religieux : quel statut pour la femme ? Marjorie Hillis n’est pas sociologue, ou politologue ou philosophe. Elle était rédactrice pour Vogue. Elle ne donne donc pas de réponse empirique, mais elle ne joue pas non plus les autruches. Au fil des pages, elle dresse le portrait des femmes de sa génération : des femmes intelligentes, éduquées, encore liées à un modèle qui ne valorise pas leur indépendance, mais pourtant bien forcées par la vie à subvenir à leurs besoins.

En ce sens, l’usage des cas à chaque fin de chapitre est une excellente trouvaille. Ce processus est même repris dans Orchids on your budget. Pour illustrer son propos, l’auteur choisit de citer des cas de femmes en exemple : miss Y, madame B… Ces situations que l’on devine véridiques, apportent des éclairages intéressants sur la manière de vivre des femmes de cette génération, et en particulier des contraintes comme des opportunités avec lesquelles elles devaient composer.

Lorsqu’il est paru en 1936, ce livre a rapidement été un best-seller, assurant à son auteur une grande célébrité. Inutile de préciser que Marjorie Hillis a aussi dû faire face à tous les critiques qui lui ont reproché de porter atteinte à la morale familiale américaine, et d’encourager les femmes à abandonner leur famille pour partir vivre une vie de plaisirs immoraux, seules dans une grande ville. Mais la clique des bien-pensants n’a pas gagné. Marjorie Hillis a continuer à écrire, et c’est une chose dont nous pouvons nous féliciter.

Si Marjorie Hillis avait écrit de la fiction, elle aurait inventé la chick lit soixante ans avant tout le monde. Elle a préféré la réalité, et c’est aussi ce qui donne à ce livre cette dimension unique. La réalité, la vérité des faits confère presque à ce livre le statut d’étude sociologique. Comme dans Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, on nous parle du statut de la femme à un instant donné de l’histoire, et tout n’est pas si obsolète qu’on voudrait le croire.

Au passage, je voudrais aussi préciser que l’on trouve dans ce livre une mine de conseils judicieux, sinon pratique. Par exemple, que faire quand vous dormez et que vous avez l’impression que quelqu’un s’est introduit chez vous ? La réponse de l’auteur m’a plût : ne vous levez pas, n’allumez pas la lumière. Statistiquement, il n’y a presque aucune chance pour qu’il y ait vraiment quelqu’un. Donc, pas la peine de paniquer : pensez à autre chose le temps que ça passe ! Brillant.

Pour conclure cet article, j’ai deux nouvelles : l’une bonne et l’autre mauvaise. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe une traduction en français du livre sous le titre Les hommes peuvent attendre, l’art de vivre seule. Au passage, je ne félicite pas les éditions Flammarion pour ce titre tout à fait ridicule. Puisque l’on s’adresse à des femmes seules, est-il besoin d’en remettre une couche avec « les hommes » en début de titre ? Et la mauvaise nouvelle, c’est que cette traduction n’est apparemment plus éditée. Il vous reste donc à lire le livre en version originale (ce qui est largement abordable pour des débutants).

Donc, comme on dit à New York : enjoy !

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