Germanopratin : pardon ?

Aujourd’hui, point de citation ! Je vous propose à la place de découvrir un adjectif qualificatif rare de la langue française : germanopratin. Je sais, ça a l’air plutôt barbare à cause de la méchante allitération, mais comme l’histoire de ce mot est intéressante, je vais vous la raconter.

L’adjectif germanopratin sert à désigner un habitant de Saint-Germain-des-Prés, le célèbre quartier intellectuel de Paris qui tourne moins autour de l’église du même nom que des deux cafés qui l’ont rendu célèbre à travers le monde entier : Les Deux Magots et le Flore. Du strict point de vue de la grammaire, cet adjectif se décline comme tous les autres, au féminin et au pluriel : un germanopratin, une germanopratine, des germanopratins, des germanopratines. Plus facile à écrire qu’à prononcer !

Tout d’abord, faisons un tour du côté de nos racines latines pour décomposer tous ensemble ce mot à rallonge. En fait, c’est très simple, l’adjectif se compose de deux parties : « germanus » qui indique « germain » et « pratum » qui indique le « pré ». Les deux composantes assemblées permettent de former l’adjectif en un seul mot. Il ne s’agit pas là d’une construction exceptionnelle puisqu’on retrouve le même modus operandi pour le nom des habitants du département des Hauts-de-Seine : les altoséquanais.

Maintenant, un peu d’histoire ! D’où vient donc ce terme rare, et pourquoi a-t-il été inventé ? Car en effet, les habitants des autres quartiers de Paris n’ont pas tous le droit à leur propre adjectif. Loin de là ! Il apparaît que ce terme date du début des années 1950. C’est le dictionnaire Robert qui nous l’apprend, et nous le croyons volontiers. Au sortir de la guerre, le terme a été inventé pour qualifier le milieu intellectuel et artistique qui avait planté son quartier général dans les bistrots alors en vogue de Saint-Germain-des-Prés. Le courant existentialiste en particulier était au cœur de la hype comme on dirait aujourd’hui. Juliette Greco était la grande star des fêtes de Saint-Germain, et les artistes de jazz offraient la bande son de ces nuits de folie.

L’adjectif germanopratin désigne donc moins un habitant du quartier qu’un intellectuel/artiste/personne à la mode. D’ailleurs, avec le temps, le mot a été employé sans qu’on ne fasse plus spécialement attention à la géographie, et c’est globalement l’intelligentsia parisienne que l’on désigne avec ce terme. Et si le Robert nous précise que l’adjectif est « un maniérisme plaisant », il faut surtout souligner son aspect dévalorisant pour ne pas dire moqueur, en plus de son charme désuet.

Dès que j’en aurais l’occasion, je tâcherais donc d’employer cet adjectif, juste pour voir si vous avez bien suivi ce blog !

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