Lectures du Sud

Nouvelle OrléansLes lecteurs assidus de ce blog l’auront remarqué : la curiosité est vraiment le premier moteur de mes lectures. Ça tombe bien, parce que les curiosités ne manquent pas en littérature ! Et aujourd’hui, j’ai envie de vous faire voyager, de vous donner une envie d’ailleurs. Destination : le sud des États-Unis !

On pense tout de suite à la Nouvelle Orléans, au jazz, au carnaval de Mardi Gras, à la guerre de Sécession, à l’esclavage, à un folklore haut en couleurs… Mais le sud existe aussi dans la littérature. Cette partie de l’Amérique a été particulièrement riche, une source d’inspiration fertile pour les auteurs, qu’ils soient locaux ou pas. Car les états du sud n’ont pas la même histoire que leurs voisins nordistes. Ils sont originaires de l’Europe, colonisés par la France, ce qui explique la perdurance de certaines coutumes (comme Mardi Gras) et peut-être aussi d’une certaine originalité, probablement aussi à l’origine de l’incompréhension mutuelle entre les deux zones géographiques.

Pour nous, lecteurs français, ce qui est intéressant, c’est de toucher à la réalité culturelle, sociale, mais aussi aux mythes littéraires qui sont nés dans le Sud. Et pour découvrir un peu cette littérature à part dans l’histoire culturelle américaine, je vous propose un petit panaché personnel, entre tradition et modernité, histoire de vous donner envie de vous envoler vers les bayous, juste le temps de quelques pages.

On commence le voyage avec une première étape incontournable : Autant en emporte le vent, écrit par Margaret Mitchell. Voilà une femme qui ne manquait pas de caractère, et son personnage bien trempé de Scarlett O’Hara a directement trouvé sa place dans l’histoire littéraire mondiale… avant d’atteindre l’immortalité sur grand écran ! Cette histoire d’amour rocambolesque ne manque pas de piquant, et elle est aussi un bon témoignage historique de la vie de la bonne société du Sud à cette époque. On parle bien sûr des femmes en robes à crinoline, des réceptions fastueuses, mais aussi des tourments d’une époque ou tout commence à changer. L’esclavage est là, en toile de fond. Mais ce roman parle aussi avec beaucoup d’intérêt de la situation de la femme. La femme blanche riche est elle aussi tenue en cage. Et il est difficile d’échapper au destin que vous réserve votre caste.

Juste pour le plaisir de l’anecdote, sachez que l’adaptation d’Autant en emporte le vent, sortie en 1939, fut le premier film en couleurs. Malgré cette avancée technologique significative, la sortie du film s’est faite dans un relatif chaos. En effet, les lecteurs du roman et les gens du Sud étaient tout bonnement outrés du choix de la production pour l’héroïne : une actrice anglaise pour incarner Scarlett, songez donc ! L’affront ne sera finalement lavé qu’un demi-siècle plus tard lorsqu’une américaine (Renée Zellweger) sera choisie pour incarner Bridget Jones, la très anglaise héroïne d’Helen Fielding. Ouf, l’honneur est sauf !

Deuxième étape de notre parcours, je vous propose un autre grand classique : Les Aventures de Tom Sowyer, de Mark Twain. J’adore Mark Twain. Il a souvent été qualifié de plus grand humoriste américain, et c’est très juste. Twain est drôle. Il a une vraie tendresse pour les êtres humains. Il n’en fait pas juste son fond de commerce, mais il essaye de les faire vivre. Les personnages de Tom Sowyer sont tous attachants, même la tante un peu rigide. On sent que l’auteur s’inspire des gens du Sud qu’il a côtoyé pour dépeindre la vie de sa petite communauté. Et surtout, ce livre est un hymne à l’enfance et à la liberté. Tom vit avec sa tante, et il est plutôt du genre à faire les quatre-cents coups que rester à la maison pour réviser son catéchisme.

On se prend d’affection pour cet incorrigible esprit libre qui, comme Peter Pan, n’est pas trop pressé de grandir pour rejoindre le monde des adultes. Et dans ces pages, c’est toute l’énergie du Sud que l’on découvre. Une société corsetée dans les traditions, le racisme, la religion, la place prépondérante de la communauté… mais aussi par de vraies qualités : la joie de vivre, l’énergie, le plaisir de la vie au grand air, le plaisir et l’importance d’être ensemble. En bref, ce livre qui a été classé depuis quelques décennies dans les rayons pour enfants, devrait retrouver sa place dans les listes de lectures des adultes. C’est une vraie pépite.

Dans une veine plus féminine (et féministe même), il faut aussi que vous découvriez Beignets de tomates vertes, un roman écrit par Fanny Flagg. Certains lecteurs connaissent peut-être cette histoire par le film qui en a été tiré. L’histoire raconte l’amitié entre deux femmes liées au départ par la mort d’un homme (le frère de l’une et l’amoureux de l’autre) puis par un restaurant qu’elles dirigent à deux. L’histoire est racontée par l’un des personnages du roman, et l’on alterne ainsi deux récits : celui de cette amitié plus forte que tout, et celui d’une femme qui trouve l’inspiration dans ces portraits de femmes.

Fanny Flagg est native du Sud des États-Unis, et ça se voit. Son histoire nous transporte dans une atmosphère à la fois magique et bien ancrée dans le réel. On y retrouve l’importance de la communauté, les valeurs de l’amitié et de la famille, mais aussi la facette plus sombre du racisme et de la violence. Dans cette belle histoire, le lecteur trouve vite ses repères. On pénètre dans un monde que l’on ne veut plus abandonner. Ce livre est une leçon de vie en même temps qu’un bel hommage à la tradition littéraire du Sud des États-Unis. On y retrouve (un peu comme chez Mark Twain) le plaisir de raconter des histoires pour faire vivre la mémoire de ceux qui ne sont plus là pour raconter eux-mêmes.

Autre histoire féminine : Les Divins Secrets des petites Ya-Ya, de Rebecca Wells. J’ai découvert de roman un peu par hasard, et je me souviens l’avoir acheté parce que le résumé me faisait justement penser auw Beignets de tomates vertes. Je n’ai donc pas hésité une minute, me préparant à une découverte magique. Et je n’ai pas été déçue. L’histoire est différente du roman de Fanny Flagg, plus dramatique à bien des égards. Siddalee Walker est une auteur de théâtre en train de devenir célèbre. Au détour d’une interview, elle en vient à évoquer son enfance dans une petite ville du Sud, et l’enfance difficile qu’elle a subi à cause de sa mère. Ce qui entraîne bien sûr la colère de la mère. Pour recoller les morceaux, les trois meilleures amies de madame Walker (les fameuses Ya-Ya) décident d’aller à New-York et de kidnapper Siddalee. Une fois ramenée à la maison, elles entreprennent de lui raconter toute la vérité sur leur jeunesse et les drames qu’elles ont traversé.

Cette superbe histoire d’amitié entre quatre femmes aux tempéraments bien trempés est un vrai régal. Rebecca Wells dépeint avec beaucoup de subtilité l’amitié féminine, les drames et les contraintes de la condition féminine dans le Sud des États-Unis dans les années 1940. L’auteure fait aussi preuve de justesse dans son portrait des relations mères-filles. Le drame et la joie de vivre se disputent l’histoire. On alterne avec plaisir entre rires et larmes, et surtout on ne se lasse pas une seule seconde des aventures des Ya-Ya qui étaient de vrais petits diables !

De plus Rebecca Wells rend elle aussi un bel hommage à la littérature du Sud, en particulier à Autant en emporte le vent, puisque les héroïnes vont même assister à la projection du film en présence de l’auteure. Sans jamais tomber dans le sentimentalisme, la niaiserie ou la moralisation, ce roman très bien écrit fait la part belle aux émotions et retrace avec beaucoup de brio un pan de vie entier de quatre femmes du Sud.

Pour finir sur une note plus militante, je voudrais prendre le temps de vous parler de La Couleur des sentiments, le roman écrit par Kathryn Stockett. J’ai eu l’occasion de vous parler de son adaptation, mais je saisis l’opportunité d’aborder le sujet à nouveau. Car ce qui est intéressant avec l’histoire de ce livre, c’est de voir la filiation littéraire qu’on y retrouve. Ce livre est tout à fait ancré dans l’histoire littéraire du Sud des États-Unis grâce aux thèmes qu’il soulève : la vie d’une communauté, l’importance des codes sociaux, le thème de la femme, mais aussi et surtout celui du racisme.

Ce livre aborde le sujet des noirs d’une manière transversale. Il ne parle pas de la cause noire en général, mais de la cause des femmes noires. Elles sont doublement désignées comme des éléments inférieurs de la société à cause de la couleur de leur peau et à cause de leur statut de femmes. Et ce livre se retrouve donc à la croisée des chemins : il revendique une place légitime parmi les livres militants (tout comme ceux de Mark Twain) tout en apportant un nouvel angle de vision sur la société corsetée du sud de l’Amérique. Les choses y changent lentement. La tradition est très présente. Et de la même façon, la littérature y a mis du temps à évoluer vers une vision moderne des choses.

Cette très belle histoire clôt la boucle de la littérature du sud. A travers quelques livres, on voit bien comme cette culture particulière a évolué sans jamais renier les thèmes qui lui sont chers, mais en étant capable d’en renouveler la vision pour offrir aux lecteurs des livres de qualité.

J’espère que ces livres vous ont donné des idées de lectures. Et j’attends vos idées pour agrémenter ma liste !

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Un commentaire pour Lectures du Sud

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