Chocolat amer, roman de Laura Esquivel

Aujourd’hui, je vous parle d’un livre que j’ai mis presque vingt ans à sortir de ma Pile à Lire. Comme quoi, il ne faut pas désespérer ! Blague à part, j’étais encore une jeune étudiante lorsque j’ai découverte Chocolat amer, le roman de Laura Esquivel, au détour d’un cours de littérature moderne. L’histoire semblait captivante, l’écriture absolument unique. Mais je n’avais pas le temps de lire le roman en entier, et j’avais donc dû le rendre à la bibliothèque sans l’avoir terminé. Depuis, cette rencontre avortée avec la romancière mexicaine est toujours restée dans un coin de ma mémoire. Et je ne sais pas trop pourquoi, mais c’est revenu comme un boomerang il y a un mois. Cette fois, j’ai décidé d’agir. J’ai donc commandé le livre et je l’ai lu dès qu’il est arrivé !

Mon résumé du livre

Ce début de XXe siècle est pour le moins chaotique au Mexique, un pays traversé par la révolution, qui oscille entre tradition et modernité. Pour Tita, une toute jeune fille de dix-sept ans, la vie semble pleine de promesses. Elle a grandi dans la ferme familiale, auprès de sa mère très austère, de ses soeurs aînées un peu lointaines, et surtout avec la cuisinière de la famille. C’est la formidable Nacha qui va initier Tita à la magie de la cuisine. Et auprès d’elle, Tita apprend tous les secrets pour éveiller les sens avec les odeurs, la vue et le goût des plats faits maison qui ont mijoté avec amour. Et l’amour justement s’incarne pour prendre la forme d’un beau jeune homme : Pedro. Mais quand il vient demander la main de Tita à sa mère, cette dernière est catégorique : Tita est la plus jeune de ses filles, et son destin est tout tracé. Elle ne se mariera pas. Elle n’aura pas d’enfants. Et elle restera toujours auprès de sa mère vieillissante pour prendre soin d’elle. Tita se révolte mais rien n’y fait. Le destin d’une fille ne peut pas facilement dévier sa course. La mort dans l’âme, Pedro décide alors d’épouser une des soeurs aînées pour rester près de Tita. Mais ce rapprochement physique cause plus de drames que de joies. Et tandis que le chaos de la révolution fait rage au-dehors, la maison familiale se prépare à être secouée par plusieurs décennies de larmes et de péripéties tout aussi violentes.

Mon avis sur Chocolat amer

C’est très dur de vous parler de ce roman qui ne ressemble à aucun autre. D’abord parce que l’histoire est finalement très dense pour un livre aussi court. Et ensuite parce que Laura Esquivel flirte avec le fantastique dans cette histoire inclassable. En fait, Chocolat amer est un des romans emblématiques du réalisme magique, un courant littéraire généralement mal connu et mal représenté en France. L’idée, c’est de jouer avec la frontière entre la vie quotidienne « normale », et les éléments du récit qui laissent planer le doute sur la présence du fantastique. Cet équilibre est irrésolu. L’auteur ne tranche jamais. Donc ici, même si Tita n’est pas une magicienne, il se passe quand même des choses étranges. C’est un aspect de l’histoire qui peut déstabiliser certaines personnes. Mais c’est aussi ce qui lui confère une puissance aussi singulière et attachante.

Chocolat amer est une grande histoire d’amour impossible entre une femme et un homme que la société sépare cruellement. Une séparation arbitraire, fondée sur une tradition absurde, qui les condamne tous les deux à une vie malheureuse. Tita doit rester seule, avec une mère détestable, et Pedro épouse une femme qu’il n’aime pas.

Après un tel départ, on se demande ce qui va arriver dans le livre ! Et c’est là tout le génie de Laura Esquivel. Une fois son histoire installée, elle nous embarque pour un voyage captivant. Au gré des années et des repas, Tita s’exprime à travers les repas qui rythment la vie de famille. Les repas de noces, la célébration des naissances, les grands événements politiques et familiaux sont tous prétexte à se rassembler autour des plats typiques de la gastronomie mexicaine. Et ils sont autant d’occasion pour Tita de laisser libre cours à ses sentiments.

Dans ce roman, la sensualité inhérente à la cuisine incarne le désir sensuel interdit entre Tita et Pedro. Et les effets secondaires sur les autres convives sont souvent surprenants !

L’idée est brillante, d’autant que pour un lectorat français, on n’a aucun mal à comprendre cette sensorialité liée à la cuisine. On dit d’ailleurs « cuisiner avec amour ». Et nous sommes habitués à passer des heures à table, à parler à bâtons rompus autant qu’à déguster nos plats. Il y a donc un écho formidable entre nous et l’histoire de Chocolat Amer.

Le réalisme magique qui émane de Chocolat amer en fait un roman aussi ludique qu’émouvant. C’est un voyage sensoriel, presque onirique, dans une contrée pour le moins dépaysante (le Mexique est quand même de l’autre côté de l’océan Atlantique). Et l’histoire de Tita et Pedro est vraiment prenante. Ce sont deux personnages qui déclenchent des sentiments forts. Personnellement, j’ai adoré Tita mais j’ai détesté Pedro, dont la mauvaise décision initiale va avoir des répercussions dramatiques.

Chocolat amer : une idée lecture pour qui ?

Si vous aimez les romans qui sortent des sentiers battus, alors faites-vous plaisir et ouvre Chocolat amer. Ce livre ne ressemble à aucun autre de ma connaissance. C’est un vrai petit bijou, un diamant brut qui va vous surprendre, vous désarçonner et vous émerveiller au fil de ses 240 pages.

Ce n’est peut-être pas un livre qui plaira à tout le monde. Mais c’est exactement le genre d’histoire qui ne laisse personne indifférent. Et si vous lui laissez sa chance, vous serez charmés par son atmosphère envoûtante.

Bonne lecture !

4 réflexions sur “Chocolat amer, roman de Laura Esquivel

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