Femmes en résistance, Amy Johnson : une BD biographique

Depuis quelques années, la bande dessinée s’intéresse de plus en plus à un genre littéraire qui, a priori, ne concernait pas trop son support : la biographie. De plus en plus d’éditeurs de BD proposent des biographies originales, adaptées ou pas de précédents ouvrages, et mettent ainsi en images la vie de personnages passionnants. Il y a eu une belle collection consacrée à des chanteurs et musiciens de jazz, il y a eu une très belle biographie de Mark Nobleman consacré aux deux créateurs de Superman, et beaucoup d’autres titres passionnants à découvrir. Avec le cycle Femmes en résistance, les auteurs proposent une nouvelle vision en allant plus loin. L’idée de ce cycle est de présenter quatre biographies romancées, en les reliant de manière à ce qu’elles ne forment qu’une seule intrigue. Un moyen original de s’approprier le genre biographique tout en faisant quelque chose d’autre. Le premier tome est consacré à l’aviatrice britannique Amy Johnson, et c’est, en toute logique, par celui-là que j’ai commencé.

A son époque, Amy Johnson aurait dû être une gentille femme au foyer, mais certainement pas l’une des toutes premières femmes pilotes de Grande-Bretagne. Mais l’appelle de l’horizon est le plus fort, et la jeune femme, très tôt passionnée par l’aviation, ne tarde pas à décrocher son brevet de pilote. Passionnée par l’aventure, elle se lance dans de nombreuses courses aériennes et parvient même à battre plusieurs records. Au moment où la Seconde Guerre mondiale éclate, il n’est pas question que la jeune femme reste clouée au sol : elle compte bien participer à l’effort de guerre en rentrant dans les rangs d’une escadrille anglaise entièrement composée de femmes, et dont la mission consiste à soutenir l’effort de guerre en livrant des avions sur les bases de la Royal Air Force.

Je dois confesser qu’avant de lire cette BD, je m’étais assez peu renseignée sur le travail des auteurs, Wachs, Hautière, Laboutique et Polack. Et je n’avais pas compris deux choses : la première, c’est qu’il s’agissait réellement d’une biographie (je croyais que c’était une fiction inspirée par la vie de l’aviatrice américaine Amelia Earhart) ; la seconde, c’est qu’en fait les quatre tomes de Femmes en résistance ne forment qu’une seule et même histoire, de sorte qu’on ne peut pas les lire séparément. La lecture de ce premier tome consacré à Amy Johnson a donc été une véritable surprise !

Dès le début, j’ai été très intriguée par l’histoire qui nous est présentée dans ce premier tome. On fait la connaissance avec une femme de l’époque actuelle qui découvre, dans les papiers de sa grande-tante décédée, une boîte contenant des informations sur quatre femmes, l’une d’entre elles étant la célèbre aviatrice. Par ce biais, on plonge en plein flashback pour découvrir la vie d’Amy Johnson. Cette partie est relativement bien documentée et, même en ne connaissant rien d’elle, on comprend rapidement sa trajectoire, pourquoi et comment elle est devenue aviatrice, son mariage, sa carrière, et jusqu’à son implication dans l’effort de guerre. A travers elle, c’est tout une époque de l’histoire de l’aviation qui renait sous nos yeux : celle où les femmes devaient lutter pour s’imposer dans un monde d’hommes. C’est aussi l’époque des pionniers, et les femmes qui se lancent dans l’aventure sont de véritables aventurières. Cette partie est véritablement passionnante.

D’ailleurs, j’ai beaucoup apprécié que les dernières pages de l’album soient consacrées à une notice biographique écrite beaucoup plus détaillée. En finissant la lecture de la BD elle-même, je pense que j’aurais naturellement eu l’envie d’aller sur le web pour en apprendre plus. Là, pas besoin d’aller sur internet : les auteurs ont eu l’intelligence d’anticiper la curiosité de leurs lecteurs, et ils ont eu la délicatesse de nous fournir un complément avec des photos d’archives.

Là où j’ai été un peu frustrée dans ma lecture, c’est que je n’avais pas acheté d’avance les tomes suivants, et l’histoire se termine donc en queue de poisson ! Il faut impérativement avoir les quatre albums à portée de main pour tout lire dans le même mouvement, sinon on se retrouve face à un cul-de-sac, ce qui est toujours un sentiment très inconfortable pour un lecteur. Les trois autres tomes sont également consacrés à des femmes qui ont participé, chacune à sa manière, à la Seconde Guerre mondiale. L’une est française, l’autre est allemande et la dernière est juive. J’ai vraiment hâte de les lire puisque, comme je vous l’ai expliqué plus haut, au-delà des biographies individuelles, l’histoire d’ensemble est construite sur l’idée d’un lien entre ces quatre femmes.

Outre les qualités narratives individuelles, cet album a été une lecture très plaisante car il renouvelle le genre de la biographie de façon intelligente et créative. Il utilise les portraits de femmes pour parler de la place des femmes à une époque où elles n’avaient pas encore le droit de vote, et où il fallait qu’elles se battent pour se faire une place. Une situation toujours plus ou moins d’actualité ! C’est aussi une formidable source d’inspiration puisque les femmes dépeintes sont des battantes, pas forcément par vocation mais plutôt en réaction à ce qui se passe autour d’elles. Femmes en résistance offre donc une lecture historique intéressante en plus de nous embarquer dans une intrigue digne d’un roman historique.

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