Mon midi, mon minuit : roman d’Anna McPartlin

L’année dernière, les éditions du Cherche-Midi ont publié pour la première fois en France un roman d’Anna McPartlin, la romancière irlandaise qui est devenue un véritable petit phénomène d’édition. Et malheureusement pour moi, pauvre lectrice ensevelie sous une montagne de livres à lire, j’avais loupé le coche et je n’avais pas lu Les Derniers jours de Rabbit Hayes. En surfant sur plusieurs blogs littéraires, je m’étais rendue compte que j’étais passée à côté de quelque chose vu que visiblement tout le monde avait adoré ce livre. Alors évidemment, cette année j’étais bien décidée à ne pas commettre la même erreur quand la sortie de Mon midi, mon minuit a été annoncée. Avec seulement deux mois de retard (sic !), j’ai enfin lu le livre. Ouf, victoire et tout ce qui s’en suit ! Outre ma satisfaction personnelle d’avoir mené ma quête littéraire jusqu’au bout, ce livre s’est révélé être une véritable surprise, même si je ne suis pas aussi enthousiaste que je le pensais.

Emma a tout pour être heureuse : son petit-ami John est l’homme parfait, ses amis sont fabuleux, elle adore son boulot de professeur… La vie semble toute tracée sauf qu’un accident va complètement changer la donne. A seulement vingt-six ans, Emma se retrouve seule, à faire le deuil de John et de la vie qui leur était promise. Malgré le soutien de sa famille et de ses amis, Emma doit trouver la force d’avancer dans sa vie et de se reconstruire. Pour ses proches, ce drame est aussi un rappel : chacun doit vivre sa vie pleinement. Mais pour les uns et les autres, le chemin n’a rien de facile. Il faut accepter de regarder la vérité en face et prendre enfin quelques risques pour espérer être heureux. Le retour vers la vie n’est pas facile, et le chemin vers le bonheur est encore plus dur.

Je ne sais pas si c’est moi qui fais une fixation là-dessus, mais j’ai l’impression qu’il y a eu beaucoup de romans parus ces derniers temps qui traitaient de la question du deuil. Dans l’absolu, c’est une bonne chose que les romans osent enfin s’attaquer à ce thème de société qui fait malheureusement partie de la vie. Pour un romancier, ce sujet très délicat est aussi l’occasion de creuser en profondeur pour interroger la vie, le sens de la vie et le rapport que les êtres humains entretiennent avec leur propre mortalité.

C’est d’ailleurs précisément le but d’Anna McPartlin avec ce livre. La romancière aborde un thème d’autant plus difficile que le deuil dans un couple jeune est une chose rare et donc encore plus rarement abordée dans la littérature. Elle s’attaque à son sujet d’une manière frontale mais avec beaucoup de tendresse et de délicatesse. Dès les premières pages, on sent bien que le livre va être emprunt de gravité mais que pour autant ce ne sera pas un livre triste. Et c’est vrai : il n’y a rien de choquant ou de larmoyant dans ce roman. Bien au contraire, ce livre se veut avant tout une célébration de la vie.

Si j’ai tout de suite apprécié l’écriture et l’intention d’Anna McPartlin, je dois pourtant reconnaître que la lecture de son roman m’a laissée un peu frustrée. Mon midi, mon minuit tire son titre d’un poème de W.H. Auden rendu mondialement célèbre grâce au film Quatre mariages et un enterrement. Je vous le dis car la référence n’est pas explicite dans le livre. Pour autant, là où le poème cité dans le film apportait une grande intensité émotionnelle, je dois avouer que le roman reste assez « plat ». Je n’ai pas ressenti de grand élan émotif alors que je m’attendais à être plus profondément émue. Le fait que l’histoire ne soit pas plus dramatique m’a donc un peu déstabilisée et laissée sur ma faim. Malgré ça, je ne peux pas dire que ça retire quoique ce soit à la qualité de l’histoire ou de l’écriture. Il faut juste savoir au départ qu’on ne plonge pas dans les pages d’un roman « à mouchoirs ».

Malgré ce petit bémol personnel, Mon midi, mon minuit a été une très belle lecture. Ce livre ose raconter une histoire difficile et réaliste. Il est porté par la lumière de l’écriture de son auteure. On sent qu’Anna McPartlin est le genre de personne qui aime profondément les gens, qui est habitée par une grande générosité car le regard qu’elle porte sur ses personnages est rempli d’une tendresse très réconfortante. Ce livre célèbre la vie, malgré ses épreuves et ses drames, et il fait l’éloge de la résilience. Ce n’est pas du divertissement, c’est quelque chose de plus essentiel : une leçon de vie.

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2 commentaires pour Mon midi, mon minuit : roman d’Anna McPartlin

  1. J’ai appréciée ma lecture, pas de soucis avec ça, mais comme toi parfois j’ai ressentie des moments de flottements. C’était un poil plat, comparé à Rabbit Hayes.
    Alors bon c’est pas bien de vouloir le comparer à son premier roman édité en France, mais je n’ai pas pu m’en empêcher car j’avais tellement aimé Les Derniers Jours de Rabbit Hayes, il y avait tellement d’émotions …
    J’en ai parlé avec Benoit du Cherche Midi et il m’a expliqué que c’était le premier roman qu’elle à écrit et je pense que cela peux expliquer ceci.
    Bonne lecture 🙂

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    • Alivreouvert dit :

      Oui, c’est ce qu’il m’a dit aussi, du coup je pense qu’il faut accepter les faiblesses d’un premier roman. ça reste quand même une très belle histoire avec plusieurs points forts. Mais par curiosité, il faudra que je lise Les Derniers jours de Rabbit Hayes afin de comparer les deux.

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