L’hôtel Algonquin de New-York

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« Quand j’étais enfant, j’avais trois voeux. Je voulais devenir un héro dans le genre de Lindbergh, apprendre à parler le chinois, et devenir membre de la Table Ronde de l’Algonquin. » John Fitzgerald Kennedy avait raison de viser haut, et nul doute qu’il aurait été un membre de choix pour cette célèbre mauvaise troupe ! L’hôtel Algonquin, situé à New-York près de Time Square, est une véritable institution littéraire aux Etats-Unis, un peu comme le Flore ou le Deux-Magots en France. De nombreux auteurs sont intimement liés à l’histoire du lieu, et en particulier un petit groupe remuant qui s’est fait surnommé le groupe de la Table Ronde en référence à la grande table de la salle de restaurant qu’ils utilisaient toujours. Un petit groupe talentueux, génial même, qui rythmait la vie culturelle de New-York dans les années 1920… au point de susciter l’admiration du président Kennedy ! Et en effet, qui n’aurait pas voulu faire partie de cette bande littéraire ultra-cool ?

Avec sa façade respectable et ses grooms à l’entrée, l’Algonquin ressemble à s’y méprendre à un hôtel respectable comme on en trouve beaucoup à New-York. Mais ne vous fiez pas à cette allure placide : le lieu a une réputation pour le moins rock n’ roll ! Dans les années 1920, l’hôtel est devenu le QG d’un groupe d’auteurs américains. Ils n’avaient pas forcément beaucoup d’argent, n’étaient pas encore tous très connus, mais ils avaient du talent à revendre et un appétit insatiable pour les bonnes choses et les bons mots. Ils travaillaient comme éditorialistes dans des magazines dont les bureaux étaient situés non loin et prirent l’habitude de se réunir toutes les semaines pour déjeuner tous ensemble au restaurant de l’Algonquin. Là, ils s’installaient toujours à la même table : la table ronde au centre de la salle. Une position peu discrète mais qui leur permettait de trôner fièrement et faire profiter toute la salle de leur humour ravageur.

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Parmi ses esprits acérés, on trouvait Dorothy Parker, Robert Benchley, Alexander Woolcott, Harold Ross (le fondateur du prestigieux magazine le New Yorker), Harpo Marx, Noël Coward (l’auteur de pièces de théâtre)… Au fil du temps, le sens de l’humour particulièrement virulent du groupe lui valut un nouveau surnom : le cercle vicieux. Aujourd’hui, c’est un peu triste de constater que la plupart des membres sont oubliés, et en France certains n’ont même jamais été connus. Toutefois, aux Etats-Unis, cette petite institution littéraire a gagné en notoriété au fil du temps, au point que plusieurs documentaires et plusieurs ouvrages lui ont rendu hommage. Une plaque est même visible à l’Algonquin pour rendre hommage à ses membres.

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Mais la célébrité de l’Algonquin ne s’est pas arrêtée avec les années 1920. Grâce à la mode lancée par le cercle vicieux, de nombreux gens de lettres ont pris l’habitude de passer à l’Algonquin, d’y résider lors de leurs passages à New-York, et même d’y écrire. Parmi les résidents célèbres, on compte ainsi : William Faulkner, Gertrude Stein, Mary Pickford, Douglas Fairbanks, la poétesse afro-américaine Maya Angelou, le romancier J.D. Salinger,

Aujourd’hui, l’héritage littéraire de l’Algonquin se retrouve dans plusieurs traditions un peu bizarres que l’on droit aux prestigieux clients des lieux. Pour la soirée du nouvel an, il est de rigueur de monter sur une chaise et, au moment des douze coups de minuit, de sauter à pieds joints pour ainsi entrer dans la nouvelle année.

Autre tradition : il y a toujours un chat errant dans l’hôtel. Dans les années 1920, Franck Case (le gérant de l’hôtel) trouva un chat errant et l’adopta. Le matou surnomme « Rusty » séduisit bientôt les célèbres résidents de l’Algonquin. Mais John Barrymore (très célèbre acteur de l’époque et grand-père de Drew Barrymore) trouva que ce nom était trop banal : en hommage à sa pièce de théâtre préférée, il baptisa le chat Hamlet. Hamlet se promenait partout librement et devint la coqueluche des auteurs qui séjournaient à l’Algonquin. Depuis les années 1920, il y a toujours eu un chat à demeure dans l’hôtel… en dépit des recommandations des services d’hygiène ! Le chat porte toujours le même nom : Hamlet si c’est un mâle, Matilda si c’est une femelle. En un siècle, il y a eu sept Hamlet et trois Matilda. Si vous vous rendez à New-York bientôt, vous pourrez faire connaissance avec la Matilda actuelle : elle a sa propre chaise attitrée dans le salon ! Elle a aussi sa propre page de présentation sur le site internet officiel de l’hôtel !

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Enfin, la dernière tradition est à mon sens la plus belle. Lorsque Franck Case dirigeait l’Algonquin, les membres du cercle vicieux n’avaient pas toujours les moyens de payer leur repas ou leur logement. Il avait donc pris l’habitude de leur faire des remises spéciales un peu à la façon d’un mécène attentionné. Et cette tradition perdure d’une certaine manière : le menu du restaurant prévoit une remise spéciale pour les auteurs sans le sou. Et les écrivains qui séjournent à l’hôtel bénéficient d’une remise sur le prix de la chambre en échange d’un autographe. La collection d’autographes de l’Algonquin est énorme !

Vous l’aurez compris, l’Algonquin est une véritable institution qui vaut le détour. Alors si vous aimez sauter d’une chaise, caresser des chats et savourer de bons livres, maintenant vous savez où vous rendre pendant votre prochain séjour à New-York !

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