Découvrez l’exposition Présumées Coupables aux Archives Nationales

presumees-coupablesCe n’est pas d’un sujet très joyeux que je vais vous parler aujourd’hui puisque je vous invite à vous diriger vers les Archives Nationales, à Paris, pour découvrir une nouvelle exposition consacrée aux archives judiciaires du pays, et plus particulièrement aux procès qui ont été faits aux femmes au fil des siècles. L’exposition s’intitule Présumées Coupables et elle dresse un portrait robot de la femme criminelle… ou en tout cas de la femme vue comme une criminelle par l’ordre social. Et si ce thème n’est pas forcément joyeux pour un mois de décembre, il n’en reste pas moins qu’il lève le voile sur une histoire méconnue de la France. C’est donc une exposition non seulement passionnante mais aussi nécessaire pour réhabiliter la mémoire de ces femmes.

La femme est-elle criminelle par nature ? On a l’impression que c’est une question qui a traversé les différents âges de la société, déchaînant les passions et entraînant des heures sombres pour les principales intéressées. Longtemps, la position de la femme a été très précaire en France. Considérées comme des mineures en droit, elles n’étaient pas des citoyens à part entière. La société les voyait comme des êtres faibles, douées de très peu d’intelligence et d’une moralité pas aussi élevée que celle des hommes. Du coup, la suspicion était omniprésente à leur encontre, et c’est ce que l’exposition Présumées Coupables explique très bien.

Présumées-Coupables-sorcières

Les Archives Nationales se sont lancées dans un travail énorme : ouvrir l’intégralité des archives judiciaires françaises (qui, soit dit en passant, sont les plus vieilles et les plus complètes au monde) pour en exhumer toutes les transcriptions des procès de femmes du XIVe siècle au XXe siècle. A partir de là, les responsables de l’exposition ont opéré un tri pour présenter quelque chose d’accessible et de cohérent au public. Ils ont choisi de tracer un parcours qui est à la fois chronologique et thématique. A chaque époque, on voit émerger une figure bien précise de la femme criminelle : les sorcières, les empoisonneuses, les infanticides, les pétroleuses et enfin les traîtresses.

Présumées-Coupables-infanticides

Le parcours proposé tout au long de l’exposition est très clair car chaque espace délimité par un code couleur) propose d’aborder un thème. Les Archives Nationales ont sorti les textes originaux des procès mais elles ont aussi fait un gros travail de vulgarisation en présentant à chaque fois des écrans sur lesquels défilent des extraits des procès, notamment des déclarations des femmes jugées. On peut aussi admirer de nombreuses illustrations qui montrent comment les femmes étaient représentées dans leurs époques respectives. Des exemples emblématiques de procès rythment aussi le parcours pour permettre au public de faire mieux connaissance avec ces femmes (comme Jeanne d’Arc, La Voisin ou encore Violette Nozière).

Présumées-Coupables-empoisonneuses

Personnellement, je dois dire que la partie qui m’a le plus intéressée a été la dernière, celle consacrée au traîtresses. Cet espace aborde la question des femmes tondues à la libération et je dois dire que c’est la partie la plus puissante, peut-être parce que c’est la plus proche de nous. Dans ce dernier espace, les photos font leur apparition et on ne voit plus des dessins, des caricatures, mais de vraies femmes. Il y a même quelques archives vidéos tournées par les troupes américaines, et ce sont des images que je n’avais jamais vues. Des images d’une rare violence. Pas une violence physique, mais une violence morale, symbolique avec la tonte des cheveux, l’exposition sur la place publique. Cette partie m’a vraiment beaucoup émue, pas seulement à cause des images mais aussi à cause des compte-rendus des auditions des femmes. On les accuse de trahison alors que la plupart de ces femmes n’ont commis aucun crime puisque « l’adultère à la Nation » n’existe pas dans le Code Pénal. Mais une fois encore, les femmes ne sont pas jugées sur les mêmes critères que les hommes.

Le résultat est tout simplement passionnant car l’exposition nous permet de découvrir une histoire de France méconnue, qui nous rappelle à tous que dans notre société l’histoire des femmes n’est pas la même que celle des hommes. Le parcours ludique de Présumées Coupables pourra plaire à chacun : il est claire, instructif et très bien pensé. Par ailleurs, c’est l’occasion d’aller faire une petite visite à l’hôtel de Soubise qui abrite les Archives Nationales et qui est rien de moins que l’un des plus beaux hôtels particuliers de Paris.

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