Wonder : quand la BD parle d’émancipation de la femme

WONDER C1C4 OK.inddLongtemps, je n’ai pas lu beaucoup de BD, me limitant aux traditionnels Tintin et Astérix. J’avais donc une culture BD pour ainsi dire inexistante. Et puis j’ai commencé à m’intéresser à d’autres choses, et c’est là que je me suis rendue compte de tout ce que la BD pouvait être, pouvait raconter, pouvait véhiculer. Depuis, je scrute avec curiosité les nouveautés en BD, et ma curiosité est régulièrement récompensée par de belles pépites comme c’est le cas ce mois-ci avec la sortie de l’album Wonder chez Delcourt. Une BD ambitieuse qui n’a pas peur d’aborder des thèmes forts comme l’émancipation féminine et la révolution de mai 68. Rien que ça !

Nous sommes en France en mai 1968 et les grèves qui ont commencé dans les universités atteignent maintenant les usines. Pour Renée, jeune fille de la classe ouvrière qui n’a jamais mis les pieds à la fac et qui ne connaît que le travail à la chaîne, c’est un vrai choc culture. Elle découvre les manifs, les slogans d’une nouvelle génération qui émerge ainsi que des gens qui vivent bien loin de sa réalité d’employée d’usine. Le temps s’arrête pendant quelques semaines. Quelques semaines pendant lesquelles, pour la première fois, Renée a l’occasion de s’interroger sur sa vie, sur ce qu’elle veut. Peu à peu, elle commence à s’ouvrir au monde et à faire de nouvelles expériences. Et cette vie est décidément bien loin de celle qui lui était toute tracée quand elle travaillait encore à l’usine…

Wonder est une BD signée par François Bégaudeau pour le scénario et Elodie Durand pour le dessin. Je ne connaissais ni l’un ni l’autre, mais en refermant l’album j’étais très impressionnée par l’ambition qu’ils avaient été capables de porter dans cette histoire.

Je n’ai pas connu la période de mai 68 puisque je n’étais même pas née à l’époque. Ce que j’en sais, c’est ce que j’ai appris à l’école, mais évidemment ça ne suffit pas pour rendre compte des véritables changements qui se sont opérés dans la société. L’idée de Wonder, c’est de prendre l’histoire par le petit bout de la lorgnette pour nous faire découvrir une révolution sociale de l’intérieur à travers un personnage. Renée, la jeune fille que nous suivons dans cette histoire, est un personnage terriblement attachant car elle est malheureuse mais n’a aucun espoir que les choses s’arrangent. Elle est résignée et n’attend rien. A la faveur des événements de mai 68, on voit s’opérer en elle un changement profond qui relève de l’intime. Et c’est ce cheminement qui est passionnant et très bien rendu.

Cette histoire permet, à travers un seul personnage, de découvrir pourquoi et comment les mutations de mai 68 ont pu avoir un si fort retentissement. Dans Wonder, François Bégaudeau aborde une histoire difficile et la rend abordable car il la raconte à hauteur humaine, avec cette jeune femme qui n’a rien d’une héroïne. Et en même temps, choisir justement une femme n’a rien d’un hasard puisque c’est aussi l’occasion de parler de l’émancipation féminine qui a eu lieu à cette époque.

Du point de vue des dessins, comme je ne suis pas une experte, je ne vais évidemment pas vous faire une analyse fouillée. Je me contenterais de dire que j’ai beaucoup aimé le traitement de la couleur et l’usage du noir et blanc que fait Elodie Durand. Les dessins rendent compte avec beaucoup d’efficacité des émotions de Renée. Le début est plutôt réaliste et minimaliste car elle travaille encore à l’usine. Par la suite, le dessin prend plus d’ampleur et la couleur se libère, ce qui est en parfaite cohérence avec la manière dont Renée évolue. Il y a même plusieurs pages très émouvantes avec une pure tendresse.

Wonder est vraiment une excellente BD avec une très belle histoire qui vaut le détour. Même si vous n’êtes pas spécialement fan de BD, c’est l’occasion de découvrir le genre de choses que les artistes de BD sont capables de livrer. Vous serez forcément émus par le parcours de Renée. Par ailleurs, c’est aussi l’occasion de se pencher sur une période de l’histoire moderne (mai 68) qui est très peu traitée par la fiction et c’est bien dommage. Wonder prouve qu’il y a encore beaucoup de choses à dire et écrire sur cette période passionnante. Et quand on s’y prend bien, l’histoire raisonne particulièrement avec la période de doute que nous vivons actuellement.

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2 commentaires pour Wonder : quand la BD parle d’émancipation de la femme

  1. Bénédicte dit :

    Je ne lis pas autant de BD que je voudrais, mais celle-ci me tente pas mal !

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