Nos Années sauvages, roman de Karen Joy Fowler

Nos-annees-sauvagesJ’ai l’impression que presque tout le monde a déjà lu Nos Années Sauvages. Une impression largement due au fait que sur le net, tous les blogs littéraires ou presque ont parlé de ce livre pour dire tout le bien qu’ils en pensaient. En temps normal, une telle unanimité m’aurait fait peur, et c’est vrai que j’ai mis quelques mois avant de me décider à donner une chance à ce nouveau roman de Karen Joy Fowler. Pourquoi suis-je aussi bornée ? J’ai failli me priver d’une des plus merveilleuses lectures de ma vie, juste parce que j’étais suspicieuse à cause du succès de ce livre. Heureusement, le mal a été évité de peu et je peux à présent vous en dire plus sur un roman qui ne manquera pas de vous surprendre et de vous émouvoir au-delà de ce que les mots peuvent expliquer.

Rosemary n’est pas tout à fait comme les autres étudiantes de son âge. Elle rechigne à parler de sa famille, et d’une manière générale, elle ne parle pas beaucoup. Quand elle commence à mettre des mots sur son histoire familiale, c’est surtout l’absence qui se révèle : l’absence de son frère Lowell, l’absence de sa soeur Fern, le silence des parents… Pour échapper à l’absence, il faut convoquer la mémoire, les souvenirs enfouis et tenter de rebâtir les événements qui ont mené à l’éclatement de la famille et à l’isolement de Rosemary.

Comme presque tous les romans construits sur une idée extrêmement puissante, Nos Années sauvages est presque impossible à résumer. Une impossibilité largement due au caractère unique de ce roman et du sujet qu’il aborde. Mais pour que la magie du récit opère, il faut en savoir le moins possible et se laisser surprendre. En commençant ce roman, on n’a pas la moindre idée du sujet véritable qui ne sera révélé qu’assez tard. Et je mets tous les lecteurs au défi de réussir à deviner avant la révélation clef !

Sans aborder l’histoire trop en profondeur et sans vous spoiler le récit, je veux quand même vous dire que j’ai rarement été aussi émue par un livre. Non seulement ce roman dévoile une histoire puissante et des émotions intenses, mais encore il interpelle le lecteur avec intelligence. Nos Années sauvages questionne beaucoup de choses à commencer par la notion de famille, la notion d’amour, de compassion et même la notion d’humanité.

Karen Joy Fowler est une conteuse très habile. Avec un début de roman qui ne semble pas particulièrement palpitant, elle arrive quand même à plonger le lecteur dans une atmosphère unique. On sent qu’il se passe quelque chose, qu’on nous cache quelque chose, mais impossible de mettre le doigt dessus. Ce livre est bâti sur un tour de force : intéresser le lecteur en ne lui dévoilant même pas au départ de quoi on va parler.

L’histoire en elle-même est puissante, surtout parce qu’elle est basée sur des faits réels. On ne peut qu’être sincèrement ému par cette histoire et par ces personnages. Je me suis beaucoup projetée dans différents personnages, dans leurs douleurs et dans leurs détresses. Il y a vraiment eu des passages où j’étais agrippée au livre, les larmes aux yeux tellement les émotions déferlaient en moi sans que je puisse les garder à distance.

Je ne peux sincèrement que vous souhaiter de lire Nos Années sauvages. C’est un livre indispensable pour tout lecteur car c’est un très bon livre, un livre ambitieux, très bien écrit et très bien construit. Mais aussi et surtout parce que Karen Joy Fowler y touche quelque chose de fondamental de notre humanité : notre capacité à faire preuve de compassion et à l’étendre à ceux qui sont différents de nous.

Grâce à une rencontre organisée par les éditions Presses de la Cité qui ont publié le roman en France, j’ai eu la chance de discuter avec Karen Joy Fowler la semaine dernière lors de son passage à Paris. Elle dit volontiers de ce livre que c’est le plus autobiographique qu’elle a écrit et que, jusqu’ici, c’est celui qui a le plus compté pour elle. Moi, à l’autre bout du livre, en tant que lectrice, je comprends ce qu’elle veut dire et je partage complètement sa vision des choses. Il y a très peu de livres dans ma vie qui m’ont autant remué que celui-ci. C’est une chance, dans une vie de lecteur, de croiser un livre qui peut à ce point changer la vision qu’on porte sur le monde.

Je vous souhaite à tous une excellente lecture.

Publicités
Cet article a été publié dans Littérature étrangère. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Nos Années sauvages, roman de Karen Joy Fowler

  1. Whoua très bel avis ! Je le note sans hésiter =)

    J'aime

  2. Comment ne pas avoir envie de découvrir ce roman après une telle critique ?

    J'aime

  3. Ping : Les livres à retenir en 2016 : mon best-of | A livre ouvert

Vous en pensez quoi ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s