Jessica Jones : série télé inattendue mais hautement addictive

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En parallèle de mes nombreuses lectures en 2015, j’ai continué à être sur le qui-vive en matière d’adaptations à l’écran (cinéma et télévision confondues). Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’encore une fois les producteurs n’ont pas eu de scrupule à aller piocher dans les livres pour trouver de bonnes histoires. Netflix en particulier a poursuivi son offensive sur les comics en proposant une nouvelle série à ses abonnés : Jessica Jones. Le nom ne vous dit rien, c’est normal car cette histoire est relativement récente et très peu connue en France. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas intéressante, bien au contraire…

Si les premiers comics datent de la fin des années 1930, Jessica Jones est née en… 2001 ! Oui, c’était il y a pas longtemps. Issue de l’écurie Marvel, l’histoire est celle d’une jeune femme nommée Jessica Jones, qui vit seule à New York et gère sa propre agence de détective privée. Dans son bureau un peu sordide, jonché de cadavres de bouteilles d’alcool vides, elle enquête sur des maris volages ou autres cas peu passionnants. Et outre un bon sens de l’observation et son caractère bien trempé, Jessica dispose d’un atout majeur pour résoudre ses enquêtes : sa force surhumaine qui la rend pratiquement indestructible. Mais la force du corps ne fait pas tout… Et le jour où des parents viennent la voir pour enquêter sur la disparition mystérieuse de leur fille, les souvenirs du passé de Jessica remontent à la surface. Car la jeune fille disparue est en fait entre les mains de Kilgrave, un homme monstrueux aux pouvoirs psychiques étonnants. Kilgrave aime choisir de belles jeunes femmes et leur imposer sa volonté par la force de l’esprit. Il en fait alors ses compagnes pour quelques temps avant de s’en débarrasser violemment. Jessica, qui avait réussi à se défaire de son emprise, va devoir à nouveau se mesurer à lui si elle veut sauver la jeune innocente…

Imaginez l’ambiance sordide et mystérieuse du New York des années 1920, et mettez dans ce décor des super-héros. Vous obtenez à peu de choses près le style de la série Jessica Jones. Une franche réussite qui permet d’apporter pas mal de sang neuf, très loin des blockbusters de Marvel auxquels nous sommes maintenant habitués. Dès le générique de début (absolument sublime, tout en dessins), on est happé par une ambiance très particulière, assez lourde et à la gravité particulièrement intense. Autant le dire tout de suite : ce n’est pas une série dans laquelle on rigole beaucoup !

Je n’ai jamais lu les comics, donc je ne peux pas juger de la qualité de l’adaptation en elle-même. Mais j’ai quand même voulu vous parler de cette série parce que j’ai trouvé qu’elle avait de nombreuses qualités très intéressantes, notamment au sujet de son personnage central et des thèmes qu’elle développe. D’abord, le personnage principal est une femme, ce qui est tout de même très atypique dans l’univers Marvel (surtout dans les adaptations qui ont été faites au cinéma). Jessica a subi un lavage de cerveau, elle a été violée, elle a été forcée de tuer et de commettre d’autres crimes… C’est une personne brisée par des épreuves qui ne sont pas abordées d’habitude dans les séries télé. Elle n’a jamais vraiment réussi à se reconstruire et souffre clairement d’un syndrome de stress post-traumatique. Son alcoolisme et sa peur de baisser la garde la rendent assez « masculine », et pourtant c’est bien l’histoire d’une femme qu’on nous raconte. D’ailleurs, autour d’elle, plusieurs figures féminines émergent avec beaucoup de brio : sa meilleure amie (elle aussi hantée par de vieux démons), sa patronne (une avocate sans le moindre scrupule), et surtout Hope, la jeune fille enlevée qu’il faut sauver coûte que coûte. Toutes ces femmes doivent faire face à des épreuves, et elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes. On est bien loin du cliché de la jeune fille en détresse que le héro vient sauver !

Autre aspect très intéressant de la série, c’est son histoire. L’histoire est très bien faite, avec plusieurs retournements de situations qui la rendent hautement addictive et qui cassent habilement les codes de la série de super-héros. Jessica ne peut pas sauver tout le monde ; elle n’arrive déjà pas à se sauver elle-même. L’héroïne a aussi du mal à accepter de jouer pleinement son rôle. Elle ne pense pas être à la hauteur, pense qu’il vaut mieux rester dans l’ombre. C’est une madame tout le monde, avec des problèmes bien réalistes (si on fait abstraction du contexte).

Le fait qu’une série ose aborder le tabou du viol est aussi assez impressionnant. Le danger rôde, et il fait vraiment peur. D’ailleurs, le méchant n’est pas quelqu’un qui cogne fort ou qui impressionne par la violence de ses pouvoirs : c’est quelqu’un de froid mais de relativement normal, et il manipule l’esprit de ses victimes pour les mettre sous son contrôle. Ce danger-là fait froid dans le dos. On n’est pas du tout dans le registre des explosions à gogo, des scènes de course-poursuites avec de la tôle froissée ou des tirs de mitraillettes dans tous les coins : on est plongé dans une intrigue où effectivement on peut avoir peur.

Pour résumer, j’ai trouvé que cette série était vraiment d’une grande qualité. Elle a le mérite d’explorer des thèmes rarement évoqués dans les comics, et de le faire habilement. On découvre un personnage féminin qui a la carrure nécessaire pour porter à elle toute seule une histoire ambitieuse et originale. Un personnage féminin très rafraîchissant dans un univers où on a parfois l’impression que c’est le taux de testostérone qui décide de la qualité de l’intrigue !

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5 commentaires pour Jessica Jones : série télé inattendue mais hautement addictive

  1. Ta chronique est géniale, je suis bien d’accord avec toi sur pas mal de points. Mais personnellement j’ai été totalement subjuguée par Killgrave, assez troublée par tout ce qu’il représente… J’ai eu l’impression que moi aussi il me traînais dans sa folie, ce qui m’as permis de me sentir totalement en empathie avec Jessica!

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  2. J’avoue que j’aimerais bien regarder cette série – j’ai lu un article sur le « méchant », Killgrave, et je le trouve déjà fascinant. Malheureusement je n’ai jamais eu l’occasion de lire le comic!

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