Carthage, roman de Joyce Carol Oates

livre_galerie_282Un nouveau livre de l’américaine Joyce Carol Oates est toujours un événement littéraire attendu… de chacun des deux côtés de l’océan Atlantique. Et si, à ma très grande honte, j’ai surtout une connaissance superficielle de l’œuvre de la romancière, je dirais que j’éprouve quand même une très grande curiosité pour ses livres. Joyce Carol Oates, c’est un grand nombre de livres, une vision précise et lucide de l’Amérique. Un peu comme un Jim Harrison ou une Toni Morrison, elle a tracé son œuvre en se fondant d’abord sur ses talents d’observation et sa très grande force narrative. Les éditions Philippe Rey ont dévoilé le 1e octobre dernier son dernier roman en date : Carthage. Mais ne vous fiez pas au titre : c’est bien des Etats-Unis qu’il est question dans ce roman fleuve.

Carthage n’est pas seulement une cité de l’Antiquité détruite par l’armée romaine, c’est aussi le nom d’une petite ville du sud des Etats-Unis. Une ville a priori sans histoires, si ce n’est le même lot de drames et d’affaires quotidiennes que toutes les autres petites villes du pays. On croit en Dieu, on protège les valeurs américaines, on croit en la famille, on fait tout pour donner l’image de la perfection et montrer qu’on a réussi dans la vie. Zeno Mayfield n’est pas différent des autres hommes de la ville. Cet homme d’affaire respecté a même été maire de la ville. Pourtant l’image de la perfection vole en éclats lorsque sa plus jeune fille, Cressida, disparaît. Les recherches commencent, avec l’espoir de la retrouver. Mais les heures puis les jours passent, et c’est l’enquête qui prend le relais. Une enquête qui va mettre à jour un suspect : Brett Kincaid. Cette ancienne gloire du lycée local est revenu de la guerre d’Irak brisé physiquement et mentalement. Les médicaments et l’alcool sont désormais son lot quotidien, bien loin de la réussite sociale qui lui était promise avant de s’engager dans l’armée. Une réussite dont faisait partie Juliet Mayfield, la sœur aînée de Cressida, qui était fiancée avec Brett. Quels sont les liens entre Brett et Cressida ? Quel a été son rôle dans la disparition de la jeune fille ? Un drame exige un coupable, et ce pourrait bien être Brett Kincaid…

Si le résumé vous laisse penser que ce livre est une histoire policière, c’est que le roman repose sur une ambiguïté : il commence comme un fait divers dont on essaye de résoudre l’énigme, mais il s’agit en fait d’un drame social qui va permettre de passer au crible chacun des protagonistes. En cela, le roman est très ambitieux et se découpe d’ailleurs en trois parties : celle du « fait divers », une seconde qui s’intéresse à ce qui se passe après, et enfin une résolution qui n’en est pas vraiment une, car après tout les happy end ne peuvent pas arriver après un drame pareil. La leçon donnée par Joyce Carol Oates est rude mais lucide.

Pour être tout à fait franche, j’ai adoré la première partie du roman que j’ai trouvé palpitante et très bien construite. Le suspens monte et on suit de très près les personnages qui sont en proie à l’angoisse à l’idée de perdre leur enfant, leur sœur. Mais la seconde partie ne m’a pas du tout séduite, et du coup j’ai entamé la dernière partie avec peu d’enthousiasme malgré les qualités objectives de cette partie du récit. Dans l’ensemble, j’ai trouvé que le livre était trop long et même parfois inutilement compliqué. Il repose pourtant sur une excellente idée, mais la toile d’araignée qui se dresse autour a eu un effet un peu soporifique sur moi.

Ce livre me laisse donc un arrière-goût amer. Certains aspects étaient brillants, et on ne peut qu’être scotché par la finesse des portraits dressés par Joyce Carol Oates. Ses personnages sont tous très réussis, notamment celui de Brett qui est touchant et dont on sent bien l’impact des drames subis à la guerre. De la même façon, l’idée de partir d’un fait divers pour brosser le portrait d’une Amérique en proie au doute, et où on ne discerne plus clairement les limites entre le bien et le mal, est excellente et très bien menée. Mais entre les deux, le dispositif narratif m’a un peu perdue en route.

Si vous êtes habitué au style de Joyce Carol Oates ou bien que vous êtes vraiment intéressé par l’Amérique contemporaine, Carthage est un roman qui ne vous décevra pas car il est effectivement très fort. Pour ceux qui recherchent une lecture « facile », je pense par contre que ce livre ne soulèvera pas votre enthousiasme.

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