Le Crime du comte Neville, roman d’Amélie Nothomb

51kpjJsF+IL._SX308_BO1,204,203,200_La rentrée littéraire ne serait pas vraiment la même sans un nouveau livre d’Amélie Nothomb. Et cette année, je suis particulièrement heureuse car le livre est court, ce qui me permet de respirer un peu entre deux gros pavés ! Mais qu’importe la longueur pourvu qu’on ait l’ivresse des mots, et à ce jeu-là, la romancière belge ne manque jamais d’imagination ! J’étais d’autant plus curieuse de découvrir ce livre que ça fait quelques années que je n’ai pas lu de livre d’Amélie Nothomb. Le constat est sans appel : je me suis tout de suite sentie en territoire connu avec Le Crime du comte Neville. J’ai retrouvé le sens de l’humour particulier de Nothomb, son sens de l’absurde et son écriture ciselée.

Le comte Neville est un homme de son temps, mais il respecte aussi les traditions. Bien sûr, le XXIe siècle a apporté pas mal de choses (dont le confort), mais il reste très attaché à deux choses un peu désuètes : son château et l’art de recevoir. Pour ce qui est du château, les choses sont mal parties car la famille du comte est ruinée et doit se résoudre à vendre la propriété. Mais il reste l’art de recevoir auquel se raccroché comme à une bouée de sauvetage, et Neville décide donc d’organiser une dernière garden party sur sa propriété, comme un ultime tour de piste pour célébrer un art de vivre en train de disparaître. Les choses prennent un tour moins festif lorsqu’une diseuse de bonne aventure annonce à Neville qu’il va tuer l’un de ses invités pendant sa fête. Et le pauvre comte tombe carrément de Charybde en Silla lorsque sa plus jeune fille lui demande de la tuer elle car elle ne supporte plus de vivre. Entre l’adolescente en pleine crise existentielle, le poids du destin et les préparatifs de la fête, le pauvre homme va devoir faire preuve de flegme.

Je ne vous ferais pas le topo sur l’histoire d’Oscar Wilde dont Amélie Nothomb s’est inspirée pour écrire ce livre : les médias en ont déjà largement parlé, et surtout elle en parle elle-même dans le livre. Non, ce qui m’intéresse dans ce livre, c’est à la fois son idée de départ, à la fois simple et absurde, et son format très court.

Pour commencer par l’histoire, il faut dire que le livre entre dès les premières pages dans le vif du sujet, et très rapidement la « prophétie » est lancée, jetant le personnage principal dans les affres de l’inquiétude, et le lecteur dans un suspens jubilatoire. L’histoire alterne habilement entre le sens du drame et le sens de l’humour, mêlant les sentiments du père et ceux de la fille dans un équilibre passionnant. D’un côté, Neville est terrifié à l’idée de devenir un meurtrier, de l’autre il est affolé par le fait qu’assassiner l’un de ses convives est indigne d’un hôte qui se respecte. Dans l’équation, les problèmes émotionnels de la fille apportent encore une dimension supplémentaire à ce problème déjà bien compliqué. Du coup, comme dans un match de tennis, le lecteur n’arrête pas de tourner la tête pour suivre le raisonnement de Neville : doit-il se soumettre à son destin ? ou doit-il se rebeller contre ce qui est prévu ?

L’autre aspect passionnant dans cette histoire, c’est le format très resserré choisi par Amélie Nothomb : 135 pages montre en main, ça se lit en une soirée sans difficulté. J’ai entendu des critiques contre ce format, et je les trouve injustifiées. Déjà, il y en a assez de ce snobisme typiquement français contre les formats courts en général, et la nouvelle en particulier. Ce « roman » est peut-être plutôt une nouvelle, mais je préfère une bonne nouvelle à un mauvais roman. Et il n’y a pas de gloire particulière a infliger 500 pages de médiocrité au lecteur, là où 135 pages efficaces suffisent à raconter une bonne histoire ! Bien au contraire de ces critiques mal placées, je trouve que ce format est judicieux : le lecteur n’a pas le temps de se poser trop de questions (notamment celle de la crédibilité de la prophétie) que déjà l’histoire est lancée. Du coup, l’histoire fonctionne comme un crescendo très prenant. Personnellement, je voyais que je me rapprochais de la fin, et Neville n’avais toujours pas pris de décision. Une certaine angoisse s’est emparé de moi à mesure que je me rapprochais de la fin, bien consciente que le temps imparti au personnage touchait à sa fin et qu’on se rapprochait du moment du meurtre. Le lecteur se laisse prendre au jeu, et cette sensation est encore renforcée par le fait qu’on peut lire le livre d’une seule traite, ce qui accentue encore l’effet de suspens. Le choix du format court est donc terriblement efficace, et cela joue très fortement sur l’expérience de lecture.

Du côté des points négatifs, je dirais juste que la fin m’a semblé un peu trop courte. J’étais légèrement frustrée de ne pas avoir plus de temps narratif accordé à la fin, qui est pour le coup un peu brutale. Mais j’imagine que c’est toujours un peu comme ça : quand on aime un livre, on an envie de le prolonger le plus longtemps possible. Et l’écriture d’Amélie Nothomb est tellement plaisante qu’on se laisse prendre facilement, ce qui rend l’atterrissage en fin de lecture un peu rude !

Je vous recommande donc de découvrir cette nouvelle cuvée Nothomb. Le livre est drôle et surprenant, et avec si peu de pages, c’est une lecture qui ne vous prendra pas beaucoup de temps. Ce serait dommage de passer à côté !

 

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5 commentaires pour Le Crime du comte Neville, roman d’Amélie Nothomb

  1. WordsAndPeace dit :

    merci, j’ajoute à ma liste

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