Blasmusikpop, comédie de Vea Kaiser

largeInutile de dire qu’avec un titre pareil, le mail du service presse ne pouvait pas passer inaperçu ! D’autant que je ne parle pas un mot d’allemand ! Mais une fois la stupeur du titre passée, la curiosité de la couverture dépassée, je me suis simplement laissée aller à imaginer de quoi un tel roman pouvait bien parler : Blasmusikpop, ça parle de musique peut-être ? Disons que Vea Kaiser aime garder le suspens, car même après cinquante pages lues, je ne voyais pas très bien dans quel sens l’histoire se dirigeait. Mais rapidement, la curiosité du lecteur prend le relais, et la patience est récompensée par l’une des meilleures comédies de l’année. Un livre à lire à tout prix pour rigoler un bon coup et prendre le temps de méditer sur l’absurdité de notre monde. Bref, ce premier roman de Vea Kaiser est une bulle de légèreté bienvenue dans la grisaille du quotidien. Et c’est certainement l’un des livres les plus surprenants de cette rentrée littéraire 2015.

Difficile de résumer l’histoire. Mais puisqu’il faut bien un début, commençons par Johannes, un sculpteur sur bois qui habite un petit village perdu dans les montagnes alpines. Ayant contracté un ver solitaire, notre gentil garçon va commencer à s’intéresser aux vers, puis à la médecine, puis il va carrément décider de quitter son village (et accessoirement sa femme et leur enfant) pour aller à a ville faire des études et devenir médecin. Des années plus tard, il revient s’établir dans son petit village natal pour découvrir qu’un fossé s’est creusé entre lui et les autres habitants qui le prennent désormais pour un « péteu »alors que lui-même se rend compte à quel point ils sont limités et refusent d’entrer dans la marche du monde moderne. Seule exception à ce jugement, son petit-fils, qui se prénomme comme lui Johannes. Le jeune Johannes a un esprit très développé. Très intelligent pour son âge, il fait la fierté de son grand-père et semble suivre ses traces académiques (au grand dam de ses parents qui ne comprennent pas grand-chose à Hérodote). Le drame survient lorsque, contre toute attente, Johannes est recalé au bac. Que faire de son été ? Pourquoi ne pas en profiter pour étudier les mœurs des villageois ? Sauf que le projet va un peu changer de cap avec la préparation d’un événement inattendu qui met le village sans dessus dessous : un match de football. Hérodote n’a qu’à bien se tenir !

Bon, ce résumé est extrêmement long, et de toute manière, le mieux c’est encore de lire le livre pour comprendre réellement de quoi ça parle. Car ce livre est très dense (dans le meilleur sens du terme) : il brasse de nombreux thèmes, de nombreux personnages, le tout dans une joyeuse fantaisie qui ne laisse aucun doute sur le fait que la romancière a dû prendre un malin plaisir à écrire ce roman. C’est vrai que l’histoire est un peu longue à se mettre en place, mais c’est aussi parce que la volonté de Vea Kaiser, c’est de ménager des surprises à son lecteur. Elle nous fait croire que l’histoire va dans une direction pour en fait changer de cap et déstabiliser le lecteur. Le mot d’ordre est donc : restons aux aguets, d’autant qu’il y a des rebondissements jusqu’à la toute fin !

Dans ce roman, on revit allègrement la querelle des Anciens et des Modernes. Le monde moderne et celui des traditions rentrent en collision, et le jeune Johannes sert un peu d’arbitre (malgré lui) entre deux époques temporelles qui n’ont pas grand-chose en commun… enfin, c’est ce qu’on croit, mais les apparences pourraient être trompeuses. Dans ce livre, on parle aussi de l’intelligence, de l’éducation, et du snobisme qui peut exister dans les deux sens : les éduqués qui regardent de haut les barbares, les barbares qui ne voient pas l’utilité d’apprendre trop de chose. Au beau milieu de tout ça, on parle aussi avec beaucoup de tendresse de l’importance de la famille, de la chaleur de l’amour et de l’importance d’être fidèle à soi-même. Vea Kaiser rend notamment un bel hommage à toutes les personnes qui ont un rôle crucial dans nos vies, nous servant de mentors, de sources d’inspiration, et nous aidant donc à trouver notre chemin dans le vaste monde.

Outre les thèmes très forts qui font déjà de ce roman un livre à lire absolument, il faut aussi noter l’écriture, qui est un vrai tour de force à elle toute seule. Il convient d’ailleurs de saluer chaleureusement le travail de la traductrice qui mérite les applaudissements ainsi qu’une couronne de lauriers. Corinna Gepner a parfaitement réussi à traduire en français le patois des montagnards, et elle livre donc à l’appréciation des lecteurs français des répliques particulièrement savoureuses qui font tout le sel du roman. Ce ressort comique fonctionne tellement bien que l’on prend un malin plaisir à découvrir les dialogues des villageois, et leur voix semble curieusement présente dans notre esprit, comme s’ils parlaient juste à côté de nous. Je ne résiste d’ailleurs pas à vous offrir un morceau choisi :

« Johannes, porquoi qu’t’es aussi critique sur les Saint-Pétruciens ? Personne t’a jamais rin fait, hein, et pis tu peux pô savoir comment qu’ce s’ra. Laisse les gens décider ! Y sont pô tous crètins ! »

Voilà, c’est dit ! Ce roman doux-dingue mérite qu’on s’y attarde. En ce qui me concerne, c’est une très joyeuse découverte, et je suis sûre qu’il ne manquera pas de vous contaminer avec sa bonne humeur !

Blasmusikpop, de Vea Kaiser aux Presses de la Cité. 22€.

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