Balade au musée Colette en Bourgogne

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Je profite actuellement de mes vacances en me ressourçant dans ma famille, en Bourgogne. Mais comme le temps n’est pas franchement la fête, il a bien fallu trouver d’autres activités que le plein air. C’est donc par une somptueuse journée de pluie glaçante et venteuse que je me suis rendue au musée Colette de Saint-Sauveur-en-Puisaye, charmant petit village de l’Yonne dont le musée, installé dans un château tout en hauteur, domine le lieu de naissance de Colette et accueille les visiteurs.

Colette est devenue au fil du temps un visage relativement bien connu des lecteurs français… même si j’ai l’impression que son œuvre reste en arrière. Impression largement confirmée par le fait qu’en trois années d’études universitaires en Lettres Modernes, je ne l’ai pas étudié une seule fois ! Le musée qui lui est consacré dans le village de sa naissance n’est pas sa maison natale. Colette n’a jamais vécu dans ce bâtiment devenu musée. Sa maison natale se trouve dans le village (vous la trouverez tout naturellement rue Colette), on peut passer devant mais pas la visiter pour causes de travaux. A défaut d’être hanté pas le souvenir de Colette, le musée qui porte son nom essaye tout de même de faire revivre un peu de l’âme de la romancière. Avec un certain succès je dois dire.

Déjà, le cadre est beau : le château est superbe, avec de grandes pièces bien éclairées dans lesquelles on se promène avec plaisir. Au fil des pièces, on découvre de nombreuses photos, beaucoup d’objets qui ont appartenu à l’écrivain et des photocopies de certains de ses manuscrits. Une pièce entière est consacrée au rapport que Colette entretenait avec la publicité ; véritable star de son époque, son nom faisait vendre des cigarettes, du parfum, du Perrier et même des voitures ! Ce qui semble tout à fait incroyable de nos jours, alors que les romanciers sont cantonnés aux colonnes littéraires des magazines.

Deux pièces de son célèbre appartement du Palais Royal à Paris ont aussi été recrées avec beaucoup de succès. Le mobilier est à sa place exacte, les objets décoratifs ne manquent pas, et lorsqu’on aperçoit le chevalet d’écriture posté près du lit, on s’attend presque à ce que Colette surgisse dans la pièce. Dans la dernière pièce de visite au deuxième étage, un film est projeté pour faire découvrir aux visiteurs, à grand renfort d’images d’archives, la vie de Colette, femme tumultueuse et sulfureuse. Les témoignages sont touchants (Joseph Kessel évoque, ébahi, à quel point la romancière n’aime pas lire tandis que Cocteau parle avec tendresse de cette vieille dame qui est aussi sa voisine), mais pas autant que la voix de Colette. Entendre « pour de vrai » la voix de Colette est une émotion très forte, presque aussi vibrante que son accent bourguignon qui fait rouler les sons de sa voix avec une franche espièglerie. Elle l’avoue elle-même : « En chemin, je me suis beaucoup amusée ».

Lors de la visite, j’ai eu trois coups de cœur : d’abord, l’escalier dont chaque marche porte le titre d’un roman de Colette. Ensuite, sur le palier du deuxième étage, un montage de photo fondues/enchaînées projette contre le mur les yeux de Colette au fil du temps. On voit son regard changer avec l’âge qui vient, mais ils gardent toujours cette vivacité teintée d’une certaine tendresse. Le troisième coup de cœur est le grand coup de génie du musée : la bibliothèque imaginaire. Cette superbe pièce a été imaginée sur un principe très ludique : plein de « faux livres » se trouvent sur les rayonnages de la pièce. Leurs couvertures ne comportent pas de titre, et à l’intérieur, il n’y a que quelques pages : le titre d’un roman de Colette suivi d’un extrait. L’idée m’a séduite car elle invite le visiteur à découvrir la bibliothèque, à picorer au fil des livres et à se familiariser avec l’œuvre de Colette d’une manière agréable et détournée.

Ce musée s’attarde plus à la vie de femme qu’à la vie d’écrivain, certainement la faute aux fonds du musée qui doivent être insuffisants. Le musée a d’ailleurs été créé à l’initiative de la fille de Colette qui souhaitait qu’un musée existe pour rendre hommage à sa mère dans son village natal. Je pense que le musée gagnerait à exploiter l’héritage littéraire et à donner plus d’informations par exemple sur les différents romans de Colette. Mais l’un dans l’autre, ce musée grand public est très plaisant et ce fut une belle visite. Il a le mérite de faire revivre un peu de l’esprit facétieux de Colette, cette figure féminine incontournable de la littérature française moderne.

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2 commentaires pour Balade au musée Colette en Bourgogne

  1. Merci pour ton billet 🙂 J’ai commencé à lire du Colette il n’y a pas si longtemps, et j’ai plutôt bien accroché. J’ignorais qu’il existait un musée Colette, il pourrait m’intéresser (d’autant plus que j’aime beaucoup les manoirs/châteaux, les vieilles pierres, ce qui ne gâche rien).

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