Le Prestige : cas unique d’un film qui dépasse le roman dont il est tiré

Le_PrestigeAujourd’hui, on parle de cinéma mais surtout de l’adaptation de romans au cinéma. Très souvent, les lecteurs ont une vision assez négative de l’adaptation d’un livre car traditionnellement, c’est assez mal fait ! Il reste toujours des détails du livres sur le carreau, l’acteur ne ressemble pas assez au personnage, ou même parfois le réalisateur ne semble pas comprendre de quoi parle son histoire. L’histoire du cinéma regorge de romans mal adaptés en films qui ont laissé un sentiment de détresse émotionnelle aux lecteurs malheureux. Pourtant, je connais une exception : Le Prestige, film réalisé par Chris Nolan et adapté du roman éponyme de Christopher Priest.

Le Prestige, c’est l’histoire de deux magiciens dans le Londres de la fin du XIXe siècle. Alfred est discret, attentif aux détails et rêve de réussir le tour parfait tandis que Robert est plus attiré par les feux de la rampe, le sens du spectacle et le fait de couper le souffle au public. Les deux jeunes hommes font leur classe auprès du même professeur, un ingénieur qui a le don d’inventer des tours fabuleux. Mais le jour où la femme de Robert meurt sur scène à cause d’un tour qui a mal tourné, il reporte sa colère sur Alfred, qu’il croit responsable de l’accident. L’admiration mutuelle teintée de jalousie va peu à peu se transformer en compétition acharnée puis en lutte à mort. Pour être le meilleur magicien, les deux hommes sont prêts à tout. Mais l’illusion a toujours un prix, et chacun d’eux devra payer un lourd tribu pour atteindre le sommet de leur art…

Si l’intrigue du film est assez facile à résumer, c’est que contrairement au roman, elle est très ramassée. J’ai lu le roman de Christopher Priest après avoir vu ce film, tellement je l’avais aimé justement. Et quelle ne fut pas ma surprise ! Dès les premières pages, j’avais l’impression de m’être trompée de livre car l’histoire n’avait pas grand chose à voir. Le roman offre plusieurs lignes narratives, suivant la rivalité des deux magiciens mais aussi celle de leur descendance, le tout dans une écriture qui tisse sa toile autour du lecteur pour le prendre au piège d’une histoire à tiroirs qui ménage beaucoup de rebondissements. Un vrai bonheur ! Et aussi une histoire impossible à adapter tel quel sur grand écran. Du coup, les frères Nolan (Chris le réalisateur et Jonathan le scénariste) ont eu une brillante idée : ne prendre que l’intrigue qui les intéresserait le plus. Ce n’est certes pas respectueux de la complexité narrative du roman, mais cela donne un film qui est tout à fait dans l’esprit du livre. Et c’est peut-être mieux. Car si vous n’avez pas lu le roman, vous ne voyez pas la différence ; et si vous l’avez lu, vous allez de surprise en surprise, connaissant l’histoire mais vous sentant étrangement perdu quand même. Une réussite !

Ce n’est d’ailleurs pas anodin que les frères Nolan aient choisi cette histoire. Elle leur sert de prétexte pour ce qui est non seulement le thème directeur de leur travail cinématographique, mais aussi une obsession personnelle. Depuis le début de leur filmographie commune, ils sont obsédés par l’illusion, les faux-semblants… bref le cinéma et son pouvoir de fascination qui nous fait croire à des choses qui n’existent pas. Un thème qui sera abordé frontalement et de manière complète avec Inception, dont Le Prestige est un peu une sorte de préface.

Ce film est pour moi la meilleure adaptation jamais réalisée d’un roman. Il est riche, bien pensé, respectueux de l’oeuvre d’origine tout en étant capable de prendre un peu de champ. Le casting aide aussi beaucoup. Jugez plutôt : Christian Bale, Hugh Jackman, Michale Caine, Scarlett Johansson et David Bowie, invité prestigieux chargé d’incarner Nicolas Tesla lui-même ! Rien à dire sur la mise en scène, à part qu’elle est tout à fait maîtrisée et qu’elle ménage un suspens haletant, le tout servi dans une esthétique qui révèle avec brio l’inquiétante étrangeté du monde du théâtre.

Un mot encore : ce film, tout comme le roman dont il est issu, verse dans la science-fiction. Ne vous attendez pas à rester dans le monde réel car au contraire vous allez passer du côté des illusions.

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4 commentaires pour Le Prestige : cas unique d’un film qui dépasse le roman dont il est tiré

  1. Anne de LLN dit :

    J’avais adoré Inception. Et s’il est vrai que rares sont les films qui ne m’ont pas déçus après la lecture du roman, il y a des exceptions et la première est « Le silence des agneaux » : j’avais été bluffée par le roman et tout autant par le film qui en a été tiré et qui en est si proche. La seconde exception est « Le seigneur des anneaux ». Fan de la trilogie que j’ai lue trois fois, c’est vous dire si j’étais attentive à ce qu’un réalisateur pouvait en faire ! Rt je pense qu’on est dans le cas que vous évoquez plus haut. Les films ont apporté une nouvelle dimension aux livres qui pourtant étaient si complets, une dimension telle que je n’aurais jamais pensé la voir un jour. C’est tellement fort au niveau de la mise en scène, des costumes, des effets spéciaux. Il y a certainement d’autres cas de bonnes adaptations mais comme vous dites, elles sont rares !

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  2. C’est probablement l’un de mes films préférés !!! J’adore, on ne s’en lasse pas. Et je pense sincèrement que plusieurs visionnages sont nécessaires et complémentaires pour bien saisir la complexité de l’intrigue. Est-ce que tu me recommandes le livre, du coup ?

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