Le Château, premier tome d’une trilogie à suivre par Edward Carey

9782246811855-X_0Bonjour à tous. Souvenez-vous, en début de mois, je vous avais parlé d’un roman à paraître chez Grasset qui me semblait très prometteur : Le Château, un roman écrit et illustré par Edward Carey. Ce roman aux allures de conte gothique avait retenu mon attention parce que l’histoire avait l’air particulièrement originale, assez déjantée, bref tout à fait dans l’esprit de la littérature anglaise que j’aime tant. Ma curiosité a été assouvie le jour où le service de presse de Grasset m’a envoyé un exemplaire du livre, et je dois avouer que je n’ai pas été déçue : j’ai littéralement dévoré ce livre en seulement trois soirs (le livre fait 453 pages !), et une fois la lecture terminée je n’avais plus qu’une idée, lire la suite à tout prix. Parce que oui, Le Château est le premier tome d’une trilogie. Mais commençons par le commencement.

Le Château est le nom donné à la demeure des Ferrayor, une très riche famille qui vit là depuis des générations, non loin de Londres. Mais ne pensez pas que le Château est un endroit doré et magnifique ; c’est une demeure gigantesque et vétuste, assez mal en point, qui se dresse au milieu d’une immense déchetterie abritant tous les rebuts de Londres. La famille, qui compte un grand nombre de membres, compte une armée de serviteurs à son service, et tous vivent enfermés dans le Château, dirigés par ses règles strictes. Là où cela commence à devenir bizarre, c’est qu’à la naissance, chaque membre de la famille Ferrayor se voit remettre un objet qui le suivra toute sa vie. Un objet souvent sans la moindre beauté, assez surprenant, mais avec lequel il tissera un lien intime inexplicable. Là où cela devient encore plus bizarre, c’est que le jeune Clod Ferrayor peut entendre parler tous ces objets. Avec Lucy Pennant, une orpheline amenée au Château pour devenir domestique, Clod va tenter de lever le voile sur les nombreux mystères de la demeure et de sa famille.

Difficile de résumer cet excellent roman : il faut en dire assez pour que vous compreniez de quoi ça parle, mais je ne veux pas non plus vous dévoiler toute l’histoire. Cette histoire fonctionne avec deux voix : des chapitres racontés par Clod, et d’autres chapitres où c’est Lucy qui nous raconte son histoire. Et au deux niveaux (l’étage des maîtres et celui des domestiques), le mystère rôde avec inquiétude. Le bizarre est présent à chaque page et le lecteur pénètre dans un univers très original, bien construit, fascinant, que l’on n’a pas envie de quitter.

Edward Carey nous propose une histoire qui est très bien pensée et très bien menée. On alterne entre des mystères à résoudre, des personnages secondaires délirants, un style gothique assumé et une bonne dose d’humour. Si l’ensemble présente une esthétique gothique, je dois tout de même préciser que l’auteur prend des libertés car l’histoire n’est absolument pas noire ou triste. C‘est au contraire une espèce de joyeuse étrangeté qui rappelle les meilleurs films de Tim Burton (et même si c’est devenu très à la mode de citer Tim Burton en référence, le lien est particulièrement pertinent ici). Ce livre est très bien écrit, très bien rythmé, et on plonge dedans avec une très grande facilité. Plus on découvre l’univers des Ferrayor et plus on a envie d’en apprendre encore plus. Le fait que les chapitres alternent entre deux points de vue crée encore plus de suspens et il est très dur de lâcher ce roman une fois qu’on en a commencé la lecture.

Autre élément qui rythme la lecture, ce sont les illustrations de la main de l’auteur. Entre des chapitres, le lecteur découvre les dessins de certains personnages. La couverture est aussi dessinée par Edward Carey. L’ensemble des illustrations fait de ce livre un bel objet que l’on a plaisir à manipuler, car on découvre les illustrations au gré de la lecture un peu comme des surprises. Mais cela permet aussi de donner à voir la vision que l’auteur a de son univers. Edward Carey propose en effet un monde très bien construit : jusque dans les moindres détails, l’ensemble est cohérent et efficace. Il offre une grande richesse qui permet de faire de ce livre une sorte de gigantesque fresque face à laquelle on ne sait plus où diriger le regard tellement tout nous semble extraordinaire.

Outre l’écriture très soignée et l’univers réussi, j’ai beaucoup apprécié les personnages. Clod et Lucy sont des petits fouineurs que l’on suit avec plaisir. Et même si Lucy est la plus dégourdi, le côté un peu lunaire de Clod le rend d’autant plus attachant. Le pauvre garçon qui se croit fou à cause de son don d’entendre parler les objets va finalement découvrir la vérité sur lui-même, et ce retournement l’amène à être plus actif dans l’intrigue, moins en attente. Autour de nos deux personnages, il y a tout une galerie de personnages tout à fait loufoques, certains drôles, touchants, chaleureux, d’autres au contraire froids, cruels, inquiétants. Les grands-parents sont particulièrement réussis, et même si on ne les voit pas beaucoup, ils arrivent à frapper l’imaginaire du lecteur avec beaucoup de force.

Le point fort essentiel de cette lecture, c’est que tout se tient très bien. Rien n’est invraisemblable car dans cet univers, tout est parfaitement cohérent, et le lecteur finit par accepter les choses les plus bizarres comme s’il s’agissait d’évidences de la vie quotidienne. J’ai donc pris un énorme plaisir à découvrir cet univers fantastique pendant ma lecture. J’ai malheureusement été assez frustrée par la fin (qui est d’ailleurs un magnifique coup de théâtre !) car elle appelle une suite et j’avais envie de tout de suite la connaître. Je ne suis pas une lectrice patiente !

Je ne sais pas encore à quelle date les deux prochains tomes paraîtrons, mais ce qui est certain, c’est que je les lirais avec un immense plaisir. Depuis le début de l’année, Le Château est l’un des deux meilleurs romans que j’ai lu (l’autre étant Fleurs Sauvages de Kimberley Freeman). Je pense que ce roman peut plaire à un très grand nombre de lecteurs : ceux qui aiment les univers originaux, ceux qui apprécient la littérature anglaise, les fans de littérature gothique et/ou fantastique, les ados comme les adultes. On passe un très bon moment dans cette histoire pour finir par la quitter à regret. Mais n’est-ce pas justement à ce sentiment que l’on reconnaît les bons livres ?

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8 commentaires pour Le Château, premier tome d’une trilogie à suivre par Edward Carey

  1. Anne de LLN dit :

    Et bien, ça donne très envie : l’anniversaire de ma nièce arrive bientôt (elle aura 11 ans) : j’espère que c’est un livre qui pourra lui convenir. Qu’en pensez-vous ?

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  2. Il est dans ma PAL, et je suis impatiente de l’en sortir !!

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  3. Ping : Le best of de mes lectures 2015 | A livre ouvert

  4. Fabien dit :

    Très belle histoire!! Je n’ai pas lâché le livre d’une semelle. Bravo à edward Carey !

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  5. Ping : La Ville, roman d’Edward Carey | A livre ouvert

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