La Nuit des trente : un premier roman d’Eric Metzger

la nuit des trenteChaque mois ou presque, je rencontre de belles surprises sur mon chemin de lectrice. En février, la surprise est venue sous la forme d’un premier roman plutôt réussi : La nuit des trente écrit par Eric Metzger, disponible aux éditions Gallimard dans la collection L’Arpenteur. Et ce nom d’arpenteur va comme un gant à ce road-movie intimiste dans lequel les rues de Paris offrent une parenthèse enchantée à un jeune homme en pleine crise de la trentaine.

Autant l’avouer tout de suite : les premiers romans ne sont pas mon domaine de prédilection. Pas que je ne les aime pas ; juste que c’est un art délicat de trouver les bons, dénicher les merveilles au milieu des fantasmes d’auteurs sans talent. Si ce roman en particulier a attiré ma curiosité, c’est tout simplement parce qu’Eric Metzger et moi avons un point en commun : nous sommes tous les deux nés en 1984. Donc, il a eu trente ans l’année dernière, et moi aussi. Expérience troublante que j’ai attendue avec plus d’anxiété que je n’étais prête à l’admettre, pour finalement passer ce moment sans que rien ne se passe… ou presque.

La Nuit des trente emmène le lecteur sur les pas de Félix, un jeune homme dont c’est justement l’anniversaire. Il a trente ans aujourd’hui. Mais aujourd’hui est un jour comme les autres ; son anniversaire est un non-événement. D’ailleurs, il n’a pas prévenu ses collègues. Du coup, quand ces derniers lui proposent d’aller boire un verre après le boulot, il décide d’accepter, plus pour passer un bon moment avec eux que dans l’idée de se lancer dans une soirée festive. Mais de fil en aiguille, de verre en verre, la soirée va bel et bien se lancer. Plusieurs bars, plusieurs rencontres, plusieurs moments de réflexion sur sa vie, quelques flashbacks de son fantôme personnel… et Felix se retrouve à cheminer dans les rues de Paris pour la nuit entière. Cheminement géographique et cheminement émotionnel auxquels le lecteur est convié.

Dès le début, je me suis prise au jeu de piste dans lequel Félix nos embarque. L’écriture est simple sans être simpliste, même si certaines phrases sont un peu guindées. D’ailleurs, je n’ai pas réussi à me décider et je ne suis pas certaine que ce ne soit pas justement fait exprès : jeter quelques phrases légèrement snob pour tester le lecteur et voir jusqu’où on peut soutenir le personnage principal. Plusieurs fois dans les dialogues, Félix joue à faire le malin, crânant comme un étudiant de fac qui tenterait d’épater la galerie. Il y a une certaine ambiguïté dans l’écriture qui n’est pas faite pour être résolue : c’est au lecteur de se faire sa propre opinion.

Pour le reste, c’est très bien écrit, bien rythmé, la narration est tout à fait maîtrisée et se paye même l’audace d’un coup de théâtre extrêmement judicieux à la toute fin du livre. Mais je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le suspens. On sent qu’Eric Metzger était certain de son sujet. D’ailleurs, le format est court (presque plus proche d’une nouvelle que d’un roman) et très efficace. L’auteur ne recherche pas les fioritures, ne veut pas se lancer dans des débats pseudo-philosophiques sur la trentaine. Mais il réussit un double exploit, selon moi : d’abord il aborde le sujet très à la mode des trentenaires sans tomber dans une nostalgie grotesque ; ensuite, son sujet est beaucoup plus universel qu’on ne pourrait le penser car il traite en fait des étapes de la vie, à n’importe quel âge que ce soit. Les trente ans sont les nouveaux quarante ans. A un moment, c’était très à la mode de parler de la crise de la quarantaine. Il y avait des sujets dans les magazines, des films… Désormais, ce qui est à la mode, c’est de faire sa crise de la trentaine. Les trentenaires seraient une bande de dépressifs rongés par la nostalgie, incapables de trouver leur place dans la société, gros consommateurs de bien culturels, accros aux réseaux sociaux mais incapables d’accepter les réalités de ce monde. Des espèces de sociopathes numériques. Mais cette mode est ridicule, et la crise de la trentaine n’a de vrai que la pression sociale que les médias font peser sur nos épaules, nous les enfants des années 1980.

En cela, le roman d’Eric Metzger ne cherche pas à surfer sur une mode ; il veut juste parler d’un homme confronté à sa propre vie, à un moment où, apparemment, on est sensé dresser un bilan à mi-parcours. Mais l’essentiel de l’histoire, c’est Félix lui-même, la personne qu’il est, sa capacité à être heureux, et pas du tout son âge. En tout cas, c’est comme ça que j’ai ressenti ce livre.

Juste pour refermer la parenthèse des trentenaire : comme je vous le disais, j’ai moi-même eu trente ans l’année dernière. Pas de crise existentielle à la clef, merci bien. A ceci près que j’ai plaqué mon boulot et que j’ai subitement décidé de me lancer en faisant ce que j’aime vraiment faire. Donc, j’idéalise peut-être un peu ce livre parce qu’il a trouvé un écho personnel en moi. Mai d’un autre côté, je pense qu’il peut parler à chaque lecteur, quelque soit son âge et quelle que puisse être sa trajectoire dans la vie.

En attendant qu’Eric Metzger publie un autre livre, je vous invite à découvrir celui-ci et je vous souhaite une très bonne lecture.

Publicités
Cet article, publié dans Littérature française, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour La Nuit des trente : un premier roman d’Eric Metzger

  1. Quaidesproses dit :

    Je l’ai beaucoup aimé également.

    J'aime

Vous en pensez quoi ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s