E-books ou pas e-books ?

Ebook

On m’a récemment posé la question : est-ce que tu lis sur tablette ? Et comme d’habitude, j’ai dit la vérité : non, je ne lis pas sur tablette. Mon interlocuteur, un peu surpris, a trouvé étrange que quelqu’un qui lit beaucoup, comme c’est mon cas, ne s’intéresse pas aux livres numériques. Je m’intéresse au contraire de très près aux livres numériques car ce marche en est encore à ses balbutiements et je trouve passionnant de voir comment les usages et la consommation des livres va changer dans les années à venir. Ceci dit, je ne me sens pas concernée en tant que lectrice, et je commence un peu à en avoir ras le bol qu’on me traite de réfractaire à la technologie juste parce que je continue de lire sur papier. Afin de clarifier ma position, j’ai décidé de lister les raisons qui m’empêchent de sauter le pas et de lire sur tablette.

Il y a déjà assez d’écrans dans ma vie

Je ne sais pas vous, mais entre l’ordinateur que j’ai en face de moi toute la journée, mon smartphone et ma télévision, je pense qu’il y a déjà assez d’écrans aux lumières artificielles dans ma vie. Je passe plusieurs heures par jour devant un écran, et je ne me fais pas trop d’illusions sur le fait qu’à un moment ou l’autre, je finirais obligée de porter des lunettes sous peine de me heurter violemment contre les murs de mon appartement. Ajouter de mon propre chef un écran supplémentaire, c’est cumuler encore plus d’heures de fatigue pour mes yeux. Le papier est moins agressif pour moi et beaucoup plus plaisant à manipuler.

Le prix des liseuses !

J’ai failli mettre plusieurs points d’exclamation, mais je ne voulais pas non plus passer pour une hystérique. Vous avez vu le prix d’une liseuse ? D’accord, les tarifs ont un peu baissé par rapport à il y a quelques années, mais ça reste quand même très cher, beaucoup plus cher que le prix d’un livre de poche. Je sais déjà qu’on va m’objecter un argument : avec ce seul support, on peut lire un nombre quasi illimité de livres ! Ce qui est sensé rentabilisé l’achat. Je ne suis pas tout à fait d’accord. Il faut être réaliste : ça dépend du lecteur que vous êtes et du nombre de livres que vous lisez dans l’année. Parlons franchement : d’un point de vue strictement financier, si vous lisez moins d’une dizaine de livres par an, je ne pense pas que la liseuse soit un choix judicieux. D’accord, dix livres, ce n’est pas grand-chose, mais les disparités sont énormes quand il s’agit des habitudes de lecture. Pour schématiser, on peut dire qu’il y a deux catégories de lecteurs : ceux qui lisent beaucoup et ceux qui ne lisent presque pas. D’après moi, la seconde catégorie n’a pratiquement aucun intérêt à investir dans une liseuse. Après, vous pouvez toujours investir dans une tablette qui vous servira  autre chose qu’à lire, mais alors il faut bien en revenir à mon constat : c’est que vous ne lisez pas beaucoup.

Le prix des livres !

Là encore, j’ai faille fracasser mon clavier en tapant frénétiquement sur la touche du point d’exclamation, mais j’ai réussi à prendre sur moi. Il y a un mois, j’ai reçu une newsletter de la Fnac avec une sélection de livres. Il s’agissait de nouveautés avec des romans français. Je vois le dernier livre de Virginie Despentes, Vernon Subutex, et je suis surprise par le prix : 13,99€. Je clique dessus, me disant que c’est un prix étrange pour un broché qui vient de sortir, et là j’arrive sur la fiche article du livre… électronique ! La version électronique est effectivement à 13,99€ tandis que la version papier (400 pages environ) est à 19,90€ !!! Cette fois, je mets sans scrupule plusieurs points d’exclamation. La différence de prix est si minime qu’elle confine carrément au vol. Qu’est-ce qui légitime un prix si élevé pour une version numérique étant donné que l’éditeur ne paye pas de support d’impression ? C’est tout l’enjeu des livres numériques : peu de frais dont plus de marge pour les éditeurs. Du coup, je trouve que c’est un peu un scandale, et pour seulement six euros de différence, je trouve que finalement, le livre papier n’est pas si cher. D’autant qu’il est vraiment à moi et je peux en faire ce que je veux.

Ici, on me fera remarquer qu’il existe des livres gratuits à télécharger : toutes les références qui sont tombées dans le domaine public. C’est-à-dire les vieilleries. Oh bien sûr, il y a de très bons livres à lire parmi les vieilleries, mais sont-ce vraiment les livres qui vous intéressent en priorité ? Avez-vous envie de lire l’intégral de Tolstoï pendant vos vacances à la plage ? Ou bien préférez-vous lire la dernière comédie romantique de l’année ? Quand c’est pas cher, il y a toujours une raison !

On ne prête pas sa liseuse

C’est évident, mais vu le prix d’une liseuse et surtout en considérant que c’est le seul support que l’on a pour lire, on ne risque pas de la prêter autour de soi pour faire découvrir un roman qu’on a apprécié. Les livres électroniques ne sont pas faits pour circuler, et si votre meilleure amie veut lire le roman que vous lui avez conseillé, elle devra simplement l’acheter, c’est-à-dire le télécharger à son tour. Je déteste ce principe pour la simple et bonne raison que ça casse la dimension sociale de la lecture et cela empêche les livres de circuler librement. A bien des égards, c’est un énorme retour en arrière : rappelez-vous que le livre de poche avait été inventé pour proposer un livre pas cher afin que le plus grand nombre de gens aient accès à la lecture, donc à la culture. Aujourd’hui, vous achetez votre liseuse près de 100€ puis vous payez vos livres numérique quasiment le même prix que les versions papier, et avec tout ça vous ne pouvez même pas le faire tourner autour de vous !

Comment fait-on quand la batterie est à plat ?!

Disons que j’arrive à la toute fin du Crime de l’Orient Express : Poirot vient de réunir dans le wagon restaurant tous les protagonistes de l’histoire, et il va enfin révéler le nom du coupable. C’est la première fois que je lis ce roman, et j’ai vraiment hâte de connaître le fin mot de l’histoire. Mais là : la batterie de ma liseuse tombe en panne ! Horreur car je n’ai pas la possibilité de la recharger ! Dommage pour moi, il me faudra patienter avant de connaître le dénouement. En tant que lectrice, il ne m’est tout simplement pas possible d’envisager un cas de figure comme celui-là. Le livre papier, lui au moins, ne me laissera pas tomber.

Le livre papier : vainqueur par K.O

Pa rapport à mon comportement de lectrice, je n’ai absolument aucun intérêt à passer sur un support numérique. Peut-être que quand le prix des e-books baissera je pourrais me reposer la question, mais pour l’instant, je suis catégorique et je reste fermement plantée sur ma position. J’ajoute qu’au-delà des points faibles des e-books que j’ai soulignés, il y a un aspect du livre papier dont je n’ai pas traité et que je trouve important : la possibilité de garder les livres et de fonder une bibliothèque personnelle. Ce n’est pas seulement l’esprit de collection, il s’agit aussi garder une trace, avec la possibilité que cette trace nous survive. Une bibliothèque est un peu comme une œuvre que l’on crée tout au long de notre vie de lecteur. Tout comme les auteurs, nous la constituons petit à petit. Cette idée me plait et je ne suis pas prête à l’abandonner au profit d’un disque dur qui archive des fichiers, mais pas des émotions.

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19 commentaires pour E-books ou pas e-books ?

  1. Quaidesproses dit :

    Cet article est parfait. Je partage tout du premier au dernier point .

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  2. Perso, j’ai adopté la liseuse, car avec les échanges auteurs des fois ça aide 😉 mais je comprends et soutien tout à fait la cause des livres 😛 En tout cas la liseuse de ta photo est top 😉

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  3. bookyboop dit :

    alors je suis d’accord avec toi à 100% ! sur tous les points sauf… un seul
    Le prix des livres électroniques: je travaille dans une maison d’édition depuis vraiment peu de temps mais s’il y a bien un truc que j’ai eu le temps d’apprendre c’est qu’il existe une loi qui OBLIGE les éditeurs à poser un prix UNIQUE (la loi lang) sur les livres numériques comme papiers, c’est d’ailleurs pour ça que le prix est imprimé sur le livre directement. S’il y a des différences de prix, c’est que le livre numérique et physique ne sont pas du même éditeur il me semble (mais je n’y mettrais pas ma main à couper !)

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    • uranie84 dit :

      Oui, je suis au courant pour le prix unique du livre. C’est d’ailleurs une grande chance que nous avons en France. Mais ce que je remarque, c’est que la différence de prix entre l’édition papier et l’édition numérique (même éditeur donc) n’est pas assez grande. 6€ seulement, je trouve que ce n’est pas assez. Et je ne comprends pas pourquoi le prix des livres numériques reste si élevé. Concrètement, l’éditeur n’a pas beaucoup de frais sur un e-book ? Si tu as des précisions sur le sujet, ça m’intéresse beaucoup. Et d’ailleurs, merci beaucoup pour ton commentaire !

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      • bookyboop dit :

        je pense que c’est toujours cette histoire de prix unique. En fait, la loi du prix unique touche même le domaine numérique, donc, quelque soit nos coûts, on ne peut toucher au prix du livre, même sur internet. Par exemple, si un livre est sorti en grand format, le livre numérique prend le prix du livre grand format. Quand le format de poche arrive, étant donné que c’est toujours l’édition du livre grand format qui a les droits sur le livre…c’est le prix du grand format qui reste en ebook ! ça n’a aucune logique ! Mais aujourd’hui, je me renseigne à la cafet aujourd’hui et je te répond quelque chose de plus sûr. xD

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      • uranie84 dit :

        Super ! Merci beaucoup pour ton aide. C’est très compliqué de trouver des infos claires sur le sujet. Très bonne journée à toi !

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      • bookyboop dit :

        Aloooors, après discussion à la cafet, voilà ce que je peux te dire: en gros, les numériques coûtent environ 20% de moins que les vrais livres tout simplement car n’est retiré du prix que le coût de la production d’un livre papier. Ainsi, les autres 80% se partagent entre l’éditeur, l’auteur, et le service de distribution ainsi que la TVA. voilà voilà.

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      • uranie84 dit :

        Génial ! Merci beaucoup pour ces précisions, tu est une super reporter de terrain ! Et maintenant au moins, le calcul du prix du livre numérique est plus clair pour moi !

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  4. Je suis entièrement de ton avis, surtout sur les bienfaits du livre papier 🙂 et je rajouterai un aspect important à mes yeux : je peux auto-évaluer l’avancée de ma lecture. Le livre papier me permet de sauter des pages, de compter combien de pages il me reste avant la fin du chapitre… On peut le faire avec un ebook, évidemment. Mais ce n’est quand même pas pareil. 🙂
    Bon, j’accorde à la tablette la praticité des transports en commun : ça passe quand même très bien dans un sac à main. Malgré ça, je ne pense pas que je suis prête à passer à la liseuse.

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    • uranie84 dit :

      Ah, moi aussi je regarde le nombre de pages qu’il reste ! C’est vrai que ce sont deux style de lecture très différents, et la liseuse peut être pratique… je ne suis juste pas prête à changer de mode de lecture (en plus des autres raisons que j’ai listé). Bien vu pour le sac à main ! Effectivement, ça a son importance !

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  5. J’aime beaucoup le ton de ton article. Ca me fait sourire et presque rire, et en plus je suis tout à fait d’accord avec toi. J’ai adopté la liseuse il y a quelques jours à peine, car il est vrai qu’elle a tout de même des avantages, mais je préfère le papier comme beaucoup. Après, un livre électronique reste cher pour ce qu’il est, mais ça s’en ressent dans le portefeuille (du moins pour une personne qui lit plusieurs livres par mois).
    Un article génial !!

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  6. Elisabeth dit :

    J’ aime beaucoup ton article ! Je suis aussi une fervente adepte du livre papier car j’aime un tas de choses : le voir , le toucher, le renifler , faire défiler ses pages entre les doigts . Il y a quelque chose de physique qui passe entre moi et le livre en plus du plaisir de la lecture que ne donne pas la liseuse ! Et puis la version papier me permet de traîner dans les librairies à la recherche du coup de coeur …

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    • uranie84 dit :

      Tu as complètement raison : il y a quelque chose de physique. Moi aussi j’adore l’odeur des livres, et se balader dans une librairie, c’est quand même plus sympa que de télécharger sur le web !!

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  7. Je suis tout à fait d’accord avec toi. Si la liseuse permet de stocker un nombre très important de lectures (c’est à peu près le seul avantage que je lui trouve), rien ne remplace l’odeur du livre, le fait de sentir les pages tourner entre ses doigts etc. Et puis j’en ai aussi bien marre des écrans !

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  8. Je lis ce billet avec retard. J’ai quelques contre-propositions à vous soumettre. Dans une tournante qui n’est pas la mienne, une participante fait circuler sa liseuse sans peur ! Une audacieuse qui va peut-être faire des émules qui sait ? Une de mes copines (elle a 70 ans) vient de se faire une tendinite suite à la lecture dans son lit d’un pavé du style susnommé ! Un argument de poids si je puis dire pour l’achat d’une liseuse… On ne rajeunit pas et souvent quand on voyage, la lumière est insuffisante pour lire correctement. Je viens d’ailleurs de m’acheter une lampe frontale (ne riez pas) mais sur les liseuses il y a un bon éclairage. Un argument en faveur des liseuse est également qu’il y a pas mal de livres qui sont plutôt moyens et que je ne veux plus dans ma bibliothèque : la liseuse permet de lire beaucoup et … d’acheter pour offrir ou pour garder LE bon bouquin comme « Si tu passes la rivière » de Geneviève Damas que j’ai offert 5 fois au moins… Donc, je me fait l’avocat du diable pour cette discussion qui n’en finira pas tout de suite.

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    • uranie84 dit :

      Merci beaucoup pour ce commentaire. Ce sont en effet de très bons arguments, et j’en viens à penser que l’usage de la liseuse dépend avant tout du profil du lecteur…
      J’en profite pour noter la référence de ce livre que je ne connais pas mais qui a l’air très intéressant. Je note aussi l’idée de la lampe frontale : la dernière fois que j’ai pris le TGV pour faire Paris-Bordeaux, nous sommes tombés en panne dans un tunnel : plus possible de poursuivre ma lecture !

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  9. Bon, et bien sûr, si je mets un « s » à liseuses au pluriel avec ou sans lampe frontale c’est mieux !(c’est lampes, on les trouve dans tous les magasins de sport et c’est marqué dessus « pour lire » car il y en a pour marcher et voir de près, de loin, de travers, en diagonale, etc.), Bonne expérience. Et n’hésitez surtout pas pour le Geneviève Damas, c’est tout petit et c’est une perle !

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