La Colline aux esclaves, roman de Kathleen Grissom

WIN_20141220_184648Pas facile de parler de La Colline aux esclaves, le roman intense de Kathleen Grissom. J’avais pensé l’introduire en parlant des grands romans américains, du thème des noirs dans les lettres américaines, de la tendresse des portraits féminins dans la littérature occidentale… Mais la vérité, c’est que rien ne peut vous préparer à lire un livre comme celui-là. Et en le lisant, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que c’était assez courageux de la part des éditions Charleston de proposer à leurs lecteurs français un roman si américain. Mais en refermant le livre, j’ai pris conscience qu’au-delà d’un sujet culturel propre à l’histoire américaine, il s’agissait bien d’humanisme dans ce roman. Un thème universel qui ne manquera pas de trouver un écho dans le cœur de tous les lecteurs.

Bâti sur une architecture narrative à deux voix, ce roman nous dévoile l’histoire de Lavinia, une petite orpheline irlandaise dont la famille est venue aux Etats-Unis à la fin du XVIIIe siècle pour faire fortune. Malheureusement les parents périssent en mer et la petite se retrouve seule. Elle se retrouve donc comme esclave, propriété du maître d’une grande plantation. Apeurée, affamée, la petite blanche se retrouve au milieu des serviteurs noirs, qui vont l’adopter et lui offrir la tendresse dont elle a été privée. Mais même si sa vie se passe dans les dépendances et dans la cuisine, sa couleur de peau la pousse irrésistiblement du côté des maitres et de la grande maison de la plantation.

D’un autre côté, nous découvrons Belle, une charmante jeune fille noire dont le père n’est autre que le maître de la plantation. Une filiation difficile car Belle n’appartient pas tout à fait à la famille des serviteurs, et pas du tout à celle des maîtres. A travers ces deux voix, ces deux figures à part, nous pénétrons par intermittence deux mondes qui vivent en parallèle mais se croisent rarement : les blancs et les noirs. Dans une société de caste d’une violence inouïe, la couleur de peau n’est pas le seul élément discriminant ; le fait d’être une femme est une faiblesse de plus, qui fait des deux personnages principaux des victimes potentielles. Leur capacité à survivre est le seul élément qui pourra déterminer leur destin.

Je ne suis pas forcément une grande fan de la littérature du sud des Etats-Unis. Je la connais peu même s’il y a plusieurs romans, au fil des années, qui m’ont beaucoup touché. Celui-ci est très facile à lire et on plonge avec une grande facilité dans l’histoire. Kathleen Grissom, visiblement bien documentée, arrive assez facilement à recréer pour nous un temps révolu et à nous faire sentir de façon instinctive les dangers encourus par les esclaves, la faiblesse qui est la leur dans un système où ils sont souvent à peine mieux traités que des animaux. Dans le même temps, elle indique assez clairement que la hiérarchie met surtout l’homme blanc en haut de la pyramide : les femmes subissent une vie dans laquelle elles ne trouvent que peu de joies.

Dans l’ensemble, j’ai trouvé que les personnages étaient assez attachants, même si certains correspondent un peu trop à mon gout à des stéréotypes que l’on peut s’attendre à croiser dans ce genre de roman (comme la gentille mama par exemple). Les deux personnages féminins principaux sont dépeints avec beaucoup de subtilité ; j’ai même regretté que Belle n’ai pas plus souvent la parole car elle m’est apparue comme un personnage très intéressant, sincèrement touchante et pas du tout résignée.

La seule faiblesse que je reprocherai à ce roman, c’est que les personnages semblent mener l’histoire alors qu’il faudrait plutôt que ce soit l’inverse. Le lecteur est davantage pris dans une succession d’épisodes que dans la trame d’une grande histoire, ce qui ralentit parfois le rythme et atténue l’intensité de certains moments dramatiques. Cependant, il n’y a pas de quoi bouder le plaisir de lecture : ce roman a beau être un joli pavé, je l’ai lu en deux soirées !

Je pense que ce livre peut particulièrement plaire aux fans de romans historiques et aux amateurs de littérature américaine. En revanche, si vous êtes plutôt du genre comédie romantique, ce livre risque de vous décevoir car il s’agit vraiment d’une histoire dramatique. Mais bon, ça peut l’occasion de sortir des sentiers battus…

J’en profite pour glisser un mot sur les éditions Charleston, qui ont édité ce livre en France. Cette maison d’édition n’est pas encore très connue du grand public, mais elle a le don de proposer des romans très intéressants, particulièrement axés sur des portraits féminins forts. Jusqu’à présent, je n’ai jamais été déçue par une lecture Charleston, ce qui est tout de même une belle réussite. Je vous invite donc, à l’occasion, à découvrir leur collection car ils ont un très beau catalogue.

Je vous souhaite à tous de belles lectures !

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2 commentaires pour La Colline aux esclaves, roman de Kathleen Grissom

  1. Je ne suis pas particulièrement fan de romances historiques mais j’ai très envie de découvrir ce roman, qui saura me toucher j’en suis sûre. 🙂

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