Panorama de la littérature américaine en 10 livres, 1e partie

starbucks-livreJ’entends parfois des gens parler de la littérature anglo-saxonne en mettant dans le même panier les Lettres britanniques, écossaises, irlandaises, canadienne et américaine. En particulier, je remarque que beaucoup de gens, y compris des lecteur aguerris, pensent que les grands classiques se trouvent du côté de l’Angleterre, tandis que les États-Unis seraient un territoire de dépravés littéraires, tout juste bons à produire des romans de supermarchés destinés à un public d’ados hystériques. Nous sommes à peine dans le cliché.

Je suis une grande amatrice de littérature britannique, mais j’aime aussi beaucoup la littérature américaine. Les auteurs américains ont, à mon sens, grandement contribué à la création d’une littérature moderne, tout autant basée sur des narrations originales que sur des sujets de fond résolument nouveaux. C’est pourquoi j’avais envie de vous proposer une liste de lecture pour remettre un peu les pendules à l’heure. A travers dix livres emblématiques, j’ai envie de vous faire découvrir des auteurs que j’aime (ou pas d’ailleurs !), des livres qui m’ont marqué, mais aussi des genres littéraires qui ont explosé sous l’impulsion des plumes américaines.

Ce panorama littéraire est aussi l’occasion de redécouvrir une histoire déjà lointaine, de parcourir quelques siècles et de saisir les évolutions d’une culture qui s’est nourrie de la multiplicité de ses ethnies. Les influences anglaises, françaises, la religion, les grandes causes sociales… Cet article vous invite à voyager à travers le temps pour découvrir en accélérer l’histoire d’une nation qui pèse très lourd dans la balance de la culture mondiale… pas seulement parce que les américains sont des as du marketing, mais aussi et surtout parce qu’ils ont offert au monde quelques uns des plus grands talents de l’humanité.

1850 : La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne

Plus qu’un simple roman, ce livre est tout simplement le premier roman de l’histoire de la littérature américaine. Au temps de colonies, alors que les pionniers s’installent sur la côte Est et tentent de recréer la civilisation, ce magnifique roman raconte l’histoire d’amour entre Esther et le pasteur Arthur. Leur amour est interdit car Esther est mariée (bien que son mari soit présumé disparu en mer) et cette violation de l’une des règles les plus importantes de la moralité va lui valoir le statut de marginale. Esther accouche d’une petite fille (Pearl), fruit de son amour condamné, et elle doit porter sa honte aux yeux de tous : elle arbore donc sur ses vêtements la lettre A en rouge. Cette ‘lettre écarlate’ signifie adultère, signifie une vie en marge de la société.

Ce superbe roman vibre avec certains des plus grands thèmes de la littérature occidentale : l’amour envers et contre tout, la notion de triangle amoureux (aillons un souvenir ému pour La Princesse de Clèves qui ne connut jamais de happy end), la culpabilité… Mais il aborde aussi deux thèmes qui sont très américains : la vie d’une petite communauté et l’idée de morale publique. Autant d’éléments qui survivront longtemps dans les lettres américaines. Ce roman a fait beaucoup de bruit à sa sortie car il déploie une vision assez critique de la société. Il met en scène l’opprobre jeté sur une femme qui est une pécheresse mais aussi une mère courage : elle élève seule sa fille, sans recevoir la moindre aide de personne. Sa condamnation jette une ombre sur la morale religieuse et pose une question : peut-on isoler un individu et le rejeter de la société des hommes juste parce qu’il ne correspond pas à tous les critères moraux établis ? Quelle est la place de la compassion et du pardon dans une telle société ? La religion vengeresse des hommes est vue sous un angle très loin des standards moraux de l’époque. Nathaniel Hawthorne a gagné sa place dans le Panthéon littéraire des États-Unis, et plusieurs auteurs après lui interrogeront encore la dualité entre religion et morale au fil des siècles.

1851 : Moby Dick de Herman Melville

Impossible de passer outre Moby Dick. Ce livre est un monument à lui tout seul. Et même si pour découvrir Melville, j’aurais tendance à conseiller plutôt Bartleby, il faut admettre que Moby Dick est incontournable. L’histoire de ce roman, presque tout le monde la connaît : c’est l’histoire d’une chasse à la baleine. Soit. Mais quand on a dit tout ça, il manque encore 90% de l’histoire qu’il faut expliquer !

Ce roman raconte l’histoire d’un personnage, Ismaël, qui est aussi le narrateur du roman. Il se retrouve à s’embarquer à bord d’un baleinier sous les ordres du capitaine Achab, un vieux fou obsédé par la baleine blanche, si introuvable que beaucoup pensent qu’elle n’est qu’un mythe. Et la vie à bord n’est pas de tout repos… tout comme la narration. Car ce livre déploie son propre rythme, calé sur la houle. Entre le flux et le reflux, entre l’avancée de l’histoire et les pages de pur savoir encyclopédique sur la baleine (mes pages préférées concernent tout ce que l’on peut faire avec la graisse de baleine), le lecteur est partagé entre le souffle de l’aventure épique et l’ennui le plus profond.

Car ce roman alterne des pages de styles très différents : l’aventure quand il faut tenter de harponner une bête, la poésie lorsque l’on observe la beauté infinie de la mer, et la platitude d’un dictionnaire quand il s’agit de dresser une liste des savoirs sur la baleine. Au fond, ce roman est très ludique car l’auteur nous met dans la position du personnage principal : nous devons pénétrer humblement dans cet univers où rien ne nous est familier. Il faut apprendre la mer, la découvrir pour essayer de la dompter. Mais tout comme la narration, la mer est indomptable et le roman se finit dans un drame.

Cette histoire est l’une des plus célèbres, pas seulement parce que c’est l’un des romans les plus étudiés à l’école, mais aussi parce que Melville a ouvert la voie à beaucoup d’autres auteurs. En montrant que la narration pouvait être un jeu en soi, il a réussi à démontrer que le style d’écriture pouvait aussi cacher un nouveau degré de lecture. Une prouesse qui n’est pas mince et dont se souviendront les auteurs de la Beat Generation par exemple, près d’un siècle plus tard.

1876 : Les Aventures de Tom Sawyer de Mark Twain

Impossible de parler de l’Amérique sans Mark Twain ! Et pour cause, sa côte de popularité outre-Atlantique n’a jamais cessé de grimper en flèche. Et pas seulement à cause de son œuvre. Un peu comme Victor Hugo chez nous, Mark Twain était un sacré personnage – ‘Bigger than life’ comme disent les américains. D’un humour décapant, il a entretenu une intense correspondance avec le président Grant qui partageait son amour des bonnes liqueurs et de l’ironie. Mark Twain, dont la mort avait été annoncée par erreur dans l’un des journaux nationaux, s’était fait remarquer en envoyant au directeur de rédaction un télégramme pour le moins explicite : « La nouvelle de ma mort est très exagérée ». Car l’homme était déjà âgée, mais pas encore à bout de réparties. La phrase est restée célèbre, à tel point qu’aujourd’hui, le prix de l’humoriste américain de l’année s’appelle le prix Mark Twain !

Revenons à nos pages de fiction pour parler un peu des Aventures de Tom Sawyer. Ce roman a longtemps été catalogué en France comme un roman pour la jeunesse, alors que ce n’était pas la volonté de son auteur. Mark Twain, tout comme Dickens, ne voyait pas de limite tangible entre les œuvres pour enfants et celles pour adultes. Une vision large et progressiste de la littérature qui lui a permis de devenir l’auteur favori de plusieurs générations. Car comme son homologue britannique, on peut commencer à le lire jeune, puis continuer à le découvrir tout au long de sa vie. Le plaisir de la lecture reste le même.

Tom Sawyer n’est d’ailleurs pas un gentil roman pour pré-adolescent. L’histoire est celle d’un meurtre, avec un fou dangereux lâché dans la nature, deux gamins terrifiés qui n’osent rien dire aux adultes, et un gentil ivrogne accusé à tord qui risque de finir pendu au bout d’une corde. Au milieu de tout ça, quelques épisodes charmants d’une vie quotidienne non dénuée de charme apportent quelques bulles de divertissement rafraîchissant.

1930 : Tandis que j’agonise de William Faulkner

Avec William Faulkner, nous abordons le XXe siècle américain. Faulkner est un peu à cheval sur deux siècles dans la mesure où il a beaucoup écrit sur le passage à la modernité, la fin de la vie traditionnelle des plaines et le début de l’Amérique citadine telle que nous la connaissons aujourd’hui. En cela, Faulkner est l’héritier des grands story-teller américains, mais il apporte aussi une nouvelle dimension narrative.

Tandis que j’agonise est un bon exemple de cette dualité car on découvre une famille en deuil. L’histoire se passe au milieu de nulle part, dans la campagne américaine du Midwest, et raconte la mort de la mère de famille puis le chemin de son mari et de ses enfants pour la ramener dans sa ville d’origine pour l’enterrer. Le grand tour de force, c’est que chaque chapitre est raconté du point de vue d’un personnage. Ce roman caléidoscope nous fait pénétrer dans la psyché de chaque membre de la famille et donne à voir la folie dans l’ordinaire.

C’est l’un des meilleurs romans que j’ai lu. Et c’est aussi l’un des fondateurs du nouveau style narratif américain. Beaucoup d’auteurs après Faulkner continueront de travailler sur la narration chorale, essayant d’éclater le récit pour coller au plus près de la vérité de chaque personnage (Mahnattan Transfer de John Dos Passos en sera l’un des meilleurs exemples dans les années à venir).

Ajoutons pour couronner le tout que Faulkner a remporté le prix Nobel de Littérature en 1949. Une raison de plus de le classer dans la grande histoire des Lettres Américaines car ce prix a incontestablement renforcé son statut de grand auteur outre-Atlantique. Il fait partie de ceux qui ont donné une vraie dimension à la littérature américaine, s’affranchissant de la littérature britannique tant dans le fond que dans la forme.

1936 : Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell

Je ne suis pas une grande fan d’Autant en emporte le vent. Je n’ai pas beaucoup de tendresse pour le personnage de Scarlett, dont la candeur et l’égoïsme m’ont tout de suite tapé sur les nerfs, dès la première lecture. En à peine quelques pages, j’avais décidé qu’elle et moi, on ne s’entendrait pas. Il me semble que c’est là scène où elle n’a plus de quoi s’habiller et doit confectionner une robe dans des rideaux qui m’a vraiment découragé !

Pourtant, malgré mon antipathie, ce personnage est l’un des plus célèbres de la littérature américaine. A la sortie de ce roman, il a fait grand bruit. Mais ce ne fut pas la seule raison ! Margaret Mitchell vient du Sud, et son écriture porte les valeurs de son éducation : en particulier, les relations entre blancs et noirs sont vus d’un point de vue blanc sans la moindre remise en question. Elle nous montre une esclave noire toute dédiée à sa famille blanche, et dont le bonheur ne semble dépendre que de celui de sa maîtresse. Autant d’éléments qui m’ont encore coupé dans mon élan de lecture.

Ce qui rend ce roman important, c’est qu’il donne à voir le pan sudiste de la littérature américaine. Car même si on connaît plutôt la version dominante des Lettres Américaines (les nordistes ont gagné), il ne faut pas oublier les auteurs sudistes. Encore aujourd’hui, il existe un héritage de cette période. Et même si on ne raconte pas l’histoire de filles en crinolines, les valeurs très familiales et très religieuses du Sud demeurent.

Par ailleurs, ce livre (qui est l’un des plus lus des États-Unis) doit aussi son aura au cinéma puisque son adaptation sur grand écran avait fait grand bruit à l’époque : ce fut le premier film en couleurs ! J’ajoute à titre un peu anecdotique que même si je n’apprécie pas Margaret Mitchell, il est intéressant de se pencher sur son parcours. Elle fut l’une des premières grandes femmes de lettres de son pays, et pour avoir le droit d’écrire (dans des journaux et ensuite comme romancière), elle a dû se battre et faire preuve de pas mal de persévérance. Un beau parcours, donc !

Rendez-vous très bientôt pour la suite de ce panorama pour découvrir encore plus de livres et d’auteurs ! Entre temps, n’hésitez pas à partager vos propres livres préférés de la littérature américaine.

2 réflexions sur “Panorama de la littérature américaine en 10 livres, 1e partie

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