Sula, de Toni Morrison

L’une des choses dont je me félicite souvent, c’est d’avoir des amis qui ont très bon goût, particulièrement en matière de livres ! Il y a quelques temps, l’une des amies m’a fait un magnifique cadeau puisqu’elle m’a offert Sula, un roman écrit par Toni Morrison. Une lecture qui tombait à point nommé puisque je rêvais depuis déjà quelques temps de lire un livre d’elle.

Replaçons les choses dans leur contexte. Toni Morrison est sans contexte l’un des plus grands écrivains américains à l’heure actuelle (depuis déjà plusieurs années d’ailleurs). Femme et noire, elle a ouvert une nouvelle voie dans le roman réaliste américain en se centrant sur sa communauté sans verser dans le cliché ou le misérabilisme. Son écriture lui a d’ailleurs valu un prix Nobel de littérature. Autant de raisons de faire preuve de curiosité et de découvrir ses oeuvres.

Mais face à un auteur de cette ampleur, le lecteur est parfois intimidé : par où rentrer ? quel livre choisir ? par quel bout doit-on prendre la bibliographie ? J’avais Toni Morrison sur ma liste de lectures depuis longtemps, et Sula a finalement été ma porte d’entrée.

Ce roman commence aux Etats-Unis, durant la période de l’entre-deux guerres, et dépeint la vie d’une communauté noire au travers de portraits de plusieurs femmes. L’une en particulier, Sula, va bouleverser la petite vie bien rythmée de la population locale. Moderne et indépendante, Sula entend bien vivre sa vie comme elle l’entend. Un pari risqué à une époque où ni les femmes ni les noirs n’ont droit au respect ou à la reconnaissance de leur identité. Les uns comme les autres sont sensés vivre d’après les codes des blancs et demeurer une masse informe à laquelle on nie toute existence propre.

Morrison débute son récit avec la grand-mère de Sula, Eva, une femme au caractère bien trempé qui sert de détonateur à l’histoire. On glisse ensuite sur Hannah, la fille d’Eva et donc la mère de Sula. La gentille fille qui se marie, a des enfants, perd son mari et retourne s’installer chez sa mère. Dès lors, le portrait des femmes peut commencer : en trois générations, le lecteur devient le témoin d’une évolution de la féminité qui ne se définie plus par les mêmes critères et dévoile de plus en plus d’ambition. Etre une mère prête à tout pour ses enfants, puis une femme qui recherche le plaisir ne sont que deux étapes avant le pas le plus crucial : la liberté.

Sula va incarner cette liberté, et sa personnalité se révèle beaucoup par contraste à un autre personnage féminin très beau : Nel, sa meilleure amie depuis l’enfance. Mais Nel est différente : elle veut une vie bien rangée avec un mari aimant et des enfants.

Il est impossible de décrire avec assez de précision la beauté du roman de Toni Morrison et la densité de ses personnages. Au travers d’un élément perturbateur, elle met en lumière les beautés et les faiblesses d’une communauté dont la vie est remplie de petits incidents et de vrais drames. Ces choses de la vie quotidiennes trop banales pour faire la une des journaux. Les habitants sont moins marqués par les guerres successives ou par la misère ambiante que par les cicatrices qu’elles engendrent et qu’elles ont laissé sur les corps et dans les esprits. Et la grande réussite de Morrison est de nous faire entrer dans l’intimité de cette communauté, de ses souffrances et de ses hypocrisies. Face à cela, le personnage de Sula ressort avec encore plus de force.

J’ajouterais encore quelques mots sur l’écriture elle-même. Mon amie m’a fait la très bonne surprise de m’offrir le livre dans sa version originale, et c’est une merveille ! L’écriture de Toni Morrison est dure, capable de brutalité et d’une grande honnêteté. Mais elle offre aussi la mesure de son talent avec une poésie minimaliste et une précision quasi chirurgicale pour dépeindre les états d’âme de certains personnages. Toni Morrison ne se complait pas dans l’émotion grandiloquente et surfaite, mais elle se concentre au contraire sur l’authenticité de son texte. Les mots sonnent tous vrais, ce qui leur donne une puissance redoutable. J’ai été saisie par la qualité (les qualités, même) de son écriture. Pour moi, ce style évoque un mélange de Marguerite Duras et de William Faulkner. En un mot : sublime.

J’ai été enthousiasmée par cette lecture et je vous souhaite le même plaisir. J’ai hâte de lire d’autres livres de Toni Morrison. Et si vous avez des titres à me conseiller, je suis preneuse !

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