Le diamant fou du rock anglais

Couverture "Syd Barrett, le génie perdu de Pink Floyd"Pour l’ensemble du public, Pink Floyd c’est « The wall », « Money », des clips cultes et des concerts énormes devenus mythiques, dont U2 et compagnie. Et les déchirures internes du groupe, les règlements de compte sanglants par presse interposée entre Roger Waters et David Gilmour sont autant de pages sensationnelles de l’histoire mouvementée du rock anglais.

Pourtant, Pink Floyd trouve ses racines ailleurs, et son héritage est beaucoup plus imposant qu’on ne pourrait le penser. Car si la scène psychédélique anglaise est née un jour, c’est grâce à ce groupe hors du commun et à un homme : Syd Barrett. Le nom est aujourd’hui presque inconnu, et pourtant il est le fondateur de Pink Floyd, ainsi que l’inspiration des meilleurs tubes du groupe.

Si vous vous êtes déjà demandé de quoi parlait la chanson « Shine on, you crazy diamond », le beau livre de Tim Willis, « Syd Barrett, le génie perdu de Pink FLoyd », est pour vous.

L’auteur est un habitué des revues musicales les plus pointues outre manche et, il y a quelques années, il s’est attaqué à l’un des plus beaux mythes du rock : Syd Barrett, la superstar reclue depuis plusieurs décennies, le chanteur et guitariste génial qui n’a plus jamais fait de musique après ses deux albums solos à la fin des années 70. A l’époque, le sujet est encore en vie, et il est à la musique rock ce que Sallinger a été aux Lettres américaines : une énigme séduisante. Tim Willis mène alors son enquête, livre les faits avec rigueur dans un style fluide à tel point qu’on dirait un roman : quatre amis d’enfance qui grandissent dans la banlieue de Cambridge (Syd Barrett, Roger Waters, Richard Wright et Nick Mason), la création du groupe de rock sous l’impulsion de Barrett, les premiers concerts, l’influence des bluesmen américains, les premiers tubes, la notoriété… puis la chute. Drogue, panique et schizophrénie de Barrett, effrayé et dépassé par son propre succès, vite dégoûté aussi par les logiques commerciales d’une industrie décevante et peu encline à encourager l’originalité.

Willis révèle avec brio les rapports ambigus des autres membres avec Barret. Au fur et à mesure qu’il commence à s’enfermer dans sa propre tête, les trois autres essayent de l’aider et continuent à l’emmener en concert avec eux. Si les Doors avaient profité de Morrison jusqu’à le rendre dingue, Pink Floyd au contraire fait tout pour sauver son leader, pas seulement par besoin mais aussi par véritable fascination pour ce génie singulier. Jusqu’au bout, ils lui restent fidèles, engageant même une doublure lumière pour assurer le show quand il est trop mal pour tenir debout : c’est l’entrée en scène de David Gilmour. Peine perdue puisque Barrett continue sa fuite en avant. Après deux albums solos produits en collaboration avec les membres de Pink Floyd, il disparaît totalement du paysage musical et Gilmour prend définitivement sa place.

La suite officielle, on la connaît : le succès du groupe devient colossal. Ils enchaînent tube après tube, remplissent les salles de concerts, et publient « The dark side of the moon », l’un des disques les plus vendus de toute l’histoire de la musique.

Mais dans l’ombre justement, reste le souvenir du leader perdu. Et Willis lève le voile sur cette partie méconnue de l’histoire. Toujours Pink Floyd restera hanté par son ancien compositeur : dans l’inspiration de certains morceaux envoûtants comme dans la bataille que se livrent Waters et Gilmour pour la direction artistique. Le summum sera atteint avec l’album « Wish you were here » en 1975. Les deux morceaux porteurs du disque sont entièrement écrits en hommage à Barrett : «Wish you were here » et « Shine on, you crazy diamond » (le « crazy diamond » étant bien sûr Barrett). Mais Barrett lui ne s’intéresse plus à la musique : il étudie la peinture et ne touche plus jamais à une guitare, lui qui impressionnait autrefois Jimmy Hendrix.

Willis nous apprend peu de choses sur la fin de la vie de Barrett, juste des bribes de témoignages, car peu d’informations ont filtré. En revanche, il apporte un éclairage utile sur l’héritage que Barrett a laissé à la pop anglaise, lui qui fut le premier leader de rock à chanter avec l’accent anglais. Guitariste exemplaire (il utilisait une bille de verre à la place d’un médiator), c’est également de lui que David Gilmour tient son style de jeu si particulier.

Un ouvrage complet, utile et émaillé de nombreuses photos, pour tous les fans de Pink Floyd et les passionnés de rock, pour ne pas oublier les refrains entêtants de « See Emily play » et « Jugband blues », premiers succès d’un groupe de légende.

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