Rentrée littéraire : C’est quoi un primo-romancier ?

Il y a quelques jours, pendant une de mes balades en librairie, j’ai entendu deux femmes discuter et soulever une question pour le moins incongrue. Mais en fait, c’est quoi un primo-romancier ? Incongrue parce que, pour moi qui appartient au monde des livres depuis très (mais alors vraiment très) longtemps, la réponse relève de l’évidence. Sauf qu’après réflexion, je me suis rendue compte que pour la plupart des gens normaux, lecteurs ou pas, cette expression est effectivement un peu obscure.

On sait ce que veut dire « romancier ». « Primo » : on se doute que ça a à voir avec « premier ». Mais on n’est pas forcément plus avancé !

Comme il s’agit de l’une des expressions les plus courantes de la rentrée littéraire, je me suis dit que j’allais te partager la définition de cette expression dans mon article du jour. Et en prime, je vais t’expliquer pourquoi c’est si important de donner de la visibilité aux primo-romanciers dans la presse et les librairies, car l’enjeu c’est de soutenir les nouvelles plumes, les voix de demain… et avec un peu de chance, les futurs grands auteurs de la littérature !

Un primo-romancier, c’est quoi exactement ?

Commençons par le plus simple. Un primo-romancier est un auteur ou une autrice qui publie son tout premier roman. Le préfixe « primo– » vient du latin primus, qui signifie « premier » (mes années de latin au collège peuvent enfin me servir à quelque chose !. Il est utilisé pour désigner quelque chose qui arrive pour la première fois. Un primo-romancier est donc, littéralement, un écrivain qui publie son premier roman.

Et attention à une petite subtilité : ça ne signifie pas forcément que cette personne n’a jamais rien écrit ni publié auparavant. Elle peut très bien avoir écrit des nouvelles, de la poésie, des essais, des articles, des scénarios ou même plusieurs livres dans d’autres genres. Ce qui compte ici, c’est qu’il s’agit de son premier roman publié. La nuance est là, dans la publication.

Autrement dit, un auteur peut être parfaitement expérimenté dans l’écriture et être malgré tout considéré comme un primo-romancier au moment de la publication de son premier roman.

Primo-romancier : est-ce forcément un jeune écrivain ?

Pas du tout ! Et c’est justement une idée reçue assez fréquente. Quand on parle de « primo-romancier », on peut facilement imaginer un jeune auteur de 25 ans qui vient tout juste de terminer ses études et qui débarque dans le monde de l’édition avec son premier manuscrit.

Mais un primo-romancier peut avoir 30, 40, 50, 60 ans ou même plus. Certains auteurs commencent à écrire très tôt et publient leur premier roman dans la vingtaine. D’autres ont une carrière professionnelle derrière eux (comme Daniel Pennac par exemple ou encore Cécile Baudin), ont longtemps écrit pour eux-mêmes ou ont attendu des années avant de se lancer dans l’aventure de l’édition.

L’âge n’a donc absolument rien à voir avec la définition. C’est le premier roman qui compte, pas l’âge de l’auteur.

Quelle différence entre un primo-romancier et un écrivain débutant ?

On pourrait croire que c’est la même chose. Mais non !

Un écrivain débutant peut être quelqu’un qui commence tout juste à écrire ou à publier.

Un primo-romancier, lui, est beaucoup plus précisément quelqu’un qui publie son premier roman.

Par exemple, imaginons une autrice qui publie depuis dix ans des recueils de poésie mais qui sort aujourd’hui son premier roman. Elle est primo-romancière, même si elle n’est absolument pas une débutante dans le monde littéraire. À l’inverse, quelqu’un qui publie son deuxième roman n’est plus un primo-romancier, même si son nom reste totalement inconnu du grand public.

Je trouve que cette nuance est importante parce que c’est toujours bon de rappeler que la pratique de l’écriture ne va pas automatiquement de paire avec la publication. Certains auteurs écrivent régulièrement, mais ne font pas carrière pour autant (parce qu’ils refusent la publication ou qu’ils n’ont pas encore sauté le pas). La notion d’écrivain débutant est donc vraiment liée à la pratique de l’écriture, tout simplement. Alors que le primo-romancier est tout simplement un auteur, débutant ou pas, qui commence à faire connaître son travail pour être publié et lu.

Pourquoi parle-t-on autant des primo-romanciers pendant la rentrée littéraire ?

Si tu as déjà entendu l’expression de primo-romancier, je suis prête à parier qu’il y a 99% de chances que ce soit en lien avec la rentrée littéraire. Et c’est normal quand on y pense.

Déjà parce que le premier roman est une étape cruciale dans le parcours d’un auteur. Et il occupe une place assez particulière dans le petit monde de l’édition. On pourrait croire que les maisons d’édition se battent pour avoir plus de best-sellers que leurs concurrentes (ce qui est vrai, évidemment). Mais avant l’étape du best-seller, encore faut-il trouver LA nouvelle plume qui suscitera l’enthousiasme des lectrices et des lecteurs.

C’est comme les maisons de disque qui cherchent la prochaine grande star. Le primo-romancier est un peu la licorne des maisons d’édition : elles cherchent des nouveaux talents et sont prêtes à parier sur eux, en espérant découvrir avant tout le monde le prochain grand auteur en langue française.

Forcément, il s’agit d’un enjeu commercial, et la rentrée littéraire est le moment le plus commercial du monde des livres en France. Un peu comme Pâques pour les chocolatiers ! La rentrée littéraire est souvent le bon moment pour lancer un nouvel auteur car les journalistes sont friands de nouveaux noms. Et avec la saison des prix littéraires qui commence, chaque maison d’édition espère que son nouveau talent réussira à faire parler de lui.

L’autre raison pour laquelle le primo-romancier se distingue pendant la rentrée littéraire, c’est tout simplement parce qu’il y a trop de livres ! Des centaines chaque année : on oscille entre 350 et jusqu’à près de 600 nouveautés sur une courte période. Moralité : il faut faire des catégories, un peu comme aux Césars, pour aider les lecteurs à s’y retrouver. Donc de la même façon qu’on a les meilleurs espoirs du cinéma français, le monde littéraire prend le temps de lister les primo-romanciers à part afin d’éviter qu’ils soient trop noyés dans la déferlante des nouveaux livres.

Enfin, dernière raison : il est bon de rappeler que les primo-romanciers sont encore au début de leurs carrière publiée (même s’ils ne sont pas forcément des écrivains débutants, comme je l’ai dit plus haut). C’est donc une bonne chose de le préciser car, personnellement, j’ai tendance à être plus compréhensive avec les petits défauts d’un livre quand je sais que c’est le premier roman publié de son autrice ou auteur. Sans être méchante, je suis souvent moins conciliante avec un auteur qui publie son trentième roman 🙂

Pourquoi les premiers romans sont-ils si importants pour les éditeurs ?

Parce qu’un premier roman, c’est aussi une façon pour une maison d’édition de faire émerger une nouvelle voix. Les éditeurs passent énormément de temps à recevoir, lire et sélectionner des manuscrits. Lorsqu’une maison décide de publier un premier roman, elle prend donc le pari qu’elle tient peut-être là un auteur à suivre.

Et parfois, le pari fonctionne ! Certains premiers romans connaissent un succès phénoménal et propulsent immédiatement leur auteur sur le devant de la scène littéraire. Ce fut notamment le cas pour Harry Potter, qui était le premier roman publié de son autrice.

D’autres rencontrent un succès plus discret mais permettent à leur auteur de construire progressivement une carrière. Ce fut le cas des premiers romans de Sarah Morgan publiés chez Harlequin, et trop typés « romance superficielle » pour attirer l’attention d’un large public… Avant de devenir des best-sellers mondiaux, près de 25 ans plus tard !

Et puis il y a ceux qui passent complètement sous les radars. C’est aussi ça, la réalité de l’édition : un livre ne rencontre pas nécessairement son public au moment de sa sortie, qu’il soit bon ou pas.

Le premier roman, un véritable exercice de funambule

Pour un auteur déjà installé, publier un nouveau roman permet de s’appuyer sur une certaine notoriété. Son nom est connu des libraires. Les lecteurs attendent son nouveau livre. Les médias connaissent son travail. Sa maison d’édition dispose de données sur son lectorat et sait généralement à qui s’adresser pour promouvoir le livre.

Pour un primo-romancier, c’est autrement plus difficile puisqu’on parle de quelqu’un d’inconnu. Il faut faire connaître le nom de l’auteur, donner envie de découvrir son univers, convaincre les libraires de mettre le livre en avant et attirer l’attention des lecteurs.

Et c’est particulièrement difficile pendant la rentrée littéraire, lorsque les tables des librairies et les pages des médias sont saturées de nouveautés. C’est pourquoi tu verras régulièrement apparaître des sélections du type : « Les premiers romans à découvrir cette rentrée » ou encore « 10 primo-romanciers à suivre ».

Ce ne sont pas simplement des listes destinées à faire joli. C’est au contraire un moyen simple et pratique pour donner un petit coup de projecteur à des auteurs qui n’ont pas encore la couverture médiatique de leurs confrères plus expérimentés.

Les prix littéraires aiment aussi beaucoup les premiers romans

Autre raison pour laquelle les primo-romanciers attirent particulièrement l’attention pendant la rentrée : les prix littéraires. Plusieurs récompenses disposent notamment de catégories ou de distinctions qui mettent les premiers romans à l’honneur. Il y a notamment le Prix Goncourt du premier roman, qui récompense chaque année un primo-romancier.

Et lorsqu’un premier roman se retrouve dans une sélection de prix littéraire majeur, l’exposition peut évidemment changer complètement la destinée du livre. Car sa sélection attire l’attention de la presse culturelle, voire des blogs littéraires. Une nomination assure d’être présent en bonne place dans les librairies, voire les grandes surfaces culturelles type Fnac. Et en cas de victoire à l’un des prix, les ventes peuvent vite s’envoler. Pour rappel, en moyenne, un livre best-seller se vend à environ 30 000 exemplaires en France. Mais le gagnant du Prix Goncourt se vend généralement autour de 200 000 exemplaires. De quoi changer la vie d’un auteur !

Comment savoir si un livre est le premier roman d’un auteur ?

Bonne question, parce que ce n’est pas toujours aussi évident qu’on pourrait le croire !

Le plus simple est de regarder la présentation du livre par l’éditeur ou la fiche de l’auteur sur internet. Les maisons d’édition indiquent généralement lorsqu’il s’agit d’un premier roman. Les articles consacrés à la rentrée littéraire sont également une bonne source d’information, notamment lorsqu’ils proposent des sélections de premiers romans dans lesquels tu peux faire ton choix.

Et si tu es en librairie, n’hésite surtout pas à demander conseil à ton libraire. C’est justement le genre de chose qu’il peut te faire découvrir. Parce que l’un des plaisirs de la lecture, après tout, c’est aussi de tomber sur un auteur dont on n’avait jamais entendu parler.

Pourquoi je te conseille de garder un œil sur les primo-romanciers

Personnellement, je trouve que c’est l’une des choses les plus enthousiasmantes de la rentrée littéraire. Parce qu’il y a quelque chose d’assez excitant dans l’idée de découvrir un auteur avant tout le monde. Et aussi parce que c’est l’occasion ou nous, les lectrices et lecteurs, on peut vraiment donner un coup de pouce à quelqu’un qui écrit.

Il y a déjà plusieurs années, je me souviens de l’enthousiasme autour du premier roman de Gaël Faye ou encore autour de La Tresse, le premier roman de Laetitia Colombani. Des livres qui ont, depuis, rencontré un énorme succès. Et qui ont permis à leurs auteurs respectifs de continuer à écrire et nous proposer d’autres histoires captivantes.

Souvent, comme les journalistes préfèrent écrire sur les auteurs plus connus, il y a un esprit communautaire assez grisant autour des primo-romanciers. C’est le bouche à oreille qui se met en marche et qui leur permet de se faire connaître. J’aime beaucoup ce retour au pur plaisir de la lecture, à l’idée du partage et à la solidarité autour de la création.

Parmi les dizaines de premiers romans publiés chaque année, certains vont disparaître très rapidement des radars. D’autres vont trouver leur public. Et quelques-uns vont peut-être révéler les grandes voix littéraires de demain. Ce qui est absolument passionnant à observer.

Alors, la prochaine fois que tu verras la mention « premier roman » sur une couverture, ne passe peut-être pas ton chemin trop vite. Tu es peut-être en train de tenir entre tes mains le tout début d’une belle carrière littéraire.


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