Poème La Nuit avant Noël, de Clement Clarke Moore

La Nuit avant Noël est peut-être le poème le plus connu de la littérature américaine. Non seulement ce texte en forme de conte est très beau, mais en plus il a une histoire totalement rocambolesque !

Car le poème a été publié au départ de façon anonyme. Les lecteurs du Sentinel, le journal d’une ville de l’état de New-York, ont eu la surprise de le découvrir dans l’édition du 23 décembre 1823. Et aussitôt, le texte a beaucoup plut. Mais qui donc l’avait écrit ?

Il faudra attendre 1844 pour découvrir l’identité du mystérieux auteur du poème, qui entre temps avait déjà été republié à plusieurs reprises. Il s’agit d’un professeur de littérature et théologie : Clement Clarke Moore. Cet érudit d’allure un peu austère adorait ses enfants (il en avait 6 !). Et c’est pour eux qu’il a écrit le poème au départ. Le texte n’était donc pas du tout supposé finir chez un imprimeur. Mais une amie de la famille l’a trouvé tellement bon qu’elle l’a recopié à l’insu de la famille Moore. Elle l’a ensuite fait parvenir au journal The Sentinel, le reste est une success story comme les américains les aiment tant.

La petite chose amusante, c’est que plus tard Tolkien a lui aussi pris l’habitude d’écrire des contes pour ses propres enfants. Il les écrivait sous la forme de Lettres du Père Noël. Et même si je n’ai pas trouvé de source qui me le confirme, je pense qu’il n’est pas impossible que Tolkien, en universitaire spécialiste de l’histoire littéraire, ait connu le poème de Clement Clarke Moore (déjà devenu célèbre au Royaume-Uni au début du XXe siècle). Il a donc pu s’inspirer de son confrère pour imaginer à son tour des histoires de Noël pour ses enfants qui mettraient en scène le fameux bonhomme en rouge.

Aujourd’hui, pour attendre Noël, je vous propose donc de découvrir la traduction française de La Nuit avant Noël. Bonne lecture et bon réveillon !

C’était la nuit de Noël, un peu avant minuit,
À l’heure où tout est calme, même les souris.
On avait pendu nos bas devant la cheminée,
Pour que le Père Noël les trouve dès son arrivée.

Blottis bien au chaud dans leurs petits lits,
Les enfants sages s’étaient déjà endormis.
Maman et moi, dans nos chemises de nuit,
Venions à peine de souffler la bougie,

Quand au dehors, un bruit de clochettes,
Me fit sortir d’un coup de sous ma couette.
Filant comme une flèche vers la fenêtre,
Je scrutais tout là haut le ciel étoilé.

Au dessus de la neige, la lune étincelante,
Illuminait la nuit comme si c’était le jour.
Je n’en crus pas mes yeux quand apparut au loin,
Un traîneau et huit rennes pas plus gros que le poing,

Dirigés par un petit personnage enjoué:
C’était le Père Noël je le savais.
Ses coursiers volaient comme s’ils avaient des ailes.
Et lui chantait, afin de les encourager:

« Allez Tornade!, Allez Danseur!
Allez , Furie et Fringuant!
En avant Comète et Cupidon!
Allez Éclair et Tonnerre!
Tout droit vers ce porche,
Tout droit vers ce mur!
Au galop au galop mes amis!
Au triple galop! »

Pareils aux feuilles mortes, emportées par le vent,
Qui montent vers le ciel pour franchir les obstacles,
Les coursiers s’envolèrent, jusqu’au dessus de ma tête,
Avec le traîneau, les jouets et même le Père Noël.

Peu après j’entendis résonner sur le toit
Le piétinement fougueux de leurs petits sabots.
Une fois la fenêtre refermée, je me retournais,
Juste quand le Père Noël sortait de la cheminée.

Son habit de fourrure, ses bottes et son bonnet,
Étaient un peu salis par la cendre et la suie.
Jeté sur son épaule, un sac plein de jouets,
Lui donnait l’air d’un bien curieux marchand.

Il avait des joues roses, des fossettes charmantes,
Un nez comme une cerise et des yeux pétillants,
Une petite bouche qui souriait tout le temps,
Et une très grande barbe d’un blanc vraiment immaculé.

De sa pipe allumée coincée entre ses dents,
Montaient en tourbillons des volutes de fumée.
Il avait le visage épanoui, et son ventre tout rond
Sautait quand il riait, comme un petit ballon.

Il était si dodu, si joufflu, cet espiègle lutin,
Que je me mis malgré moi à rire derrière ma main.
Mais d’un clin d’œil et d’un signe de la tête,
Il me fit comprendre que je ne risquais rien.

Puis sans dire un mot, car il était pressé,
Se hâta de remplir les bas, jusqu’au dernier,
Et me salua d’un doigt posé sur l’aile du nez,
Avant de disparaître dans la cheminée.

Je l’entendis ensuite siffler son bel équipage.
Ensemble ils s’envolèrent comme une plume au vent.
Avant de disparaître le Père Noël cria:
« Joyeux Noël à tous et à tous une bonne nuit ».

Vous en pensez quoi ?