Le premier week-end du mois de décembre était toujours très animé chez les Bennet. A l’approche des fêtes de Noël, les filles aimaient venir passer du temps dans la maison familiale de Hampstead. Car même si elles habitaient désormais toutes dans leurs propres appartements dans le centre de Londres, rien ne valait le plaisir et l’excitation de se retrouver tous ensemble pour décorer ensemble la maison.
Ce samedi soir était spécial. De nouveaux voisins, la famille Bingley, avaient récemment emménagé dans le quartier. Et pour ce premier Noël, ils avaient décidé d’organiser une fête et d’inviter tout le monde pour faire connaissance. Si monsieur Bennet aurait volontiers préféré rester à la maison pour relire Dickens en buvant un lait de poule, madame Bennet, fêtarde dans l’âme, était bien décidée à emmener son mari et ses filles avec elle.
- Mais maman, se plaignit Mary, pourquoi veux-tu absolument que nous allions à cette fête ? On ne les connait même pas !
- Ma chérie, Charles est beau, riche et célèbre. En plus il est célibataire. Est-ce que ce ne serait pas merveilleux s’il tombait sous le charme de l’une d’entre vous ? Je voudrais tant qu’au moins une de mes filles fasse un beau mariage qui serait annoncé dans les pages du Times !
A son air rêveur, on voyait bien que madame Bennet avait vu trop de téléfilms de Noël. De toute évidence, elle croyait encore aux contes de fées.
Ses filles échangèrent un regard complice en souriant, mais elles évitèrent de la contrarier en la rappelant à la réalité. Lydia, qui avait toujours eu le sens de l’humour, décida même d’en rajouter une couche :
Après tout, on ne sait jamais. Peut-être que maman a raison et que nous allons toutes succomber à la magie de Noël pour tomber dans les bras d’un bel inconnu sous le gui !
Le soir, toute la famille Bennet se mit en route pour aller chez les Bingley. Leur demeure n’était pas loin. C’était une grande maison en pierre de style Edwardien. Et depuis son jardin à l’arrière, on avait une vue imprenable sur la ville de Londres, toute illuminée, qui scintillait comme un paysage de carte postale.
La demeure des Bingley était décorée de manière somptueuse, avec un arbre de Noël qui touchait presque le plafond et qui était installé dans le grand vestibule de l’entrée, au pied de l’escalier. Les convives étaient déjà nombreux, rassemblés pour discuter et boire du champagne tandis que de vieux standards de Noël résonnaient dans toutes les pièces du rez-de-chaussée.
Après avoir salué leur hôte, Charles (qui était effectivement très charmant comme le remarqua Elizabeth), les parents et les soeurs se séparèrent pour aller profiter de la fête. Jane resta un moment à discuter avec Charles, un étrange sourire aux lèvres. Lydia et Kitty se précipitèrent sur la piste de danse. Mary alla s’asseoir dans un coin pour pianoter sur son téléphone dans l’espoir que personne ne lui adresse la parole. Et Elizabeth décida de faire le tour de la maison pour admirer les décorations de Noël.
Alors qu’elle admirait la guirlande de branchages sur le manteau de la cheminée, elle croisa le regard d’un homme qu’elle connaissait bien : monsieur Darcy. Comme les soeurs Bennet, Darcy avait grandi dans le quartier. Mais ils ne s’étaient jamais vraiment fréquentés. Plus grand, il était parti faire ses études puis travailler à l’étranger. Et a présent que son père était mort l’année dernière, il était finalement revenu dans la maison de famille pour la rénover et s’occuper de sa soeur Georgiana, beaucoup plus jeune que lui et encore étudiante au lycée.
Debout devant la porte fenêtre, une coupe de champagne à la main, il n’avait rien perdu de son attitude distante. Ni de son charme, nota amèrement Elizabeth. Leurs forts caractères n’avaient spécialement fait bon ménage quand ils étaient encore adolescents. Et elle se demandait quel genre d’homme il était devenu à l’âge adulte.
Alors que leurs yeux se rencontrèrent, Darcy la surprit en se mettant à marcher pour venir à sa rencontre.
Elizabeth Bennet, c’est bien toi ? demanda-t-il d’un ton posé.
Elizabeth leva les yeux vers lui avec un sourire malicieux.
- C’est bien moi. Est-ce que j’ai tant changé depuis la dernière fois qu’on s’est vus ?
- Un peu, en effet. Tu ne portes plus ces horribles jeans déchirés et ces t-shirts de groupe de rock. C’est surprenant de te voir aussi présentable.
Elizabeth dû se faire violence pour garder son calme. C’est vrai qu’elle avait eu une période grunge dont elle n’était pas très fière question look. Mais les t-shirts de Nirvana étaient récemment revenus à la mode, et de toute façon une adolescente avait bien le droit d’expérimenter et de s’habiller comme elle voulait.
Avant qu’elle ne lui réponde avec une répartie cinglante, Darcy la surprit une fois encore.
- Pardon, dit-il d’un air penaud. Je me suis mal exprimé. Je ne voulais pas te froisser. C’est juste que tu es très élégante ce soir. Je n’ai jamais été très doué pour faire des compliments.
- J’étais presque prête à te jeter mon verre à la figure. Mais j’avoue que j’ai tendance à réagir avec un peu trop de passion.
Une fois la tension dissipée, ils discutèrent ensemble pendant de longues minutes. Et le moment aurait pu durer plus longtemps si Charles n’avait pas fait irruption pour les entraîner vers le grand salon, où on avait installé une piste de danse.
A la lumière des guirlandes en forme d’étoiles dorées, Elizabeth vit que ses soeurs s’étaient lancées dans une chorégraphie particulièrement spectaculaire sur une chanson de Mariah Carey. Quand la chanson prit fin et fut remplacée par un slow, elle observa du coin de l’oeil Charles aller inviter Jane à danser. Comme elle voudrait elle aussi aller danser !
Comme s’il avait lu dans ses pensées, monsieur Darcy tendit la main vers elle, un sourire dans le regard. Elle accepta cette invitation silencieuse et le suivit sur la piste de danse. Alors que la voix d’Elvis Presley entonnait avec émotion Blue Christmas, Elizabeth se laissa bercer dans les bras de Darcy.
Décidément, qu’est-ce qu’il avait changé !
Tout à sa danse, elle ne remarqua pas les regards en coin que les autres invités lançaient dans la direction du couple si bien assorti.
La magie de l’instant fut toutefois brisée lorsqu’un bruit métallique se fit subitement entendre. Madame Bennet, qui essayait désespérément de se mêler aux discussions, avait par inadvertance renversé un plateau de petits fours ! Et tandis qu’elle s’excusait de sa maladresse auprès de convives hilares, elle ne prêta heureusement pas attention aux regards courroucés lancés par Catherine, la vieille tante acariâtre de Darcy.
La chanson se termina, et Elizabeth se sépara à regret de son partenaire de danse. A regret ? Incroyable mais vrai : elle venait de passer un bon moment avec Darcy !
A suivre la semaine prochaine !
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Ooooh j’adore cette réécriture!! Vite la semaine prochaine 🙂
Merci !!! La suite est déjà écrite et prête à être publiée 🙂
Excellent ! Vivement la suite 😀
Merci beaucoup ! Le deuxième chapitre sera mis en ligne samedi soir. Bonne lecture par avance.