đŸŒ»đŸ“š Roman Feel-Good et santĂ© mentale : les archĂ©types qui en disent long sur nous

Aujourd’hui, je poursuis mon exploration d’un genre littĂ©raire que j’affectionne tout particuliĂšrement : le roman Feel-Good. Et je sais que je ne suis pas la seule ! Mais pourquoi un tel engouement ? Facile : parce que c’est un genre de romans qui nous parle beaucoup de nous, de notre rapport Ă  la vie, et de nos aspirations. A tel point qu’on peut facilement tirer un trait entre le roman Feel-Good et tous les enjeux qui concernent la santĂ© mentale. Je le remarque Ă  chaque lecture Ă  cause des archĂ©types qui reviennent souvent dans le roman Feel-Good. Au final, ils en disent plus long sur nous, en tant que lectorat, que sur les personnages des histoires !

Est-ce une situation paradoxale ? Pas du tout. Car Ă  bien y rĂ©flĂ©chir, ces romans cultivent un petit cĂŽtĂ© « DĂ©veloppement personnel » qui fait justement leur charme. Et leur intĂ©rĂȘt rĂ©side justement dans leur capacitĂ© Ă  mettre des mots sur les maux de la sociĂ©tĂ© actuelle. LĂ  oĂč nous nous sentons souvent dĂ©munis, la fiction nous fournit les outils pour comprendre et nous inspirer sur le chemin du changement.

  • Le changement de carriĂšre professionnelle

Avant de lire beaucoup de romans Feel-Good, je pensais que c’Ă©tait la romance qui en Ă©tait l’ingrĂ©dient principal. Or, Ă  force de lire plein d’histoires, je me suis rendue compte que souvent, l’Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur du roman Feel-Good Ă©tait moins le changement de statut sentimental que le changement de carriĂšre professionnelle. Le roman Feel-Good est vĂ©ritablement irriguĂ© par le thĂšme de la reconversion professionnelle

Les exemples sont lĂ©gion. Et ce qui est intĂ©ressant, c’est qu’on ne parle pas simplement de personnes qui quittent leur poste pour aller travailler ailleurs. Non, il s’agit dans l’Ă©crasante majoritĂ© de personnes qui partent pour changer radicalement de mĂ©tier. Le plus souvent d’ailleurs, ce sont des personnages qui dĂ©cident de se mettre Ă  leur compte, de reprendre un petit commerce, de devenir leur propre patron. Souvent aussi, il s’agit d’une passion ancienne qui refait surface. Comme une seconde chance de faire enfin le mĂ©tier qui nous faisait rĂȘver quand on Ă©tait petits.

Ce que ça dit de nous : Sans surprise, cet archĂ©type narratif correspond Ă  une vraie tendance sociale. On l’appelle « La Grande DĂ©mission ». Et ce phĂ©nomĂšne a encore Ă©tĂ© exacerbĂ© par la crise sanitaire et les confinements successifs de ces derniĂšres annĂ©es. Les gens qui dĂ©testent leur job, ou en tout cas qui dĂ©testent le contexte dans lequel ils travaillent sont trĂšs nombreux. Moi-mĂȘme, j’ai quittĂ© mon emploi en CDI en janvier 2015 pour me lancer Ă  mon compte. Alors bon, je n’ai pas rachetĂ© une guinguette en ruine pour devenir pĂątissiĂšre/chanteuse de jazz, mais quand mĂȘme !

Le roman Feel-Good parle Ă  cette part de nous-mĂȘme qui aimerait se lancer dans l’aventure. Mais qui ne le fait pas car c’est trop dangereux. FinanciĂšrement, on se dit que ça ne tiendra pas la route. On trouve tout un tas de raisons pragmatiques. Et du coup, la fiction qui consiste Ă  s’Ă©panouir au travail reste simplement ça : une fiction qui nous fait fantasmer.

  • Une rupture amoureuse ou un deuil

AprĂšs le changement de carriĂšre professionnelle, la crise Ă©motionnelle arrive en second sur ma liste. C’est un archĂ©type narratif trĂšs commun. Et d’ailleurs je suis certaine que vous ĂȘtres nombreuses Ă  en avoir dĂ©jĂ  croisĂ© dans vos lectures. Normal : le Feel-Good doit pas mal Ă  la romance, qui a vraiment Ă©tĂ© sa premiĂšre source d’inspiration. Pas parce que c’est un genre obsĂ©dĂ© par le happy end ; mais plutĂŽt parce que c’est un genre qui aime convoquer des Ă©motions fortes.

Beaucoup de romans commencent donc par une rupture amoureuse. Et finissent par une hĂ©roĂŻne qui trouve finalement l’amour dans les bras d’une autre personne. J’adore cet archĂ©type parce que souvent, il repose vraiment sur la capacitĂ© de l’hĂ©roĂŻne Ă  entreprendre un travail d’introspection. A se remettre en question. Et c’est cette Ă©volution intime qui la place en capacitĂ© de rencontrer la bonne personne et de construire enfin une relation saine.

Pourquoi c’est intĂ©ressant : parce que c’est l’occasion d’aborder le sujet des relations toxiques, de l’insĂ©curitĂ© affective, du manque d’estime de soi, mais aussi de la charge mentale des femmes. Autant de sujets qui ne sont pas forcĂ©ment sexy a priori, mais qui forment un socle trĂšs intĂ©ressant pour expliquer la nĂ©cessitĂ© d’un changement de vie.

Mais la rupture amoureuse n’est pas le seul chemin Ă©motionnel qu’on trouve frĂ©quemment dans le roman Feel-Good. L’archĂ©type de la remise en question est aussi Ă©troitement liĂ© au deuil. C’est un sujet que j’ai retrouvĂ© dans plusieurs romans. Et souvent c’est traitĂ© avec habiletĂ©, pour dĂ©clencher la remise en question de l’hĂ©roĂŻne. La confrontation avec la perte d’un ĂȘtre aimĂ© est l’occasion de faire le point et d’entreprendre enfin le chantier du grand changement qui permettra le bonheur.

Ce que ça dit de nous : Cette observation n’est pas la plus confortable. Mais je pense que ces deux archĂ©types du roman Feel-Good soulignent Ă  quel point nous sommes des crĂ©atures trop routiniĂšres. Une fois que nous sommes installĂ©s dans un quotidien rassurant, il est trĂšs pĂ©nible et trop effrayant de le quitter. MĂȘme si il ne fait pas notre bonheur. Nous abordons souvent les relations sentimentales comme une habitude dont il est trop dur de se dĂ©tacher. Et quand on a dĂ©jĂ  investit tant d’annĂ©es dans une relation, ce n’est pas pour jeter l’Ă©ponge finalement, non ? Sauf que le roman Feel-Good dĂ©montre notre envie de changer justement. La rupture nous fait fantasmer. Il y a de quoi s’interroger ?

  • Le retour Ă  la nature

J’avoue tout : c’est certainement l’archĂ©type du roman Feel-Good que j’aime le plus. Et pour cause : moi-mĂȘme j’ai quittĂ© la rĂ©gion parisienne pour dĂ©mĂ©nager en pleine forĂȘt !

Le retour Ă  la nature est presque indissociable du roman Feel-Good, tant cet archĂ©type narratif se retrouve dans de nombreuses histoires. L’hĂ©roĂŻne part s’installer Ă  la campagne, en bord de mer, sur une Ăźle quasiment dĂ©serte… Et c’est toujours un endroit de rĂȘve. Pas parce que c’est glamour, mais parce que c’est calme. Ce nouveau cadre favorise le retour Ă  une vie plus simple, moins stressante. Et souvent, le fait de se reconnecter Ă  la nature implique aussi de se reconnecter avec les autres ĂȘtres humains. Il s’agit de retrouver le sens de la communautĂ©, de s’ouvrir aux autres.

Evidemment, je me mĂ©fie des dĂ©viances de ce thĂšme. Il prĂ©sente une vision idyllique du retour Ă  la nature, comme s’il Ă©tait facile pour des citadins pur-jus de se retrouver soudainement privĂ© de tout le confort d’une grande agglomĂ©ration. Fini les transports en commun. Adieu le large choix de restos sympas. Et au revoir les nombreuses sources de divertissement. La vie frĂ©nĂ©tique et hautement instagrammable n’est plus qu’un lointain souvenir. A la place, il faut vraiment jouer le jeu et puiser dans le retour Ă  la nature la force de vivre au rythme des saisons. Ce qui n’est pas facile pour tout le monde. Et les romans qui abordent ce thĂšme avec le plus de pertinence sont souvent ceux qui mettent justement en lumiĂšre la difficultĂ© de s’adapter Ă  un mode de vie plus simple.

Ce que ça dit de nous : que nous fantasmons sur un mode de vie plus simple… mais que nous sommes peu nombreux Ă  oser sauter vraiment le pas. Parce que nous sommes habituĂ©s Ă  un certain confort au quotidien, Ă  une vie qui n’est pas encore Ă©mancipĂ©e du matĂ©rialisme. Et malgrĂ© les beaux discours sur la dĂ©consommation et le respect de la nature, c’est une autre paire de manches de cultiver vraiment son potager soi-mĂȘme ! MalgrĂ© tout, il y a un vĂ©ritable appel de la nature que nous ressentons toutes et tous. C’est lĂ , bien tangible. Et ça nous obsĂšde tout en nous faisant peur en mĂȘme temps. C’est Ă  se demander si la nature est encore l’habitat naturel des ĂȘtres humains ?

  • Renouer avec les racines

Je poursuis ma mĂ©taphore environnementale pour parler de racines. Celles de notre famille bien sĂ»r. Je me suis rendue compte avec le temps Ă  quel point cet archĂ©type Ă©tait intĂ©ressant dans le roman Feel-Good. Et je trouve qu’il est surtout montĂ© en puissance ces derniĂšres annĂ©es. Est-ce un effet de la pandĂ©mie ? L’isolement que nous avons vĂ©cu avec les confinements nous a donnĂ© envie de passer du temps avec nos proches. Et Ă  force d’entendre parler de la solitude des personnes ĂągĂ©es, peut-ĂȘtre que nous avons fini par comprendre Ă  quel point le temps qu’on passe entre plusieurs gĂ©nĂ©rations peut ĂȘtre prĂ©cieux.

Les romans Feel-Good sont nombreux Ă  mettre en scĂšne un retour au source. Les hĂ©roĂŻnes qui retrouvent les lieux de leur enfance sont devenues mon pĂȘchĂ© mignon. Et les romanciĂšres ont souvent de bonnes idĂ©es pour donner du sens Ă  ce qui pourrait passer pour un bĂȘte retour en arriĂšre. Qu’il s’agisse d’expliquer la nĂ©cessite de l’Ă©loignement ou ce qui motive le retour auprĂšs des siens, les romans Feel-Good nous parlent de la famille. De la force qu’on puise auprĂšs d’elle. Mais aussi de l’effort que c’est d’entretenir de bonnes relations avec nos proches. De ce que ça nous coĂ»te de faire face Ă  des non-dits, Ă  des disputes ou Ă  des secrets de famille. Dans beaucoup de livres, le sujet est : comment construire une relation parent/enfant quand les enfants sont devenus des adultes ? Comment se positionner vis-Ă -vis des parents quand on n’est plus dans une relation de dĂ©pendance avec eux ? Quel est le sens de cette relation dĂ©sormais ?

Ce que ça dit de nous : La bonne nouvelle, c’est que cet archĂ©type confirme Ă  quel point nous restons attachĂ©s Ă  nos racines. A quel point la famille reste un repĂšre important dans nos vies. Je pense que la vertu principale de ce thĂšme, c’est de rappeler que la famille parfaite n’existe pas. Et que nous sommes nombreuses et nombreux Ă  ĂȘtre confrontĂ©s Ă  des situations dĂ©licates Ă  gĂ©rer au quotidien. Mais nous partageons la mĂȘme volontĂ© de faire la paix avec notre passĂ©. Parce qu’il ne peut pas y avoir d’avenir Ă©panouit sans un passĂ© apaisĂ©. Et renouer avec ses racines, c’est justement se donner la chance de tourner la page.

Qu’avez-vous pensĂ© de ce petit guide des archĂ©types narratifs du roman Feel-Good ? Et quels sont les autres Ă©lĂ©ments qui vous captivent dans ces livres ?

Cette semaine, ne manquez pas ma mise en ligne des conseils lectures en fonction des archétypes narratifs que vous préférez !

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