Fight club : Le Monde de Narnia VS Le Seigneur des Anneaux

Bonjour à tous !

ça faisait quelques temps que je ne vous avais pas proposé de nouveau fight club livresque. L’heure est donc venue de rouvrir l’arène ! Ce mois-ci, je vous propose un combat de titans : Le Monde de Narnia contre Le Seigneur des Anneaux. Des ouvrages qui ont beaucoup de différences, mais qui ont aussi plusieurs points communs intéressants. D’abord, ces deux livres doivent majoritairement leur popularité en France à leurs adaptations. Avant les films sortis sur grand écran, les éditions françaises étaient confidentielles, voire dures à trouver. Et on ne peut pas dire qu’il y a avait beaucoup de lecteurs qui connaissaient ces ouvrages. Depuis, les choses ont changé, et les livres ont gagné leurs galons de classiques de la littérature moderne. Une juste récompense pour ces romans formidables !

L’autre point commun, c’est que les livres et leurs adaptations sont particulièrement agréables à de redécouvrir et à partager en famille au moment des fêtes de fin d’année. L’occasion de jouer un peu et de voir lequel des deux est le plus impressionnant. Celui qui fait le plus vibrer le coeur des lecteurs, grands et petits. Bref, qui du Monde de Narnia ou du Seigneur des Anneaux est le meilleur !

  • Histoire et mondes imaginaires

Le Monde de Narnia a été écrit pas un professeur d’université britannique, C.S. Lewis. La saga compte pas moins de sept tomes. Et le premier livre a été publié en 1950. La publication s’est étalée sur plusieurs années, mais les livres ont connu un succès extrêmement rapide. Ils ont fait l’objet de traductions dans le monde entier, ainsi que de plusieurs adaptations partielles à la télévision et au cinéma. A ce jour, aucune adaptation complète n’a jamais vu le jour.

L’histoire débute pendant la Seconde Guerre mondiale, avec les quatre enfants Pevensie. Pour échapper aux bombardements, les voilà recueillis dans un manoir, à la campagne. Là-bas, par hasard, ils découvrent une armoire magique qui sert de porte secrète vers le monde de Narnia. Dans cet univers aussi fascinant que dangereux, ils connaîtront des aventures et tenteront de sauver Narnia d’une sorcière despotique. Les paysages du monde de Narnia évoquent beaucoup la tradition des contes de fées. Ce sont des lieux féériques, tantôt magnifiques, tantôt dévastés. Des territoires d’imaginaires propices aux aventures des enfants.

Le Seigneur des Anneaux date à peu près de la même époque. Tolkien, lui aussi professeur d’université, écrivait déjà des histoires dès les années 1930, mais ce n’est que pendant la Seconde Guerre mondiale que l’idée du Seigneur des Anneaux prend enfin vie dans son esprit. Il faut attendre 1954 pour la parution du premier volume de la trilogie. Le succès est, là aussi immédiat dans les pays anglo-saxons, où le livre devient un classique en quelques années. Au lendemain de la guerre, les thèmes évoqués dans ce monde pourtant imaginaire font écho au ressenti de millions de personnes. Et les lecteurs font rapidement le lien entre les différentes contrées dépeintes dans le roman : la Comté, image d’Épinal de la campagne anglaise, le Gondor, noble et riche comme les terres du Sud, le Rohan sauvage comme l’Ecosse, et bien sûr le Mordor, terre de danger à l’image de l’Allemagne.

  • Héros, grands et petits

Le Monde de Narnia a été écrit pour la jeunesse. Même si les livres ont rapidement captivé les parents, Lewis n’a jamais caché que ses histoires étaient d’abord destinées à un jeune public. C’est ce qui explique que les personnages principaux soient toujours des enfants. Selon les tomes, il ne s’agit pas toujours des mêmes personnages, et les âges varient. Mais ils sont toujours liés par quelque chose, et même s’ils reçoivent ponctuellement de l’aide de la part de personnages adultes, ce sont les enfants qui doivent relever les épreuves et triompher du mal.

Le Seigneur des Anneaux en revanche est une œuvre de fantasy qui s’adresse à un public large. Et même je pense, plutôt un public d’adultes. Tolkien a pensé sa trilogie à la manière des grandes gestes écrites au Moyen-Âge. Même si certains éléments imaginaires évoquent les contes pour enfants, ils sont travaillés dans un registre très adulte. D’ailleurs la densité des trois romans, la complexité des thèmes abordés et la violence de certains passages sont clairement destinés à des adultes.

Il n’y a aucune différence de qualité entre les choix des héros. Les enfants aussi bien que les adultes ont des missions à accomplir qui réclament du courage, de la loyauté et de l’intelligence.

  • Créatures, gentilles ou pas !

Ah, les dragons, les goblins, les arbres qui parlent, les faunes, les blaireaux qui parlent, les araignées géantes… Nos deux sagas font la part belle aux créatures grandes et petites, gentilles ou pas !

Le bestiaire de Narnia est peut-être le plus impressionnant car, à mesure qu’on avance dans les livres, il se renouvèle beaucoup. Chaque nouveau territoire que les enfants découvrent dans les différents tomes recèlent sa part de créatures et d’animaux. Le plus fameux de tous est évidemment Aslan, le lion qui parle et qui secourt les enfants. Il est à lui seul l’incarnation de la magie. Une créature impressionnante, mais que les lecteurs grands et petits adorent immédiatement. C’est devenu le symbole incontesté de l’univers de Narnia. En l’imaginant, Lewis a réussi à trouver le porte-étendard idéal de son histoire. Il incarne tout ce qu’il y a de fascinant et de formidable dans l’histoire.

Dans Le Seigneur des Anneaux, le bestiaire est plutôt horrible. Il y a plus de créatures inquiétantes que sympathiques, et même les elfes font parfois peur ! L’aspect magique de l’histoire est souvent celui qui est aussi le plus sombre. Comme si le pouvoir magique était forcément une chose dont on devait se méfier. C’est peut-être d’ailleurs le sens que voulait lui donner Tolkien. La vie est douce dans la campagne de la Comté. Mais dès qu’on s’approche trop de la magie, le monde bascule dans la violence et la peur. C’est ironique n’est-ce pas, pour une saga de fantasy, de se défier à ce point de la magie ?

  • Les vieux barbus

Pourquoi faut-il toujours avoir un vieux barbu dans une saga de fantasy ? Je ne sais pas. Mais ce qui est sûr, c’est que chacun des vieux barbus de nos deux histoires ont des rôles importants !

Dans Le Monde de Narnia, personne n’a pu oublier l’apparition très à propos du Père Noël. Comme j’ai vu le film avant d’avoir lu le livre, j’avais trouvé cette ficelle un peu grossière. Rétrospectivement, en pensant que les livres étaient destinés à un jeune public, c’est une trouvaille assez géniale. Vous connaissez beaucoup de livre dans lequel le Père Noël apparaît pour donner un coup de main aux héros ? Moi non !

Dans le premier tome de la saga, le Père Noël offre une aide très utile. Chacun de ses cadeaux va servir aux enfants. Oui je sais : donner des armes à des enfants ne semble pas très responsable ! Mais on est dans le domaine de l’imaginaire. Et c’est aussi une façon de rendre encore plus tangible l’affranchissement au monde réel. Une chose est sûre : ce passage est devenu l’un des plus célèbres de la littérature moderne !

Dans Le Seigneur des Anneaux, un autre barbu armé se distingue dans un passage devenu culte grâce au film. Qui a oublié le fameux : « Vous ne passerez pas ! ». Gandalf le gris est un magicien fort sympathique. Il fume la pipe, goûte les plaisirs simples et s’efforce de se rendre utile, sans toujours respecter les règles de son ordre. C’est un homme aussi savant que courageux, et il lui arrive fréquemment de se trouver mêlé à des aventures palpitantes. Un vieux barbu épatant !

Ce personnage, qui fait le lien entre tous les autres, est le point de départ de l’histoire. C’est aussi celui qui joue un rôle crucial dans les moments déterminants. Il est un peu comme le coach de l’équipe : il établit la stratégie collective, remotive les joueurs et les aide à donner le meilleur d’eux-mêmes. J’ai toujours pensé que Gandalf devait être une sorte de double de Tolkien. Ce n’est pas un personnage autobiographique à proprement parler, mais je pense malgré tout que l’auteur s’est beaucoup impliqué dans la création de ce personnage. On retrouve sa bienveillance et son goût pour l’aventure, deux traits de caractère distinctifs de Tolkien.

  • Un fond de réalité historique

L’un des aspects importants sur lequel se rejoignent les deux œuvres, c’est indéniablement le fond réaliste des histoires. Tolkien et Lewis ont tous les deux connus deux guerres mondiales. Ces érudits étaient des observateurs passionnés du monde dans lequel ils vivaient. Et la marche de l’Histoire ne leur avait pas échappé. Ce n’est pas étonnant que la Seconde Guerre mondiale ait eu un impact si considérable sur leurs imaginaires respectifs.

Dans Le Monde de Narnia, l’histoire commence avec les enfants londoniens réfugiés à la campagne pour échapper au Blitz. Alors qu’ils n’ont aucune prise sur le monde réel et qu’ils sont séparés de leurs parents, les quatre enfants vont pouvoir, dans l’univers de Narnia, prendre enfin leur destin en main. Ils combattent et peuvent d’une certaine manière décider de leur avenir, avoir une prise sur les événements. Ce qui n’est pas possible dans le monde réel. L’histoire de Narnia a donc un effet cathartique, dirait-on aujourd’hui.

Dans Le Seigneur des Anneaux, la référence à la Seconde Guerre mondiale était évidente pour les lecteurs de l’époque. Elle l’est peut-être moins de nos jours. Les lecteurs actuels ont tendance à oublier le contexte d’écriture des livres de Tolkien. Mais si on y réfléchit bien, Sauron, l’incarnation (pas très incarnée d’ailleurs !) du mal se pose comme un absolu qu’il faut combattre. L’arche des hommes doit se reformer, épaulée par toutes les créatures de bonne volonté. Ce n’est pas sans rappeler les Forces Alliées pendant la guerre. Il n’y a pas de nuance dans le mal. Il faut le combattre, il n’y a aucun doute là-dessus. Aucune subtilité particulière. D’ailleurs le personnage de Sauron n’a en lui-même presque aucun intérêt. On ne sait quasiment rien de lui, si ce n’est l’étendue de son pouvoir et de sa duplicité. Il incarne la machine à tuer instaurée par le IIIe Reich.

Le Seigneur des Anneaux porte en lui un discours très politique. Le salut de tous ne peut venir que d’une alliance égalitaire. C’est un message d’espérance universel. Dans un registre plus intime, je pense que de nombreux lecteurs (et spectateurs) auront été profondément marqués par l’optimisme également présent dans le personnage de Sam. Un personnage pour lequel Tolkien avait une affection particulière, et qui était, selon lui, le véritable personnage central de son épopée.

  • Un peu d’amour

Qui dit grande épopée romanesque dit grande histoire d’amour. Enfin… En fait d’histoire d’amour, il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent avec Le Monde de Narnia. Le thème romantique n’intéressait pas Lewis. Bien sûr, vous allez me dire que l’histoire entre Susan et le prince Caspian vous a fait rêver quand vous avez vu le film ! Mais en fait, cet aspect n’est pas si développé dans le roman, et cette histoire reste circonscrite à un seul tome de la saga.

En revanche, du côté du Seigneur des Anneaux, on est servi ! Les personnes qui ne connaissent que les films sont évidemment sensibles à l’histoire d’amour pleine de tendresse entre Aragorn et Arwen. Et c’est vrai que c’est un aspect très touchant de l’histoire, y compris dans le roman. Mais pour ma part, je préfère de loin l’histoire d’amour entre Eowin et le formidable Faramir. Ce sont mes deux personnages préférés de l’histoire (à part Sam !), et leur histoire est vraiment extraordinaire ! Elle éclipse d’ailleurs la bataille finale à la fin du roman, puisque la narration reste à Minas Tirith pendant que la bataille se déroule au loin, sur les terres du Mordor. La vierge guerrière et le cadet de la maison de l’intendant du Gondor étaient faits pour se rencontrer. La rencontre a lieu dans la maison de guérison, alors qu’ils sont tous deux blessés après la grande bataille de la cité. Un cadre romanesque à souhait, et le timing est parfait. J’adore ce passage, c’est celui pendant lequel j’ai versé quelques larme à la lecture. Et pour tout vous avouer, il m’arrive parfois d’ouvrir le livre juste pour le relire. L’histoire d’amour entre Eowim et Faramir est romanesque à souhaite : triste, pleine de tendresse et de passion. C’est aussi une formidable seconde chance enfin donnée à deux personnages qui ont particulièrement souffert à cause de ceux qu’ils aimaient. Leurs fiançailles est le point d’orgue de la saga pour moi, et le véritable happy end de l’histoire.

  • Le verdict

Comme ça, à la lecture de tous les arguments présentés, j’ai envie de déclarer Le Seigneur des Anneaux grand gagnant de ce fight club. Mais ce serait quand même un peu déloyal vis à vis du Monde de Narnia.

C’est vrai que le niveau de complexité de l’histoire est plus riche dans Le Seigneur des Anneaux. La trilogie recèle une plus grande richesse romanesque parce qu’elle présente plus de thèmes littéraires. C’est même parfois un argument contre elle. Certains lecteurs trouvent l’ensemble un peu brouillon, difficilement digeste. Mais quand on aime ce genre d’ouvrages, on en a pour son argent avec Le Seigneur des Anneaux.

J’ajoute que ce livre a eu un impact considérable sur les lecteurs de la fin des années 1950. Ce livre leur offrait un miroir de ce qu’ils avaient éprouvé pendant la guerre. Les efforts, les deuils, les privation, l’espérance en dépit de tout… La clé du succès de ce livre, et du Monde de Narnia, tient d’abord dans sa capacité à avoir retranscrit très fidèlement les émotions qui ont traversé l’histoire du monde dans une période très particulière. Le contexte historique à changé, mais pas la dimension authentique des émotions véhiculées par ces deux histoires.

Le Monde de Narnia est une œuvre pour la jeunesse. Le fait qu’elle soit axée sur l’enfance rend la comparaison avec Le Seigneur des Anneaux caduque. Si le premier est sensé offrir enfin un espace d’expression aux enfants ballotés pendant la guerre, le second est une célébration de la victoire. En cela, les deux œuvres sont radicalement différentes, quelque soient par ailleurs leurs points communs.

Nous achevons donc ce fight club sur un match nul. Une égalité un peu frustrante, mais si vous avez d’autres arguments pour quelques rounds supplémentaires, je suis tout ouï !

 

13 réflexions sur “Fight club : Le Monde de Narnia VS Le Seigneur des Anneaux

  1. dormeuseduval dit :

    Je viens de découvrir ton blog, j’aime beaucoup ce fight club!
    Moi c’est justement le Père Noël qui m’adérangé dans ma relecture de Narnia, quand il dit à Lucy que les femmes ne peuvent pas combattre. Ca m’avait indignée, et ca m’a décidé à faire une série d’article pour analyser les tomes! ^^

    J'aime

  2. Mario Thibault dit :

    J’adore ton texte! Vraiment bien ton analyse de ses deux univers que j’adore, soit dit en passant. Oui, ce sont deux classiques de la littérature avec des approches semblables et différentes à la fois, deux auteurs avec une conception opposée de la Fantasy mais qui se répondent l’un l’autre, soit par le combat du Bien et du Mal, l’approche des héros par rapport à leurs destins et bien sur, les personnages mythiques des deux histoires. Bref, oui, il y a des lacunes et certaines absurdités reliées aux époques des créateurs, mais il reste que se sont de belles histoires qui vaut la peine d’être lu et même à lire à nos enfants, ce que j’ai fais avec mes trois enfants quand ils étaient plus jeunes.

    J'aime

  3. Frédéric Dessault dit :

    C’est une analyse rudement bien travaillé et bien écrite. On voit que tu connais ton sujet. Bravo ! 😀 Quant à moi, je n’ai lu que le Seigneur des Anneaux, il y a fort, fort longtemps, et je ne connais le monde de Narnia que par ses films moyens. Donc je suis 100% team Seigneur des Anneaux.

    J'aime

    • Alivreouvert dit :

      Merci beaucoup pour ce commentaire. Je pense que c’est dans l’adolescence qu’on peut découvrir Le Monde de Narnia dans les meilleures conditions. Après c’est un peut être plus difficile de se laisser séduire par l’esprit des livres. Je les ai lu dans la vingtaine, et c’était déjà un peu limite par moment ! Moi aussi je suis dans la team Seigneur des Anneaux. C’est une saga qui a suscité beaucoup plus d’émotions chez moi.

      J'aime

  4. L'ourse bibliophile dit :

    J’avoue être complètement fan du Seigneur des Anneaux (des livres d’abord, mais des films aussi). J’avais tenté Narnia il y a une douzaine d’années, mais j’avais trouvé l’écriture trop simple et l’histoire trop enfantine. J’avais ado pourtant, mais je n’ai pas réussi à être touchée. Idem, le premier film ne m’a pas donné envie de prolonger l’expérience.

    J'aime

  5. Petite Plume dit :

    Cette comparaison était très intéressante et très fournie, bravo !
    Je n’ai vu que le film Narnia et j’avoue que je n’ai pas vraiment accroché, mais peut-être que lire la saga me ferait changer d’avis !
    J’ai revu les films du Seigneur des anneaux récemment et le parallèle avec la Seconde guerre mondiale m’a tout de suite sauté aux yeux. Je compte lire les romans cette année !

    J'aime

Répondre à L'ourse bibliophile Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s