Les Derniers Jours du Chevalier Noir, de Neil Gaiman

Les Derniers Jours du Chevalier Noir, de Neil Gaiman

Désolée de vous l’apprendre, mais Batman est mort. C’est Neil Gaiman qui nous l’annonce dans Les Derniers Jours du Chevalier Noir, l’une des bandes dessinées les plus célèbres de l’univers Batman. C’est aussi l’un des titres les plus emblématiques de l’éditeur DC Comics, et plus largement de toutes les BD américaines éditées depuis un siècle. Une histoire qui rend hommage à un personnage littéraire mondialement connu. Mais plus que ça, Neil Gaiman signe ici un conte gothique qui rend un bel hommage aux racines littéraires de l’univers Batman. En convoquant les fantômes du passé pour un enterrement en grande pompe, il donne à lire la dimension très intime qui lie Batman à ses lecteurs depuis maintenant 80 ans.

Batman est mort. Et alors que le héros de Gotham s’éteint, ses alliés et ses ennemis se réunissent une dernière fois autour de lui. Mais l’enterrement du Chevalier Noir n’est pas le moment de la révélation finale de la vérité. Qui est-il ? Quelle est sa mission ? A-t-il pu sauver la ville qu’il s’était juré de protéger au péril de sa vie ? Autant de questions qui demeurent sans réponses. Alors que lui-même n’est plus là pour y répondre, le monde d’après essaye de trouver un sens à la vie de son héros. Et chacun son tour, les amis, les fidèles, les adversaires, tous ceux qui l’ont côtoyé viennent raconter leur vérité. Et le portrait qu’ils donnent à voir soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponse. Qui était vraiment Batman ? Personne ne l’a jamais su, et maintenant Gotham va devoir trouver le moyen de continuer à vivre sans lui.

Les héros sont immortels… enfin pas tous, non. Dans les comics, c’est devenu un gag récurrent : les personnages meurent, jusqu’à ce que les scénaristes trouvent une idée complètement tirée par les cheveux pour les ressusciter. Il y a quelques années, DC Comics a décidé de jouer le jeu pour de bon : ils ont clôturé la saga Superman en présentant sa dernière histoire. Ensuite, l’histoire est revenue au début, et les tomes de la BD sont repartis à zéro. Les fans de Superman ont été à la fois surpris, choqués et enthousiasmés par cette idée scandaleuse mais vraiment originale. On se permettait enfin de clore l’histoire.

Dans la foulée de ce coup de force narratif, l’éditeur DC Comics a demandé à Neil Gaiman, l’un des meilleurs scénaristes de l’univers Batman, de « tuer » Batman. Il était temps pour le chevalier noir de tirer sa révérence, avant de repartir pour de nouvelles aventures dans un arc narratif flambant neuf. Neil Gaiman s’est acquitté de sa tâche avec la créativité et la sensibilité qui lui sont propres. Et le romancier britannique, grand fan de Batman depuis son enfance, a imaginé un adieu à la hauteur de l’univers Batman : totalement décalé, tout en nuances et emprunt d’une gravité sincère.

Dans Les Derniers Jours du Chevalier Noir, Batman n’apparaît que très peu. Ce sont les autres, les personnages secondaires qui le racontent. Ils disent leur relation avec lui, et livrent leur propre vérité sur le héros. Des vérités toutes subjectives qui finissent par se contredire. La vérité de Batman, elle, reste insaisissable. Les récits se suivent et ne se ressemblent pas. L’idée est brillante, et certains récits (comme celui d’Alfred, le fidèle majordome) sont particulièrement brillants !

Les Derniers Jours du Chevalier Noir, de Neil GaimanJ’ai adoré cette histoire car elle se présente comme un beau conte noir. Tant dans son style que dans son contenu, on peut retrouver les racines de cet univers, largement inspiré par la tradition de la littérature gothique européenne. Non seulement les fans de Batman adoreront cette histoire, mais les autres lecteurs trouveront ici une formidable porte d’entrée pour découvrir cet univers fictif d’une façon très ludique.

L’histoire est suivie par une lettre de la part de Neil Gaiman lui-même. Il raconte sa propre relation avec Batman, l’importance que ce héros d’enfance a eu dans sa relation à la lecture, à l’imagination et finalement à la création. Comment un petit garçon qui se passionnait pour les histoires d’un homme chauve-souris à fini par devenir l’un des romanciers les plus originaux de notre époque. C’est un tribu à la bande dessinée en même temps qu’un hommage rendu aux artistes qui l’ont précédé dans cet univers. Et c’est aussi un bon moyen de rappeler que la lecture des bandes dessinées n’a rien d’un divertissement enfantin. La qualité narrative de ces œuvres mérite d’être reconnue. Et bien souvent, ces lectures des jeunes années ont une influence décisive sur l’attrait que la lecture continuera d’avoir sur nous dans nos vies d’adultes. Vous l’aurez compris, Les Derniers Jours du Chevalier Noir était une lecture particulièrement émouvante à plus d’un titre.

Publié dans: B.D

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